Elasticité du tissu

Publié le par Paraph


    Lundi vingt-deux octobre deux mille sept. Midi six du matin. Hop. Un compte rond. Petit bilan sur une semaine de plus au compteur professionnel: le rouleau se dévide, bientôt il n'y en aura plus. De plus en plus dur de faire semblant, je pense que mes élèves s'en rendent compte. Je meuble comme je peux, mais le manque de préparation sérieuse finit par se voir. C'est pas moi, m'sieur, c'est ma tête qu'est pas faite pour le travail.

    Petite consolation, la correction de copies. Ca me rappelle ce qu'aurait pu être ma vie si j'avais passé le bon concours, et terminé dans la paperasse, au lieu d'écouter les sirènes de l'éducation nationale. Vendredi, j'ai passé dix-huit heures d'affilée à corriger des copies, au détriment de mes enseignements, puisque je ne suis pas allé au boulot. Je pensais que je finirais par céder, mais là, ça fait un peu tôt. J'en suis à peine à vingt-trois pour cent de l'année.

    Après les vacances de la semaine prochaine, qui n'en finissent pas d'en mettre du temps à arriver, j'entamerai, en parallèle, mon stage en collège, qui me mangera, en gros, tous mes lundis jusqu'à la noël. Jeudi, j'ai profité de la grève des transports pour tester les bus orléanais, qui fonctionnaient à merveille, et me rendre dans le collège auquel on m'affecte. Ai pu, par hasard, rencontrer la tutrice chargée de m'accueillir dans ses classes. Elle n'était pas au courant, mais a été très gentille, m'a détaillé le programme d'observation/prise en charge, et m'a donné rendez-vous le lundi douze novembre à huit heures du matin dans la banlieue d'Orléans. Argh.

    Mon entourage académique commence à s'en douter. Ma responsable pédagogique, sympathique collègue au demeurant, ne tarit pas ses remarques fondées, après chaque heure d'observation à laquelle elle s'adonne dans mes classes. Est-il encore temps de redresser la barre? J'en doute, mais bon. Je vais continuer à faire semblant.

    Petits problèmes à caler mon sommeil dans les cases fournies par l'administration. En règle générale, je m'endors vers minuit, ou vers deux heures du matin, et je m'éveille vers cinq ou six heures, pour aller bosser. De mercredi à jeudi, nuit emmental, ai dû dormir deux heures, par périodes de dix minutes étalées entre vingt-trois heures et cinq heures du matin. Vendredi matin, je me suis levé à deux heures du matin, pour corriger mes copies. Samedi matin, ai mieux dormi, mais guère plus tard que cinq heures. Ce week-end, la machine, habituée à se lever matin, refuse de dormir au-delà du mur du sommeil, qui survient généralement vers huit ou neuf heures. Rendez-vous, vous êtes cerné.

    Niveau lecture, moins de disponibilité que souhaité. Je m'enlise dans "Tess of the d'Urbervilles", de Thomas Hardy, qui est intéressant, mais je ne désespère pas de renouer avec un rythme plus normal dès que les vacances me seront tombées dessus. Pas eu la motivation pour le cinéma cette semaine. Mais je me suis fait un restau indien avec des co-stagiaires, et je remets ça demain soir avec une quinzaine d'autres. On commence à prendre le pli collectif.

    Grosse fatigue générale, manque de motivation, ras-le-bol, mais tant pis. Il faut bien faire bouillir la marmite. C'est apparemment à ça que sert le boulot. Coq à l'âne. Hier, ai vu Tormentor sur ses terres, promenade dans la forêt, puis comatage-bières devant "Don't come knocking", le dernier Wim Wenders, très rouge et bleu avec des cow-boys dedans. Et vu ma tante. Ai perdu au boggle.

    Programme de la décennie à venir: perdre mon après-midi à photocopier des papiers, les poster dans les derniers délais et mentir sur différents points de détail. Aller sur Paris, si le réseau express régional est d'accord. Au choix, dîner avec des gens, aller au cinéma avec Ramethep, acheter des livres d'occasion. Prendre le train? Ce soir ou demain, retour sur Orléans, ma vie fantomatique. Mercredi, partie de jeu de plateau avec d'autres stagiaires. Dix heures de combat simulé, sur une carte d'état-major, entre les troupes de l'empire et la garde républicaine de l'espace. Pas raisonnable, mais un bon moyen de m'enfoncer davantage dans mon bourbier.

   
 

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Publié dans schopenhauer

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