Les dents de l'amour

Publié le par Paraph


    Dimanche deux juillet deux mille six. Minuit cinq. Bienvenue dans mon insomnie. Celle-ci se caractérise par sa précocité dans la nuit, et fait suite à une tentative avortée de dormir douze heures d'affilée. La fatigue et l'effort physique aidant, j'espérais sombrer dans les profondeurs du sommeil, mais je n'ai fait qu'en effleurer la surface. Ma nuit est devenue une sieste intempestive, et je me suis réveillé, en forme, au pire moment possible, vers vingt-trois heures. Je suis donc parti pour ne pas parvenir à me rendormir avant l'aube. Mais, vrai, les aubes sont navrantes, comme disait l'autre.

    Le brunch post-marital s'est bien passé. J'y ai à vrai dire mangé deux à trois fois plus que pendant le banquet proprement dit, passant ma faim de la veille sur le buffet champêtre organisé par les parents de la mariée. Le tout sur la terrasse d'une petite villa de banlieue, à l'orée d'un bois d'où sortent parfois, vers l'aube, d'étranges formes voûtées, pas tout à fait humaines. Salade composée, poulet fumé froid, jambon blanc, jambon de pays, pâtisseries à la fraise et au chocolat, glaces assorties, éventail de fromages pugnaces, cerises du jardin, abricots, pêches, re-salade, re-jambon, et encore du fromage, et encore une couche de cerises. Le tout arrosé, en ce qui me concerne, de deux bières, une demi-bouteille de Sancerre rouge, quelques verres de cidre, un peu de thé glacé, et beaucoup d'eau. Une sorte d'orgie, à peu près imprévue, qui manquait de patates mais pas de grâce. Pouvoir contempler les mines décomposées de mes acolytes de la veille était plaisant. Les mariés détendus, confortablement installés dans la routine des trente prochaines années, en attendant la naissance de leurs enfants, pour peu qu'ils en aient.

    Etant ponctuel, personne n'était disponible pour m'aller quérir à la gare locale. J'ai donc couvert à pied la différence, soit une demi-heure de marche dynamique, le long d'une pente affirmée, jusqu'au nid d'aigle des maîtres du monde. Le tout sous un cagnard assez conséquent. Résultat des courses, j'étais passablement liquide en arrivant sur les lieux. Comme j'avais pour le moins abusé des bonnes choses, je suis également rentré à pied, négligeant cette fois-ci le réseau express régional, pour permettre à mes jambes, habituées à l'effort après le réconfort, de réduire à merci les six kilomètres du trajet. Le tout sous le même soleil qu'à midi, à peine plus oblong dans sa volonté d'aplanir les ombres des passants. Transpiration, fatigue, je me suis couché comme une masse, pour dormir comme un colibri, l'espace d'un instant, dans mon jus. J'aime l'été.

    Programme de la soirée, puisqu'il faudra bien en passer par là: ultimes préparatifs de mon oral du week-end prochain. A Toulouse, sous un soleil sans doute peu enclin à la pitié, je devrai affronter les monstres dressés face au Temps. Cette nuit, si j'en ai le courage, achever de parcourir les ressources en ligne mises à ma disposition par des collègues altruistes. Dans le cas contraire, si je ne parviens à me concentrer, lecture jusqu'à épuisement des combattants. Je suis en train de lire un roman intitulé "Jaws" ("Les dents de la mer"), écrit en mille neuf cent soixante-quatorze par un certain Peter Benchley, dont j'ignore ce qu'il a pu faire depuis, à part collaborer au film du même nom, ainsi qu'à ses (nombreuses) suites. Ca se présente comme un roman à suspense, servant en sous-main de critique sociale. Ne jamais sous-estimer le pouvoir du polar. Une petite ville balnéaire américaine voit sa survie menacée par l'attaque d'un grand requin blanc, habitué des plages, ayant décidé de convertir en snack la jet-set locale. Un grand moment de littérature.

 

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Publié dans schopenhauer

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P
Il s'agit bel et bien du roman ayant été directement adapté par Spielberg, et scénarisé par son auteur.Quant aux causes de mon insomnie, en gros, il faut blâmer la chaleur.
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S
Tiens, encore un insomniaque ?(Moi c'est parce que j'ai peur pour les résultats du bac, demain. Et toi ?) Je crois que Spielberg a bel et bien fait une adaptation des dents de la mer (mais il est possible que je me trompe, en tout cas les dents de la mer de Spielberg existe.)
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