A la claire fontaine
Lundi trois juillet deux mille six. Midi vingt-neuf du matin. Les courbatures de samedi soir ont fini par s'annoncer. Sans frapper, subrepticement, elles m'ont saisi les deux mollets, et m'ont astreint à un repos que je comptais prendre. La chaleur a fait des siennes, troublant mon sommeil, m'assignant à résidence, j'ai finalement pu attraper quelques heures d'un sommeil fugitif entre quatre et neuf heures, avant et après l'aube. Mais je suis tout sauf reposé. En outre, l'échéance de mon Grand Saut (plus que trois jours avant le départ du train) me rend plutôt fébrile. Un petit verre de vodka me ferait le plus grand bien, mais j'ai décidé d'avoir la flemme d'aller chercher la bouteille. L'alcoolisme demande trop d'efforts précis pour avoir prise sur moi.
Programme de la journée: assez flou. Dans l'immédiat, je me consacrerais volontiers au peaufinement de ma technique de fuite, pour aborder les oraux avec défaitisme sinon sérénité. De toute façon, les chances que je m'en sorte sont très ténues. Notamment du fait de mon absence de préparation. Mais aussi, et surtout, parce que je suis généralement paralysé par les entretiens oraux; quand j'ai deux à trois heures à tuer avant, sous prétexte de traitement du sujet, c'est encore pire. J'eusse aimé passer parmi les premiers, à la mi-juin, et être à présent en vacances. Mais le hasard alphabétique en a décidé autrement.
Autres alternatives: voir des amis. Aller au cinéma avec le Sultan s'il refait surface. Jouer aux cartes à Saint-Denis si je parviens à joindre les organisatrices. Fuir la réalité en m'enfonçant dans l'enfer vert, terminer "Jaws", entamer un autre livre, ne pas dormir, ne pas dépenser cet argent que je n'ai pas et qui me fait défaut. Penser à manger quelque chose. Faire du sport si je peux, c'est encore ce qu'il y a de mieux contre le temps qui ne passe pas assez vite. Dès que mes crampes aux mollets seront oubliées.
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