Rouge focal
Dimanche sept janvier deux mille sept. Onze heures trente-deux du matin. Une semaine pas vraiment occupée. La nouvelle année commence assez mollement. De la famille, des amis vus en passant, un désir de modération raté dans mes achats de livres. Il serait temps que je commence un nouveau compte à rebours, ça aide à structurer le réel.
J'ai rendu "Le monde comme volonté et représentation", de Schopenhauer, au Sultan, sans l'avoir lu. Très pratique pour caler les portes. J'ai achevé tous les livres commencés ces dernières semaines, y compris "Byzantium endures" de Michael Moorcock et "2001: a space odyssey" d'Arthur C Clarke. La nuit dernière, comme je n'arrivais pas à dormir malgré un rhume persistant et une fatigue interlope, j'ai poussé d'un cran le lavage de cerveau en entamant "Et si c'était vrai...", de Marc Levy, parce que j'aime bien me rendre compte par moi-même avant de dire du mal des autres.
Programme de la journée: profiter du reste de la matinée pour achever le roman. Quelques bonnes idées, un style déplorable, un suspense essentiellement éventé, bref, un roman de gare tout à fait potable. Dans la foulée, me jeter sur "The confusion", deuxième volume de la "trilogie baroque" de Neal Stephenson, commencée avec "Quicksilver", que j'ai lu il y a quelques mois, et complétée par "The system of the world", que je lirai dans quelques mois.
Une partie de jeu de rôles à l'horizon proche. Je la maîtrise, d'ici deux à trois heures. Une histoire de super-héros partis sauver le monde des dangers qui le menacent. Et le soir, selon l'endurance de la machine, lire ou ne pas lire, dormir ou ne pas dormir.
Je suis en passe de retrouver un rythme de sommeil à peu près humain, ou tout du moins à peu près diurne. Je me réveille plus ou moins spontanément vers neuf heures et demie du matin, je m'endors rarement après quatre heures, bref, je suis reparti sur des rails compatibles avec une activité normale. Demain, si j'en ai le courage, aller à la fac, affronter les administrations auprès desquelles je suis en retard d'un ou deux mois, suivre des cours d'estonien, voire de lithuanien ou de roumain, mais rien n'est moins sûr.
Le détail de ces derniers jours se perdra sans doute irrémédiablement dans le néant. Encore que. Mardi dernier, deux janvier, mon frère est reparti sur Lyon, et moi je suis resté. J'ai étréné mes nouvelles chaussures, qui ont dû me laisser des ampoules. Le lendemain, j'avais le talon en sang, donc j'imagine que l'ampoule a dû éclater. Miam. Déambulations dans le quartier latin, dans des boutiques de bandes dessinées et de jeux vidéo, où je n'ai rien acheté, essentiellement par manque d'intérêt.
Mercredi trois janvier, j'ai remis mes chaussures neuves sur mes pieds en sang, et je suis parti me promener au cimetière parisien du Père-Lachaise. Ca devait faire une bonne dizaine d'années que je n'y avais pas mis les pieds, mais j'ai trouvé ça très familier. J'aime bien les parcs publics, et celui-ci présente l'avantage de mélanger plusieurs strates de mauvais goût. Architecture grandiloquente, statues grandeur nature du christ cadavérique, plaques à l'abandon, couvertes de mousse, à l'inscription illisible. Avons passé deux heures agréables, le temps de se connaître davantage. Après, je suis rentré.
Jeudi quatre janvier, j'ai rechaussé mes escarpins sanglants, ai passé huit à neuf heures dans le quartier latin, chez une amie malade, à discuter, regarder des films indiens de mauvaise qualité, échanger des vues désabusées sur le milieu universitaire et échanger des potins sur certaines de ses composantes. Rentré par le dernier métro.
Vendredi cinq janvier, déjeuner dans un restaurant tamoul avec le Sultan et une amie commune, récemment rentrée du Darfour et du Maroc, où elle semble avoir vécu des aventures formidables. Elle avait passé du temps en Afghanistan, et au Pakistan, l'année précédente. Pour des raisons mystérieuses, nos pas nous ont mené jusqu'à une pizza casher, étonnamment comestible, avant de nous conduire jusque chez Ramethep, de retour de voyage. Thé, petits gâteaux, propagande baptiste, invocation du grand Nyarlatothep. Retour en train de banlieue.
Samedi six janvier, déjeuner chez mes parents avec le Sultan. Expédition punitive dans les librairies du quartier latin, dépense contrôlée. Tonga nous accompagne, jusque chez Ramethep où nous tirons les rois. Le Sultan hérite d'une couronne, plie des grues dans l'aluminium de ses ancêtres, nous prouve l'existence de dieu à l'aide d'une banane, et nous repartons dans le soleil couchant. Repas de famille, mal au crâne, omelette norvégienne, je me couche vers vingt-deux heures, le sommeil ne vient pas et je me résous à passer la nuit avec un mauvais roman, mais je l'ai déjà dit.
Et c'est à peu près tout. Le temps est de saison, mais moins froid. Les jours rallongent, et mon moral est moins bas. J'ai reçu un papier m'informant que je bénéficiais dorénavant de la prise en charge de mes dépenses de santé. Il me reste deux heures pour retrouver mon scénario, écrit il y a deux mois dans des circonstances similaires, finir un roman de bas étage que je me ferai un plaisir de rendre à ma tante, déjeuner avec mes parents, et traverser l'espace à des vitesses défiant l'entendement humain. Si j'ai le temps, me faire une tasse de thé.
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