Inadmissible
Vendredi huit juin deux mille sept. Vingt-trois heures trente-deux. Mes interminables vacances viennent d'entrer dans une nouvelle phase, hier dans l'après-midi. Après une attente presque fébrile, le verdict est tombé: je ne suis pas admissible à l'agrégation d'anglais. Bonne nouvelle. Ca m'évitera d'avoir à préparer des oraux auxquels je me serais rendu sans grande conviction.
Le problème ne réside pas tant dans la difficulté du concours, ni dans mon dédain pour les avantages que sa réussite me procurerait dans mon futur métier, mais bel et bien dans mon incertitude, voire dans ma quasi certitude, quant à la recevabilité de ma candidature. Ben oui, je me suis inscrit sans être bien sûr de remplir les conditions, sur un coup de bluff que je ne regrette pas tant que de n'avoir pas fait le nécessaire pour les remplir. M'enfin, bon. Ca sera pour dans deux ans, si j'ai survécu au stage.
Dans l'intervalle, je me repose. Non que j'aie particulièrement trimé pour préparer et passer ce concours, mais quand même un peu. Au final, en étant tout sauf au point, j'échoue à un virgule cinq point, sur la moyenne totale, du seuil d'admissibilté, qui se tenait à sept et demi sur vingt. Donc, bon. Pas complètement ridicule, sans être suffisamment proche pour manger mon chapeau de dépit face à mon échec. Ca m'évitera d'aller faire le zouave à Paris en plein mois de juillet, comme l'été dernier à Toulouse. Le dépaysement aurait, certes, été moindre, mais les sensations tout aussi intenses: douze heures de préparation, incompressibles, pour trois épreuves orales, de quoi mourir d'ennui.
Les deux derniers jours ont supporté, tant bien que mal, leur part de farniente. Deux parties de scrabble, toutes deux gagnées, contre ma mère. Huit à dix heures passées devant le téléviseur, à regarder le tennis. Encore deux jours, et je serai libre de ne plus exposer mon cerveau ramolli aux radiations mortelles du petit écran. Après deux jours d'attente, j'ai le ventre moins capricieux. Mon échec m'a libéré. Plutôt casanier, ces temps-ci. Je répugne à dépenser les quelques euros qui me restent en tickets de métro, et je me refuse à truander la régie autonome des transports parisiens, j'ai déjà essayé, elle est plus forte que moi.
Hier soir, passage éclair chez Ramethep, le temps d'un kebab, de quelques bières et d'une conversation frustrante avec Vertige, comme elles le sont toujours. Rien de bien palpitant, juste quelques touches dans la conversation qui agacent, un brin d'insatisfaction qui affleure de temps à autre, mais que je parviens à camoufler pour éviter une confrontation. Les confrontations me répugnent. La chaleur devait y être pour quelque chose, et la fatigue. Penser à voir le moins de monde possible d'ici la fin de l'été, ça me permettra de rester en bons termes avec eux.
Plus d'une semaine que je n'ai mis les pieds dans une salle obscure. Rien de bien palpitant. Si je m'ennuie trop ferme, en début de semaine prochaine, j'irai traîner mes guêtres dans mon cinéma de quartier, à une heure de marche, ils ont dû renouveler leur carte. J'ai déjà raté deux occasions d'aller voir le dernier Tarantino, et il me reste peu de temps pour aller subir "Spiderman III". Sans parler des autres, ceux que je n'aurai pas prévu de voir mais que je verrai quand même, les comédies franchouillardes mal interprétées, les thrillers américains bâclés, les pseudo-documentaires chinois, parsemés de quelques classiques italiens diffusés par hasard dans le quartier latin, au détour d'une errance improvisée dans les rues de la capitale. Il fait chaud, mes semelles ont besoin de zoner.
J'ai passé un peu de temps à lire, notamment devant le tennis. Il faut dire que c'est chiant, le tennis. Je ne sais pas trop ce que j'y trouve. Sans doute la force de l'habitude. Je ne vois rien d'autre à la télévision, c'est la seule chose qui me rattache encore vaguement à une enfance téléphage. J'ai apprécié le Ben Jelloun commencé la veille, j'ai enchaîné avec "Death of a salesman", pièce de théâtre d'Arthur Miller, et j'ai commencé "La petite chartreuse", de Pierre Péju, surprise agréable quoiqu'un peu mince.
Programme de la soirée: tuer le temps comme je pourrai. Ma tante est trop fatiguée pour jouer au boggle ce soir, j'irai demain. Lire. Il me reste une heure tout au plus à extraire du Péju. Je n'ai pas encore décidé de la suite du programme. Probablement un roman de science-fiction d'importation récente. Je ne me sens pas de reprendre tout de suite les interminables cycles de fantasy amassés ces derniers mois. Peut-être un Coupland, acheté par hasard en début de semaine, pour une bouchée de pain. Pas envie de me remettre à l'apprentissage simulé des langues étrangères. On verra ça dans quelques semaines, quand l'été aura achevé de rouler-comprimer mon corps humain.
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