Plein soleil

Publié le par Paraph


    Mardi dix-neuf juin deux mille sept. Vingt-et-une heures trente. A l'heure où j'écris ces lignes, un orage mécanique traverse le ciel d'Ile-de-France, déverse quelques milliards de tonnes d'eau sur les maisons, les champs, les routes. Il fait toujours trop chaud, dans ma forteresse de cristal, mais je compte ouvrir la fenêtre une fois que la pluie aura cessé de tomber. Et grelotter jusqu'au matin.

    Hier, lundi dix-huit juin, j'ai rejoint un ami, fort opportunément employé, quatre mois durant, à donner des cours de français, cinq matins par semaine, à de jeunes Chinois, pour une séance de cinéma. Devant la nullité des films à l'affiche, nous avons opté pour "Shrek III", suite inutile à une série qui s'essouffle. Autant le dire, ce troisième volet n'a aucun intérêt. Quelques scènes amusantes, des personnages cocasses (Merlin en dépressif new-age) font parfois sourire. Deux heures bien occupées, donc.

    Au sortir de l'obscurité, j'ai eu envie de marcher. Manque d'exercice physique, ces derniers temps. Un peu de vélo tous les trente-six du mois, pas suffisant. Faire des phrases avec des verbes. Donc, je me mets en route vers le sud (nous étions du côté de Tolbiac, dans le treizième arrondissement de Paris), finis par trouver la Porte d'Ivry, dissimulée derrière plusieurs hectares de chantiers, et m'engouffre dans les rues hasardeuses de la banlieue, jusqu'à rejoindre la demeure parentale où je squatte jusqu'à la fin de l'été. De deux trottoirs, il faut choisir le moins ensoleillé. Malgré ma casquette, et en dépit de mes fréquentes pauses à l'abreuvoir (une bouteille de deux litres qui ne me quitte jamais), j'ai bel et bien pris le soleil en pleine poire, jusqu'à l'insolation, le coup de chaleur, que sais-je. J'échappe au coup de soleil frontal, mais j'ai tous les symptômes de la grippe, sans avoir la cause.

    Deux heures de marche en plein soleil, je n'aurais pas dû. Bon. Sans parler des courbatures, raideurs dans la nuque, dans le dos. Docteur, c'est la trentaine qui se fait pressentir, ou juste ma méforme physique qui me rattrape au tournant? Penser à m'immerger dans une piscine municipale pour muscler la charpente. Ca pèse lourd, une tête. Fièvre, maux de tête, inappétence (hmm), sommeil agité, raideurs dans la nuque (et dans les doigts, etc.). Ca pèse lourd, une bouteille de deux litres. Vainqueur par KO, le soleil.

    J'ai passé la journée à me traîner, loque humaine, d'une pièce à l'autre, fuyant le soleil, le monde, le bruit. Chaleur insupportable. Vivement l'hiver, que je souhaite glacial. Un léger mieux sur le soir. Dans l'intervalle, deux à trois heures passées devant le tennis féminin, ils en passaient à la télé. Larve stellaire du grand Chthulhu, je reprends du poil de la Bête, mais lentement. Encore un à trois jours à baver sur le monde. Entre temps, j'ai lu "The grifters", de Jim Thompson, auteur de "Pop. 1280", lu il y a quelques mois. Du tout bon, hein. Pas de surprise. Un régal. Il doit y avoir un film avec John Cusack, c'est lui qu'on voit sur la couverture de mon édition. "Les arnaqueurs", que ça doit s'appeler, en français.

    Programme de la soirée: cesser d'avoir trop chaud. Ne pas trembler de froid toute la nuit. Lire, la fin du polar en cours si nécessaire, le début d'un roman de SF si possible. Dans le colimateur, "Blind lake", de Robert Charles Wilson, et un autre bouquin que je dois rendre à Vertige avant son départ en Chine, la semaine prochaine. Une partie de scrabble contre ma mère ne serait pas de refus. Elle risque de m'aplatir, comme hier soir, avec mon cerveau diminué par la fièvre. Rooose... Bud.

 
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Publié dans schopenhauer

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