Emile zonait sous les platanes

Publié le par Paraph


    Jeudi trente-et-un janvier deux mille huit. Dix-huit heures cinq. Les choses bougent, dans ma vie. Il fait froid, il pleut, je tousse et j'aurai froid, dans une petite heure, quand je rejoindrai le monde extérieur. Il fait nuit, et j'ai une demi-heure de marche pour rentrer chez moi. Je n'ai réussi à m'arracher à ma léthargie qu'au prix d'un effort certain. Marcher une heure par jour, par tous les temps. Manger au lance-pierre.

    J'ai touché ma paie de janvier, mais comme je n'ai pas travaillé, je n'y ai pas droit. Elle est indue. Je devrai donc, dans un avenir incertain, la restituer intégralement à l'Etat français, qui m'employa. Mes parents, qui contrôlent de nouveau ma destinée financière, ont bloqué l'argent sur un compte à part. Pour que je ne sois pas tenté d'y toucher. Cela fait un mois, jour pour jour, que je n'ai pas acheté de livre. J'ai l'impression d'être un naufragé, accroché à une bouée, perdu au milieu du Pacifique. Les naufrages, pas à dire, ça fait voir du pays.

    Tout à l'heure, j'ai déposé, avec mon chèque de loyer pour février, le dernier avant expiration du contrat de location, ma lettre de dédite, et le double des clefs. Mon propriétaire fera paraître, mardi prochain, une annonce dans les journaux, et fera visiter l'appartement, en fonction des réponses, dans la semaine. Le processus est enclenché, je ne serai bientôt plus chez moi. Voici revenir la valse des cartons. Il faudra que je recrute de la main d'œuvre, courant février, pour m'aider à vider les lieux. Avis aux amateurs.

    J'y serai donc resté six mois, dans cette brave ville d'Orléans. Dans l'ensemble, je n'ai pas trop à m'en plaindre. Certaines tendances bourgeoises un peu trop prononcées, les victimes de la mode s'y comptent par milliers, et le centre-ville n'est consacré qu'à l'habillage des gens. En ce moment, la ville tout entière est bradée, ce sont les soldes, moins septante pour cent sur tout le stock. J'aurais besoin de m'acheter des chaussettes, une ceinture et des pantalons. Ca devra attendre la prochaine moisson grasse.

    Bon. Je suis resté deux jours de plus sur Paris que prévu, lundi chez Ramethep, mardi chez Edriwing, avant de reprendre la route du Sud. Les aller-retour me coûtent plus cher qu'avant, mon abonnement-réduction ayant pris fin avec le trimestre. L'aller et retour me revient donc à trente-cinq euros. Pas possible d'en faire plus d'un par semaine.

    Depuis lundi, voir dimanche, je suis malade, modérément mais sûrement, avec fièvre légère, maux de tête occasionnels, éternuements, gorge irritée, toux sèche et poumons occupés par un syndicat bruyant. Un peu comme il y a trois semaines, donc. Ne pas m'être soigné a pu entraîner une rechute. Je ne sais pas. Aujourd'hui, j'ai l'impression que les choses se sont améliorées. Le fait de rester immobile, sous la couverture, à lire en attendant que ça passe. Boire du thé, de la bière, ne rien manger, ou presque. Deux petits-déjeuners par jour, et c'est tout.

    J'ai terminé "Vurt", de Jeff Noon, qui pour un premier roman, se défend. J'attendrai une ou deux semaines avant de lire la suite, "Pollen". Le troisième roman dans la séquence, "The automated Alice", m'était connu depuis des années, et attend patiemment son tour, dans une pile de livres non lus. Ai enchaîné avec "Le chameau sauvage", de Philippe Jaenada, roman très intéressant, mettant en scène un brave gars auquel arrivent plein d'ennuis.

    Je suis actuellement sur "The golden fool", de Robin Hobb, second roman de la trilogie du "Tawny man". Cette trilogie fait suite à deux autres trilogies, "The farseer trilogy" et "The liveship traders". En français, les trois trilogies ont été publiées en un nombre indéterminé de tomes, sous deux étiquettes différentes, "L'assassin royal" et "Les aventuriers de la mer". Aucune idée de ce que valent les traductions.

    Le programme de la journée est assez simple. De la soirée, plutôt. Rentrer chez moi, prendre un second petit-déjeuner. Lire jusqu'à ce que le sommeil me gagne. Sans doute vers trois ou quatre heures du matin. En ce moment, je m'endors tard et je m'éveille en milieu de matinée. Demain, commencer à ranger l'appartement, passer un coup de balai pour que le propriétaire puisse commencer à faire visiter les lieux aux locataires putatifs. Ce week-end, retour à Paris.

 
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Publié dans schopenhauer

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