Toile cirée
Samedi vingt-deux juillet deux mille six. Onze heures quarante-et-une. Le cocktail habituel de fièvre et de chaleur s'ingénie à me rendre pénibles les heures de veille. Mais je ne me laisserai pas faire. Ou pas trop. La fièvre reflue, le rhume, ou la grippe, ou quelle que soit la nature exacte de la crève actuellement ancrée dans mes bronches, mon nez, ce qui reste de ma gorge, entame un repli prévisible. Je suis plus fort que ces quelques secousses flegmatiques, mes poumons claquent comme un fouet à chaque expiration, le no man's land de mes amygdales se résout à un interminable été, mais le moral tient bon.
Hier, après avoir tué le temps comme j'ai pu, visite de routine dans la famille et chez des amis, avec mon frère. Passage chez ma belle-sœur, chez mes grands-parents et chez un pote. Le tout pour m'effondrer sur un canapé. Mes aïeux persistent à tenir bon, durer. Je m'en réjouis plutôt, mais je sais que la fin viendra bien tôt ou tard. Je la prévoyais dès avant la nouvelle décennie de ce vingtième siècle qui ne s'achèvera donc jamais.
Ce matin, la tête au fond de la mine, je me prépare à une nouvelle journée de farniente, en attendant que la santé revienne et que le soleil retourne en enfer. Plus que quarante jours avant la date butoir de rendu pour mon mémoire. L'avenir en dépend. Je vais aller me reposer un peu. Dans la soirée, me vêtir de rouge pour aller voir des gens.
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