Satellites
Dimanche dix-sept juin deux mille sept. Une heure sept du matin. Cinq nouvelles journées estompées depuis ma dernière mise au point. L'été, déjà présent dans les faits sinon dans les dates, accentue un mal-être passager, imputable au désœuvrement. Je passerais volontiers à autre chose, mais j'ai encore deux mois et demi à tuer avant implosion. Ca représente soixante-quinze jours à tuer. Oui, je les ai comptés. Ca fait plusieurs mois que j'ai amorcé le décompte, depuis deux cents jours, d'après mon souvenir. Les vacances n'en finiront-elles donc jamais? (Penser à me relire dans un an, quand je n'aurai de cesse qu'elles n'arrivent enfin.)
Mercredi treize juin, j'ai profité d'un trop-plein pour fuir le réel. Evasion au cinéma, pour une double affiche travoltesque, plus due au hasard qu'à la préméditation: je voulais voir "Shrek III" ou "Boulevard de la mort" (trop tard pour subir "Spiderman III", en version originale, dans les salles de la chaîne de cinéma à laquelle j'ai vendu mon âme), mais les horaires en ont décidé autrement. "Wild hogs" ("Les motards sauvages" en français) est une comédie lourdingue, émaillée de gags potaches parfois drôles; beaucoup de tendresse, et des beaux paysages. Vroum vroum. "Lonely hearts" est un film noir, comme dans les polars du même plumage, sans originalité, mais bien exécuté, Travolta ne surjoue pas, ce qui est rare. Donne envie de relire du James Ellroy ou du Raymond Chandler, ou tous ces romanciers que j'ai pas encore essayés. Dashiell Hammett, pour ne citer que lui, et déplorer mes finances.
Dans la foulée, je suis passé chez Ramethep pour une bouffe, un thé, un brin de causette, un ou deux films en vidéo. J'ai oublié ce qu'on a bien pu voir; ça me reviendra à l'occasion. Dans l'après-midi, j'avais battu ma mère au scrabble avec un écart suffisamment important pour qu'elle décide de tenter ma chance au loto (j'ai perdu, d'ailleurs je n'y joue jamais avec mes propres sous). Rentré avec le métro. J'ai abandonné la biographie insipide de Hanna Arendt, pour commencer "Sense and sensibility", de Jane Austen. Son premier roman, pas aussi réussi que "Pride and prejudice". Toujours la même histoire, mais agréable à lire.
Jeudi quatorze, un peu lassé de lire tout le temps, j'ai ressorti mon vélo pour aller prendre l'air. Passage à Vanves chez Vertige, pour une dégustation de bières, suivie d'un gueuleton à base de fromage et de cacahuètes. Dans le prolongement, je suis allé prendre le thé chez une amie parisienne, toujours à vélo. Longue discussion, départ différé le temps d'une averse. Retour vers deux ou trois heures du matin. Fatigue.
Vendredi quinze juin. Après dix heures de sommeil, comme la veille, moral un peu mou. La flemme d'aller au cinéma, je me suis accommodé de mon ennui en regardant quelques fims empruntés la veille. "The player", de Robert Altman, thriller nombriliste sur Hollywood, assez distrayant, puis "Ong Bak", film d'action thaïlandais, d'une naïveté consternante, malgré quelques belles scènes d'action. En conclusion, "Imposture", thriller français, un prof de fac, pour devenir romancier, séquestre une de ses étudiantes, qui changera sa vie de bien des façons. Ma tante doit dormir, je ne la verrai pas du week-end, pas de boggle avant la mi-juillet.
Samedi seize juin, hier donc. Réveil tardif, déjeuner familial. Anabase (cathabase?) sur Paris, pour une séance de shopping avec le Sultan dans les librairies du quartier. Quelques achats intéressants, pour une somme modique, notamment un roman de Jim Thompson. Interception de Tonga, heureux de voir l'année prendre fin. Ersatz de bière irlandaise devant un match de rugby. Promenade sous la pluie. Bobun. Retour maison. Partie de scrabble avec le Sultan, puis comatage devant "Natural world", remake mou coréen de "Blade runner".
Ce matin, après un passage désabusé au bureau de vote (la candidate de la SFIO n'avait aucune chance face au candidat du parti gaulliste), petit déjeuner, visionnage de quelques épisodes tirés de la série comique "Look around you" (hilarante), repas sur le pouce et départ pour Massy. Partie d'Earthdawn, assez réussie. Sans doute une des dernières occasions de jouer avant longtemps, c'est-à-dire septembre, la saison estivale étant souvent synonyme de désert rolistique. Retour à l'instant. Ou un peu plus tôt.
Programme de la soirée: le sommeil ne venant pas, lecture une partie de la nuit. Finir "Sense and sensibility"? Penser à finir de relire le mémoire d'un ami sur l'histoire de la Corée. Demain, cinéma. Trouver un nouveau roman à lire, peut-être cette édition des années trente de "David Copperfield", achetée hier pour un euro cinquante. Passer la journée au cinéma? Ne rien dépenser. M'immobiliser au milieu de la rivière, attendre que le courant fasse son lent travail d'érosion.
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