Bande magnétique

Publié le par Paraph


    Samedi premier juillet deux mille six. Onze heures dix-sept. Cinq jours avant la fin de mon compte à rebours personnel, qui marquera mon départ sur Toulouse pour une série d'oraux visant à rater le CAPES d'anglais, auquel je m'étais inscrit en début d'année, un peu par hasard, et dont j'avais réussi les écrits, à ma grande surprise. Phase finale de ma préparation, à vrai dire plus psychologique que factuelle, consistant à voir des gens, lire des bouquins, bref, ce que je fais déjà pendant l'année. A ceci près que j'essaie de me préparer à surmonter l'épreuve qui m'attend. Perdre avec le sourire. Le six-coups sur la tempe, le couteau sous la gorge et le rictus de l'Apache dans les narines. Les bottes aux pieds, la corde au cou, les yeux fixés sur la poussière à l'horizon.

    Hier, au lieu d'aller au cinéma, je me suis rendu directement chez Ramethep. Le Sultan n'est pas venu, épuisé par la pesanteur de ses démarches administratives, il a préféré retourner dans sa Picardie post-natale. Avons regardé deux épisodes de la seconde saison des "Avengers" ("Chapeau melon et bottes de cuir"), avant l'arrivée d'Emma Peel, donc. Le rôle de side-kick était tenu par une anthropologue blonde aux sourcils efilés. La soirée a tourné à la beuverie, ou pour dire les choses plus élégamment, à la dégustation de cocktails. Nous avons survécu à l'assaut du rhum grâce à des pizzas de passage, renforcées par un gang de pâtes à la bolognaise. Un quart d'heure après le dernier métro, Ramethep s'endort et nous met à la porte. Ou le contraire. Bilan des courses, deux heures de marche et de bus de nuit pour rentrer. Troisième nuit d'affilée à me coucher à quatre heures du matin.

    Ce matin, je suis tout de même moins épuisé que les jours précédents. La chaleur a perturbé mes dernières heures de demi-sommeil, mais je ne suis pas trop dans le coton. C'est important, quand on doit libérer la moitié du monde, s'évader d'une planète-prison en orbite autour d'une géante gazeuse tout en esquivant les attaques d'une civilisation méthanienne agressive et vindicative. Je fais des rêves animés ces temps-ci.

    Programme de la journée: un couple de mes amis se marie. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont méditerranéens et la deuxième paire de mes amis à en finir avec le célibat cette année. Le mariage suivant aura lieu à la mi-juillet, en Bretagne. Pour aujourd'hui, je dois me rendre dans deux heures à l'hôtel de ville d'une petite commune de banlieue pour la cérémonie civile. Navette vers une église orthodoxe de Paris. Puis navette vers un lieu indéterminé pour le pot d'honneur. Puis renavette pour la lointaine banlieue, dans une aile de château louée pour le banquet. Fin des opérations, pas avant l'aube. Avec un brunch six heures plus tard. Je sens que je vais beaucoup m'amuser.

 

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Publié dans schopenhauer

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