Carillons
Vendredi vingt-deux septembre deux mille six. Dix heures cinquante. C'est le printemps. Il fait chaud, ça tape. Le soleil darde ses rayons. Je me demande si à force de marcher sous le cagnard, je n'ai pas récupéré mes derniers coups de soleil de l'année. Pour une fin de mois de septembre, je m'estime satisfait. J'aime bien quand la nature fait n'importe quoi. Et puis, ça me donne l'occasion de chanter du Jo Dassin.
Hier, après avoir marché dans les rues de Paris (grand tour du cinquième arrondissement, puis passage par la place d'Italie pour bifurquer vers Bercy en remontant la rue de Tolbiac), j'ai pu régulariser ma dette en cours, puis regarder un film thaïlandais à la Cinémathèque, "La cicatrice", de je ne sais pas qui. Tourné en mille neuf cent soixante-quatorze, ça se passe dans un village. Machin aime Machine, qui ne l'aime pas mais finit par succomber à son charme (il a des muscles et un gros buffle, et son rire crispant les rend toutes folles). Mais leur amour est impossible, parce que leurs pères se sont brouillés. Un gangster local veut épouser Machine, il encourage donc son père à boire, pour qu'il la vende à un bordel de Bangkok où il pourra la récupérer gratis. Machin se fait tomber dessus par les sbires du gangster, qui lui laissent une cicatrice à la tempe, gage de son amour pour Machine. Machine est vendu à Bangkok, mais la patronne du bordel retrouve en elle sa fille morte. Elle la choie. Machine, la tête tournée par l'argent, le luxe, les bijous et les réceptions chez l'ambassadeur, se laisse fiancer à l'ex de la fille morte, un haut fonctionnaire sans scrupules. Machin la cherche par monts et par vaux, mais c'est grand, Bangkok. Il fait chou blanc, et rentre dans son village jouer de la flûte au pied du banian ancestral qui abritait leurs ébats.
Trois ans plus tard, la mère de Machine est mourante. Machine revient au village, Machin veut lui parler, mais le cœur de Machine a durci comme la pierre. Elle préfère les fringues de riches à la boue des rizières. Machin accepte de se faire bonze. Finalement, il y renonce. Il zigouille le gangster et ses sbires à coups de machette, puis il met le feu au bateau du fonctionnaire, qui n'apprécie pas et lui tire une balle presque en plein cœur. Il a le temps de retourner à la rivière, qu'il teinte de son sang. Pendant qu'il agonise, Machine se rappelle soudain qu'en fait, elle n'a jamais aimé que lui. Elle se précipite à sa suite, et ils meurent ensemble, noyés, dans les racines du banian. Le tout est entrecoupé de chansons d'amour larmoyantes, et d'épisodes où le héros se fait rosser par les sbires du méchant. Le père de Machin est un brave, mais qui ravale son orgueil pour ne pas laisser un fils sans père.
Après ce grand moment du cinéma mondial, je suis passé chez Ramethep (encore de la marche à pied) pour une séance de glande. Thé, visionnage de "Sindbad", un film de haut vol avec Lou Ferrigno dans le rôle du célèbre voyageur. Du muscle, du carton-pâte, des effets spéciaux à deux balles, par l'équipe qui vous a donné "Les maîtres de l'univers" et tout un tas de chefs d'œuvres du même acabit. Dernier métro, dodo. J'ai peu avancé sur Irving, j'en suis presque à la moitié. Et je risque de ne pas beaucoup avancer aujourd'hui. Parlons-en.
Programme de la journée: me sustenter sur le pouce, puis gagner la fac, où j'espère voir affichés mes résultats d'indonésien, que je pressens catastrophiques. Oublier mon échec d'hier pour me concentrer sur mon échec de demain: j'ai un mémoire à écrire. J'ai prévu de m'enfermer quelques heures dans la bibliothèque, déserte en cette période transitoire, pour jouir du calme et de l'absence de monde, pour relire mes sources, indexer le tout, avoir des idées neuves et des choses à dire. Il me reste entre dix jours et trois mois pour rédiger mon mémoire, selon les enjeux que j'aime à m'imaginer. Le plus tôt sera le mieux, qu'on en finisse. Huit ans que je suis dessus.
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