Sur l'écran rouge de mes galoches
Lundi douze février deux mille sept. Vingt-trois heures trente-cinq. Encore un peu de routine dans la boîte à fêlure, avec quelques variations sur des airs bien connus. Peu d'innovation, mais des horizons clairs, tracés à la craie comme une ligne de coke. L'avenir ouvre des pans entiers de banalité, dans lesquels je ne vais pas hésiter à m'engloutir. Deux cents jours avant implosion.
Vendredi dernier -- nous étions le neuf février, j'ai vérifié sur un calendrier -- je suis resté chez moi, à lire, comme la veille. J'ai terminé "Korsakov", roman sur la mémoire, et commencé "Fevre dream", de George R.R. Martin, publié en mille neuf cent quatre-vingt-deux. Ca parle bel et bien de steamers arpentant le Mississippi, dans les années dix-huit cent cinquante-sept, et aussi de vampires, dans un cadre très classique pour qui a subi bon nombre de romans du genre, ce qui est mon cas. L'histoire est plutôt bien construite, il y a du suspense, mais le tout est somme toute assez conventionnel. Ca ne m'a pas pris aux tripes. J'ai laissé traîner la bête trois jours, le temps de retomber dans la dépendance virtuelle. Mais on s'en sort, paraît-il.
Le soir, j'ai rendu visite à ma tante, qui le vaut bien, pour une partie de boggle endiablée. J'ai gagné, une fois de plus, d'une courte tête, la mienne. Rentré vers deux heures du matin. J'ai lu une partie de la nuit, sans doute propulsé par le thé ingéré. Rien à signaler. On s'occupe comme on peut.
Samedi dix février, j'ai découvert un site de scrabble en ligne. J'y ai passé l'essentiel de la nuit. Le dimanche, même chose. Je serais bien sorti, par exemple pour aller zoner chez Ramethep, mais il pleuvait. Le dimanche en fin de journée, j'ai tout de même opté pour un thé assis dans le quartier latin. Rompre quelques bâtons, manger dans un restaurant indonésien et rentrer par le dernier métro.
Aujourd'hui, levé tard, j'ai retrouvé Tonga dans le même coin, pour une bière à crédit. Nous voulions manger un bobun, mais la gargote était fermée. De dépit, nous avons marché sous la pluie, histoire de disperser les brumes de l'alcool, jusque chez Ramethep. Squat gentil, tartines grillées, thé dans des dés à coudre, atelier destruction du mobilier, séquence vidéophage. Retour assez tôt, j'ai même eu le temps de croiser mes parents qui se couchaient.
Programme de la soirée: ne pas me coucher trop tard, mais j'ai comme un doute. Je vais sans doute passer une ou deux heures à jouer au scrabble. Dans la foulée, achever la lecture de "L'adversaire" d'Emmanuel Carrère, commencé tout à l'heure sans savoir qu'il ne s'agissait pas d'un roman. Si le sommeil tarde, entamer la suite de "Rendezvous with Rama", enfin reçue par la poste, deux mois après l'avoir commandée.
Demain matin, faire mon sac, manger quelque chose et prendre place à bord du train pour Vesoul, en compagnie de la douzaine d'étudiants embarqués pour le festival. Films asiatiques -- une Asie au sens large, d'Israël à la Chine en passant par le Kazakhstan. Petite parenthèse dans mes vacances perpétuelles, comme tous les ans depuis six ans. Sans doute ma dernière participation pour la semaine entière. Retour sur Paris prévu dans une dizaine de jours, des images plein la tête et le ventre vide.
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