Homme de paille

Publié le par Paraph


    Samedi onze novembre deux mille six. Treize heures quarante-sept. L'homme de paille est léger, léger comme un nuage qui passe dans le ciel. Il n'a pas grand chose dans la tête, rien ne lui reste sur le cœur, vêtu de ses seuls habits de paille, il flotte au gré des fluctuations du monde extérieur. L'homme de paille ne fait même plus peur aux oiseaux, ils sont venus nicher dans ses orbites nues.

    Hier, vendredi dix novembre deux mille six, les choses se sont passées à peu près comme prévues. J'ai passé la nuit à répondre à mon courrier en retard, n'ai dormi que deux petites heures, suis parvenu à me lever par l'intervention d'une force mystérieuse qui dépasse mon entendement (l'appât du gain), ai enquillé une journée de travail sans grand intérêt (sinon l'apport du gain), suis parti en retard, arrivé en retard en cours d'histoire de l'Estonie, ai piqué du nez au premier rang avant de remettre ça au cours d'estonien. Parti vers vingt-et-une heures, j'ai croisé une fille bourrée dans une limousine avant d'aller au cinéma. Je l'ai laissé me parler de François Feldman, plus grand qu'Elvis et bientôt en exclusivité je ne sais où. Sa limousine chaussait au moins du cent cinquante.

    "Vivre dans la peur", un film apparemment inédit de Kurosawa. Mifune grimé en vieillard, l'histoire d'une famille déchirée par la peur de l'atome. Un père prêt à tout sacrifier pour émigrer au Brésil avec les siens, lesquels ne sont pas très chauds. Ils règlent le tout au tribunal, où un dentiste moustachu doit servir de médiateur. J'ai raté quelques scènes, dont la fin. Suspense. Ma partenaire cinéphile m'a raconté la fin, mais le sentiment d'irréalité qui a entouré ma journée d'hier ne s'est estompé que ce matin, au réveil.

    Après le film, je suis passé à Saint-Michel manger un sandwich tunisien. Un truc avec des patates, des olives, du thon et du piment. C'était bon, sauf le piment. Pas trop l'habitude. Rentré par le dernier métro. Avec toute l'autonomie d'un zombie, j'ai procédé à toutes les étapes de mon coucher. Je me suis consciencieusement endormi, la lumière allumée, la musique en boucle, les lunettes sur le pif et un livre ouvert. Tout habillé. Ai ôté, fermé, éteint et posé le tout quelque part dans la nuit; ai dormi dix heures, rêvé que je buvais de l'eau et souhaitais un bon anniversaire à mon grand-père. Levé vers midi.

    Programme de la journée: récupérer, mais pas trop. Trop froid pour faire du vélo. Passer chez Ramethep prendre le thé, regarder un film, avant de rejoindre des gens pour un restau en soirée. Ca tombe bien, c'est dans le même quartier. Essayer de normaliser mes rapports avec les gens, y compris financièrement. Venir chez eux avec des choses à boire, manger, partager. Tant que j'ai de l'argent sous le coude. Résister à l'envie d'aller m'acheter des livres. Ne pas chercher d'idée de trucs à lire, je risquerais de les acheter. Et me concentrer sur mon mémoire. Il me reste vingt-neuf jours pour expédier la chose. Hmm.

    J'ai eu une longue discussion électronique avec un ami, appelons ça un échange de monologues, qui m'a fait prendre conscience d'un certain nombre de travers qui semblent peser à mon entourage. Je consens à faire des efforts, c'est a priori la moindre des choses. Comme quoi, j'ai longtemps abusé. Sans vraiment le vouloir, hein. C'est juste un peu dur d'interagir avec la réalité, tous ces humains qui la peuplent et ont des repères culturels et sociaux que je ne partage pas systématiquement. Je ferai des efforts. Je ne mangerai ni le chat, ni le bébé, et j'apporterai des bouteilles pleines. Qu'on pourra vider dans la joie, la bonne humeur et la détente. Comme dans le monde des humains.

 

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Publié dans schopenhauer

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C
Heu, pour beaucoup de choses faut pas te changer, hein, t'es mon ami pour ce que tu es, pas comme je préfèrerai que tu sois... Et après la pluie le beau temps aussi, mais c'est sincère.
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