Panier de fruits

Publié le par Paraph


    Jeudi vingt juillet deux mille six. Onze heures trente. J'ai passé une nuit de merde. Le marécage a fini par me faire fuir le second étage où sont mes quartiers, la fièvre et le mal de tête m'ont amené à rechercher l'ombre des caves et l'assistance du paracétamol. Sur les coups d'une heure du matin, les orages ont éclaté, inondant nos salles d'eau, repoussant nos fenêtres, faisant trembler la trame de la réalité sur ses gonds. J'ai fini par me réfugier dans la chambre d'amis, moins caniculaire que la mienne propre, et c'est à l'aide d'une pyramide des aventures mièvres du journaliste Ric Hochet que j'ai finalement pu trouver le sommeil. Vers huit heures du matin, j'ai pu rejoindre ma couche, la température ayant suffisamment baissé pour me permettre de tourner de l'œil.

    Hier soir, avec mes parents soucieux de marquer le coup, nous sommes allés manger marocain. Tout y est passé, un bric, un tagine, un couscous, une glace, des pâtisseries spéciales, un thé à la menthe et la femme du patron. Car j'avais grand'faim. Comme je manque d'exercice, je suis rentré à pied. La banlieue était belle, dans le soleil couchant, et j'ai craché mes poumons.

    Je passe mon temps, depuis l'éveil, à cracher mes poumons, mes bronches ont profité de la nuit pour s'emplir de mucosités jaunes presque verdâtres. Cette nouvelle journée va être formidable. Ma toux s'est calmée, et j'arrive même à parler sans coasser. Je me suis entraîné à lire à voix haute en contrefaisant, fort maladroitement, l'accent du Sud américain. Car je suis en train de lire "The autobiography of Miss Jane Pittman", un roman d'Ernest J. Gaines. Ce bouquin raconte les aventures d'une esclave noire libérée puis bénéficiant d'une grande longévité, qui raconte, centenaire, au seuil des années mille neuf cent soixante-dix, sa vie. C'est au programme de l'agrégation de l'an prochain. Je prends un peu d'avance.

    Programme de la journée: manger quelque chose. Maudire les remixes pourris des chansons pop déjà bien huilées. Poursuivre ma lecture peu inspirée du bouquin de Gaines. Marcher une heure en plein soleil, aller aider Joe Gold à déménager son bardas, revenir, repartir, acheter du pain et me pointer à Saint-Denis, la bouche en cœur, pour une soirée entre amis. Ne pas me poser de questions, jouer aux cartes, être malade, dormir sur place ou rentrer au petit matin.

 

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Publié dans schopenhauer

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