Enrégimentation des Bananes

Publié le par Paraph


    Jeudi sept février deux mille huit. Dix-huit heures treize. Température au sol: seize degrés celsius. Il n'y a plus de saisons. Et moi qui comptait sur un hiver convenablement froid, avec tempêtes de neige, verglas sur les routes et villes bloquées. Le seul blocage dont j'aie eu à souffrir cette année a été dû à la société nationale des chemins de fer français. Je ne sais d'ailleurs pas si les grévistes d'un temps ont obtenu ce qu'ils voulaient, ou si le magicien-hypnotiste-manager de l'Etat français a su leur faire prendre des vessies pour des lanternes chinoises, comme il l'a déjà fait avec d'autres.

    Le gouvernement (énormément, pour paraphraser je ne sais plus quel groupe occitan d'il y a dix ou vingt ans) a par ailleurs, entre autres projets actuellement sur son agenda, une vaste réforme des concours de l'enseignement. Que dis-je, une réforme, une suppression. Les collègues se mobilisent, lèvent leurs boucliers vers le ciel et multiplient les grèves. Personnellement, ça ne me concerne plus, et puis, je trouve ça plutôt pas mal. Ca permettra que les fourvoyés de mon espèce s'en sortent avec un diplôme universitaire, alors que là, nib, deux ans de jetés en l'air pour les beaux yeux de la princesse. Non que ça me dérange fondamentalement, mais bon, un bac plus cinq, je n'aurais pas dit non.

    Le coucher de soleil est superbe. Je ne le vois pas directement, mais j'en devine les balbutiements qui s'étendent sur l'horizon, vers les commissures de mon regard. Quand je quitterai la salle informatique que je squatte sans honte, il fera froid. Je me suis vêtu en conséquence. L'an dernier, à la même date, ou peu s'en faut, j'étais à Vesoul, pour un festival international des cinémas d'Asie. Cette année, je n'y étais pas. Le festival s'est clôturé la semaine dernière, en mon absence. Une délégation de mon ancienne fac (ou assimilé) s'y est tout de même rendue. C'est bien de voir que le projet n'est pas mort faute d'un ou deux moteurs.

    Hier soir, répétant un schéma initié la veille, je me suis rendu au cinéma, pour faire usage de mon abonnement mensuel. J'ai vu "Into the wild", de Sean Penn, d'après l'ouvrage de Jon Krakauer, de même titre, que je n'ai pas lu. Le film était superbe, ça m'a rappelé mes désirs d'évasion quand j'avais vingt ans et que je lisais Kerouac pendant mes vacances en Norvège. Exceptionnellement, et ça ne m'a pas échappé, le film était projeté en version originale. J'ai l'habitude, merci Paris, de voir tous les films en version originale sous-titrée. Mais depuis mon exil orléanais, province oblige, j'ai toléré d'être soumis à des versions doublées. L'arriérisme culturel de la province est-il en train de se faire battre en brèche?

    Mon avant-dernière semaine orléanaise se passe bien. Je dresse un bilan de mon expérience ici, je tire un trait sur les erreurs de ces six derniers mois, tout en ébauchant des pistes d'avenir. Je n'ai pas de projet, mais encore une ou deux pistes professionnelles, dont j'espère qu'elles porteront leurs fruits dans les semaines à venir. N'en disons pas trop, ça pourrait exorciser la bête. J'ai commencé à faire mes cartons. J'ai notamment scellé toute la paperasse produite en quatre mois de cours, préparations et formations reçus et dispensés. On réouvrira tout ça dans quelques années, quand les braises du ressentiment auront cédé la place aux cendres de la nostalgie déplacée.

    "Pollen", second roman de Jeff Noon, achevé ce matin, était agréable à lire. Il y a deux prequels, des non-suites écrites après mais qui se passent avant, donc, dont une que je possède et qui s'inspire en grande partie d'"Alice au pays des merveilles". Dans "Pollen", déjà, on voyait des parallèles s'esquisser entre Alice et le mythe d'Orphée. J'en saurai davantage le mois prochain, quand j'aurai lu "Automated Alice".

    Actuellement en cours de lecture, "The antipope", de Robert Rankin, premier tome de la "Brentford Trilogy", qui en compte actuellement huit. Ce premier roman du cycle a été publié en mille neuf-cent quatre-vingt-un, il y a une paie, donc. Jusqu'ici, ça fait pas mal penser à du Douglas Adams, le même genre d'humour pince-sans-rire. Des éléments fantastiques sont prévus, mais pas encore apparus. L'essentiel de l'action se passe dans l'unique pub d'une petite ville (village?) en bordure de Londres. Le cover-blurb parle aussi de Flann O'Brien, et à la réflexion, c'est vrai que ça me fait un peu penser au "Third policeman" et autres nouvelles, lus il y a quelques années. C'est le genre de roman qui se lit tout seul, et je pense ne pas me tromper de beaucoup en supposant qu'il ne survivra pas à une nuit de lecture, sans trop forcer.

    Programme de la soirée, et des jours à venir: ce soir, lire. Manger quelque chose, avec une bière pour vider le frigo. Il me reste quelques conserves à écluser avant de mettre la clef sous la porte, autant en profiter pour manger en quantités normales, pour changer. Il me reste une dizaine de bières au frais, que je désespère de terminer avant mon départ précipité de la semaine prochaine. Demain, pour peu qu'on m'y convie, rejoindre Paris, les amis, la famille et tout ce qui s'ensuit. Préparer le retour triomphal du fils prodigue. Je m'y crois déjà.

 

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Publié dans schopenhauer

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P
Ca doit être ça. 
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J
"Le gouvernement (énormément, pour paraphraser je ne sais plus quel groupe occitan d'il y a dix ou vingt ans)"<br /> Fabulous Torbadours ?
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