La servitude est un métier qui s'apprend au berceau

Publié le par Paraph


    Mercredi deux janvier deux mille huit. Vingt-trois heures trente-six. Retour en force du blues, à une petite semaine de ma rentrée incompressible. Je pourrais avoir des rendez-vous avant la date du janvier, mais je ne suis pas sûr de m'y plier. Je suis un homme libre, je vais là où le vent me porte, et je n'ai d'autre chaînes que celles que je suis prêt à porter. Ou qu'on m'impose.

    Depuis deux jours, peut-être trois, le moral est moins bon, donc. Je mets directement cette baisse de tonus sur le compte des excès alimentaires et d'un retour à un mode de vie familial, dans l'ex-cocon, loin de la solitude professionnalisante de ces derniers mois. Mon rythme de sommeil, paix à ses cendres, en est tout décalé. Je m'endors, en moyenne, entre quatre et sept heures du matin, pour m'éveiller, maugréant, volens nolens, entre dix heures et midi, rapports sociaux obligent. Barre à redresser de toute urgence, je me lève à six heures du matin dans huit jours. Miserere me.

    D'un point de vue purement événementiel, rien de bien nouveau, rien de bien palpitant (d'un autre côté, je ne suis ni baroudeur sans frontière, ni chirurgien urgentiste, donc la trépidation au quotidien n'est pas vraiment mon pain journalier). La famille s'est invitée, vue, revue, croisée, côtoyée et rudoyée. Repas pris ensemble, séparément, en décalé, sautés, engouffrés, engloutis, regrettés. Dans l'ensemble, je suis content d'avoir pu vivre avec ma famille proche, dans cette maison qui fut la mienne vingt-cinq ans durant. On a beau n'être qu'un androïde venu de Neptune, on finit par s'attacher à ce genre de choses.

    Le réveillon de la saint-Sylvestre a eu lieu à Fontenay-aux-Roses, comme prévu par décret, autour d'une table pliante déployée pour l'occasion, ployant sous les victuailles. Nous étions sept, dans une bonne ambiance. Pas de jeu vidéo, en définitive, malgré un épisode ludique sous forme de quiz musical sans musique. Départ vers cinq heures du matin, trois quarts d'heure de marche qui m'ont fait le plus grand bien, car j'avais trop mangé. C'est un des mes travers. J'ai testé le blouson d'aviateur que m'a offert, pour la noël, mon frère cadet; il est chaud, confortable, bien coupé, et me donne l'impression d'être vêtu d'une armure de cuir souple (deux points de protection physique).

    Le premier janvier deux mille huit, qui tombait hier, ressemblait en tous points aux journées qui l'ont précédé. Je m'y suis levé tard, mais pas assez, déjeunant lourdement, avec la famille, avant de jouer au scrabble avec ma mère. La nouvelle année s'accompagne, comme souvent, d'une tournée de visites aux oncles, tantes, grands-parents limitrophes. Ce qui fut fait. Retour en soirée, pour passer quatre heures à relire un mémoire sur le benchmarking dans le milieu automobile. J'aurais dû faire de la mercatique, au lieu de m'intéresser aux civilisations précolombiennes.

    Aujourd'hui, intermède parisien, dans le froid subitement revenu par chez nous. Déjeuner dans le quartier latin avec le Sultan, spécialement importé de sa Picardie natale. Bobun et bière chinoise (je ne sais pas si j'ai raison, mais j'ai toujours trouvé que la qingdao avait comme un goût de lizhi). Shopping dans les librairies du quartier, puis long piétinage claustrophobe dans une grande centrale d'achat souterraine dans le ventre de Paris. Debriefing chez Ramethep, pour un thé et un visionnage de "Superman IV", avec Christopher Reeve et beaucoup d'incohérence.

    Dans la journée, je me suis rendu acquéreur des ouvrages suivants:
- Ken Follett, "The man from St. Petersburg";
- Robert Holdstock, "Mythago wood" et sa suite, "Lavondyss";
- Robert A. Heinlein, "Tunnel in the sky", "Stranger in a strange land" et "Orphans of the sky";
- Dan Simmons, "Illium";
- Vernor Vinge, "A fire upon the deep" et "A deepness in the sky", sa prequel;
- Charles Stross, "Singularity sky";
- Janet Evanovich, "One for the money";
- Aldous Huxley, "Those barren leaves";
- Lucius Shepard, "Life during wartime";
- Geoff Ryman, "The child garden" et "Was".
   
    Je n'avais pas prévu d'acheter autant de bouquins, ni, spécifiquement, ceux qui figurent ci-dessus. Si je parviens à m'en tenir à ma résolution du jour, ce sont les derniers livres que j'achèterai ce mois-ci, en dehors de ceux que j'achèterai malgré tout. Hmm. Du moins puis-je résoudre de ne pas mettre les pieds dans les librairies. Mon travail, s'il existe encore la semaine prochaine, devrait m'occuper suffisamment pour que je n'aie pas le temps d'acheter de nouveaux livres. Aurai-je le loisir de consommer ces produits culturels que je viens d'ajouter à mon tableau de chasse? Le suspense est insoutenable.

    Programme de la soirée: écouter Georges Brassens, me coucher tôt, et tromper l'insomnie en avançant dans ma lecture de "The grand ellipse", dans lequel je commence à rentrer, mais mon agenda de ces derniers jours ne m'a pas permis de m'en occuper comme il le mérite. Si j'arrive à en venir à bout d'ici samedi matin, je m'estimerai satisfait. L'histoire prend de l'ampleur, mais en est encore au tout début: une ethnologue en froid avec la société de son temps doit gagner une course pour sauver son peuple. Du Jules Verne écrit par une femme, dans un monde imaginaire où la magie reste discrète. Ambiance "steampunk", quelque galvaudé que ce terme ait pu être depuis le début de la décennie.

    Programme de demain: dormir tard, lire, ne pas sortir avant le soir, pour un repas, suivi d'une partie de boggle, chez ma tante. J'ai habilement converti ma sœur, ainsi que ses parents, à un jeu de quiz géographique en anglais disponible sur internet. J'y ai moi-même passé quelques heures, depuis sa découverte l'an passé. C'était il y a deux jours, c'était il y a une éternité. Penser à trouver une intégrale de Jo Dassin, mort dans le même archipel qu'un peintre ayant vécu dans ma rue, à Orléans. Les coïncidences sont un coup de pouce du destin. Fatum, fata, valedictus terra nobis, comme disait mon ancêtre, Robert de Bois-d'Acier, à son godet trop vide.

 

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Publié dans schopenhauer

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