Les sandales du destin
Mardi douze juin deux mille sept. Vingt-trois heures cinquante-six. Quatre jours de plus à mettre dans la besace de l'Histoire. Toujours ça de moins à vivre. Le moral est bon, malgré un certain immobilisme dépressif. Penser à m'aérer. Regonfler mon vélo? Sillonner l'asphalte déformé par la canicule à la Caligula.
Samedi dernier, j'ai probablement réussi à ne pas gagner Paris. Hormis un crochet chez ma tante, pour une partie de boggle reportée la veille, rien à signaler. J'ai raté la finale du tournoi de tennis de la semaine, sans grand intérêt (ma favorite avait perdu en demi-finale contre l'ogresse belge). Lu dans la journée, "Microserfs", de Douglas Coupland. Son troisième roman, publié en nonante-cinq, nettement supérieur à son premier roman, "Generation X", lu il y a quelques mois. Du coup, j'ai bien envie de lire ses autres œuvres. Du Bret Easton Ellis en moins branché.
Dimanche je suis allé voter. Mon candidat a été éliminé, et ne jouera pas la finale. Dans la foulée, j'ai rempli ma déclaration de revenus, malgré les bâtons mis dans mes roues par l'ordinateur, le serveur et la procédure. Tout ça pour ne pas être imposable, une fois de plus, et ne pas avoir suffisamment travaillé pour toucher la prime pour l'emploi (à qui s'adresse-t-elle, aux gens qui travaillent déjà?). Partie improvisée d'Earthdawn, légèrement politisée: nous avons escorté une brebis, affronté trois membres du gouvernement postés sur un pont, mangé des crêpes et défait un bélier géant du Chaos. Joie dans les chaumières.
Le soir, insomniaque vu la quantité de thé ingérée dans la journée, j'ai dévoré "La haine de la famille", de Catherine Cusset, roman bien écrit, mais très frustrant. Il manque quelque chose, malgré la structure agréable, ingénieuse, de révéler, à mesure, l'intériorité des personnages et les nuances subtiles dans les destins entrecroisés. Dernière partie assez dure, sur la mort de la grand-mère.
Lundi onze juin, j'ai rendu visite à Ramethep, pour avaler le temps qu'il me reste, à cuire sur son canapé, manger des nouilles chinoises, regarder des films et boire du thé. Au menu, "Raising Cain", de Brian De Palma, film de quatre-vingt-douze, un père de famille schizophrène, hanté par son passé, multiplie les enlèvements dans un square pour enfants. Police incompétente, frénésie d'interprétation (quatre personnages pour le même acteur, dont trois personnalités alternatives et un savant fou norvégien), clins d'œil à Hitchcock et violons stridents.
"Tarkan contre les Vikings" (septante-un): Tarkan, le Loup des Steppes doit secourir la fille d'Attila des griffes de Lotus, impératrice de Chine, qui a engagé Toro, l'ambitieux vice-roi des Vikings, pour semer la terreur en Anatolie. Femmes fatales, moumoutes criardes, monstres en plastique, le tout interprété par une douzaine de Turcs infatigables. Mention spéciale pour Kurt, le loup de Tarkan, brillamment campé par un berger allemand nain.
"Ron Shannon, Gladiateur du futur", film post-apocalyptique italien probablement sorti en quatre-vingt-trois, scénario classique d'escorte à travers les plaines irradiées. Stars du X télépathes, milice néo-nazie, rivalité virile entre mercenaires barbus, rétro-mutants écaillés, hordes de motards assoiffés de sang, moines aveugles embusqués, tous les clichés du genre sont réunis dans cette œuvre navrante, mais cocasse. J'ai pris le dernier métro, il a eu le bon goût de m'attendre.
Dans la nuit, j'ai lu "3001: the final odyssey", d'Arthur C. Clarke, dernier volet de la tétralogie, nettement moins réussi que les trois autres. L'auteur est toujours vivant, il frise les 90 ans. (Au diable mes conventions, écrire en toutes lettres finit par être gonflant, à la longue.) Un peu déçu par la fin du cycle. J'espère que les deux dernières parties de "Rama" seront meilleures. J'ai lu les deux premiers romans de la série, les deux derniers attendront la fin de l'été.
Aujourd'hui, je suis parvenu à courber mon ennui sans quitter le domicile parental. Une situation financière catastrophique m'oblige à minimiser mes déplacements (mon budget transports du mois est désormais dépassé, il me reste une dizaine de tickets de métro, à utiliser avec parcimonie). Aller au cinéma ne m'a pas tenté, ou plutôt, j'ai eu la flemme de marcher une heure en plein cagnard. Encore, que. Je suppose qu'il fait chaud dehors, je ne suis pas allé voir. Lecture, scrabble, comatage anarchique devant la télé, un peu d'internet aux heures creuses. Tuer le temps. Ma sœur passe le bac.
Programme de la soirée: lire. J'ai entamé "Dans les pas de Hannah Arendt", biographie récente due à Laure Adler (2005), qui se laisse lire, sans déchaîner mon enthousiasme. Je me souviens avoir lu les ouvrages d'Arendt il y a douze ou treize ans, à la fin du lycée, et j'en conserve un bon a-priori, mais je ne connaissais pas grand chose à sa vie. C'est l'occasion d'apprendre. Pour le moment, elle a vingt-cinq ans, suit des cours de philosophie et lutte contre la montée du parti national-socialiste. C'est un pavé, il va bien me falloir deux ou trois jours pour en venir à bout.
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