Sors tes caillous, Perrette, allons lapider la femme adultère

Publié le par Paraph


    Mercredi premier novembre deux mille six. Midi seize. J'émerge péniblement de l'enchaînement des jours et des nuits. Travail à temps plein, cours du soir, séances de cinéma, repas sur le pouce, siestes dans le métro, passages éclair chez des amis pour m'effondrer sur leurs planchers. Guère le temps de lire, ni de faire du vélo, ce qui ôte beaucoup de son sens à ma vie, qui n'en a déjà pas beaucoup. Mais là, j'ai bien dormi, et mon cerveau récupère lentement un peu de son contenu malmené.

    Dimanche dernier, vingt-neuf octobre deux mille six, j'ai dormi peu et mal. Au lieu de faire du vélo, j'ai traîné au pieu, à lire ce qui me tombait sous la main, et j'ai mis au point mon semblant de scénario pour la partie de jeu de rôles de l'après-midi. Elle est advenue, s'est bien passée, a reflué, m'a laissé une impression amère, un goût de cendres dans la bouche, mais c'est certainement le lot de tous les créateurs médiocres incompris. Ou alors, j'avais de la fièvre. Ce que m'a confirmé mon état général.

    Le lendemain matin, lundi trente octobre, j'avais moins de fièvre, mais toujours aussi peu dormi. Journée de travail sans intérêt, même pas de flirt avec les collègues féminines, par manque de motivation, la seule partenaire potentielle étant en congé. Et puis, quand bien même. Mouarf. Le soir, cours sans grand intérêt sur les symboles de la nation estonienne, puis balbutiements de grammaire lituanienne, travaux pratiques en estonien sur une leçon de grammaire que je n'ai pas vue pour cause de cursus parallèle, et bribes de phonétique lettone en fin de soirée. Sorti de cours trop tard pour aller au cinéma. Ramethep me propose de passer prendre un verre.

    Le verre de bière se convertit en tasse à thé, la faim se trouve étanchée par des nouilles sautées nature, je m'endors mollement devant un film de zombies. Six heures plus tard, rebelote, dernière journée de travail à temps complet avec toute l'équipe, je m'embarque pour un mois de novembre à mi-temps, je rends mon badge de cantine pour avoir de quoi acheter à boire pour le repas du soir. Quelques moments de bravoure en fin de journée, je parviens à contourner la consigne en glissant furtivement des dossiers d'inscription dans l'escarcelle d'étudiants désespérés qui se pointent comme des fleurs, quinze jours après la clôture des inscriptions. Fin du premier round dans l'enfer du papier.

    Le soir, repas prévu avec les collègues, qui s'est converti en pot, qui n'a finalement pas lieu. On se reverra vendredi, avec ceux qui feront le déplacement. J'y crois très fort, mais j'ai comme un doute. J'avais également une sortie nouilles avec des gens, suivie d'un pot, mais le tout s'est décalé de telle sorte que je ne puis m'y rendre. J'ai soirée déguisée chez les filles à Saint-Denis, une histoire de fête irlandaise pas encore tout à fait digérée par nos cadres de pensée, mais bien accueillie par les décorateurs de supermarché. J'arrive les mains dans les poches, j'enfile mon costume de savant fou (une blouse de chimie et les cheveux détachés, la barbe au vent et le regard dément, un rôle de composition sans accessoires), je ressors acheter à boire, et je reviens m'abîmer sur l'écueil de la vie.

    Suite assez confuse de pizzas volantes, de bons mots aussitôt oubliés, de gens vêtus de bric et de broc. Le Sultan dans une superbe panoplie de poulpe. Tourbillon des êtres, valse de l'amnésie induite par l'insomnie, je ne me souviens pas de grand chose. C'était hier. Je me rends compte avec effroi que ma prose est en plein processus de contamination par Victor Hugo. Mais je m'égare. Vers minuit, décantade générale. J'attrape le dernier train, je fends Paris comme une bûche et je rentre chez moi, m'effondrer comme une bûche. Je suis le roi de la métaphore, et j'en ai plein dans mon bûcher.

    Comme j'ai voulu tout raconter comme ça me venait, j'ai oublié certains détails. Je suis allé au cinéma mardi soir, avec une collègue, qui n'avait rien de mieux à faire. "Les fils de l'homme", d'après le roman de P.D. James que je n'ai pas lu, est un film de science-fiction avec des gens dedans. Mise en scène, acteurs, images qui bougent, humour, suspense. Bonne impression d'ensemble, même si la fin est trop longue. Et le coup des chaussures est poilant. Et côté lectures, je suis sur "Angel station", un roman de Walter Jon Williams écrit il y a dix-huit ans.

    Programme de la journée: comme Ramethep a une fois de plus été obligé de reporter la partie de Nephilim, je me retrouve avec un jour de congé sur les bras. J'ai lu toute la matinée. J'ai aidé ma mère à faire des trucs impliquant le déplacement d'objets plus ou moins pesants. Dans l'après-midi, promenade en vélo, avec ou sans piéton qui me tienne la jambe. Vertige a prévu d'en être, mais sans monture. Le soir, partie de jeu de plateau chez Edriwing. Ah, et puis j'ai touché ma paie. Je suis momentanément sorti d'affaire, mais après avoir réglé mes dettes envers les amis, ça risque d'être juste. Bref. Douche. Vélo. Ou le contraire. Et repas en famille d'ici un quart d'heure.

 

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Publié dans schopenhauer

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T
quelle vie ô combien trépidante!je trucule d'impatience pour connaître la suite!
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