Lézardes en goguette
Jeudi vingt-neuf juin deux mille six. Plus qu'une semaine avant mon départ à Toulouse, pour passer les oraux du CAPES d'anglais. Au cours du dernier épisode, notre héros apprenait que les amis d'amis sur lesquels il avait naïvement compté pour l'héberger durant son séjour Là-Bas, dans le Sud, ne pouvaient finalement pas. Désemparé, notre héros ne savait plus à quel saint se vouer. Parviendra-t-il cette fois encore à triompher de l'adversité?
Hier, après un réveil prématuré, anxieux à la perspective de rater mes oraux, je me suis rendu à la fac. Deux heures de travail sérieux à la bibliothèque m'ont permis de me rassurer, à tort, sur mes chances de réussir l'oral. Je croise un ami dans un couloir, nous décidons d'attendre une amie commune, avec laquelle il était prévu que je déjeunasse. Attente vaine. L'amie en question ne s'était pas réveillée, et s'étant fait voler son téléphone mobile, n'était pas en mesure de me contacter pour prévenir. J'ai finalement pu déjeuner au restaurant universitaire, avant d'aller assister à une réunion.
J'ai revu les survivants de Vesoul. Nous étions cinq, réunis dans un bureau en pleine reconfiguration, les membres du personnel étaient occupés à assembler des étagères tout en traduisant des documents audiovisuels réalisés en bengali. La réunion n'a pas donné grand chose. Notre objectif initial était de parvenir à débloquer la situation où nous nous trouvions suite au départ de notre maquettiste, parti vivre en Inde pour au moins dix ans. Conclusion de la séance: je récupère la responsabilité du projet, j'ai deux mois pour maîtriser photoshop et pour débarquer en septembre avec un produit fini imprimable. Ca tombe bien, je n'avais rien à faire cet été. Et je ne connais pas du tout photoshop.
Dans l'après-midi, je croise dans le couloir ma directrice de maîtrise, qui se rend à une réunion avec ses collègues pour décider de notre avenir à tous. J'arrive à échanger un regard avec elle, elle accepte de me parler, mais après la réunion. Ca fait deux mois qu'elle ne répond plus à mes mails. Je crains le pire. Dans l'intervalle (la réunion est partie pour durer), je me retrouve dans la cour de la fac, à parler cinéma en buvant du thé avec des amis de passage. Trois heures plus tard, un ou deux coups de soleil dans ma besace, je retourne sur le théâtre des opérations, où j'ai la chance de tomber sur la fin de la réunion. Ma directrice, accaparée par ses collègues, réussit à m'offrir un potage à la tomate avant de me happer dans son sillage pour prendre le métro. Réglement du malentendu. Le sésame du CAPES permet de briser la glace. Elle attend mon mémoire début septembre. Ca tombe bien, je n'avais rien à faire cet été.
Dans le train du retour, je tombe sur des amis, avec lesquels je décide d'aller au cinéma. Achat de victuailles dans une épicerie vietnamienne du quartier latin, avant de contempler "Human desire" (1956), un film de Fritz Lang librement adapté de "La bête humaine" d'Emile Zola, roman que je n'ai par ailleurs jamais lu (je me suis arrêté après les cinq ou six premiers tomes des "Rougon-Maquart", et je n'ai bizarrement jamais eu à lire Zola, que ce soit au lycée ou à la fac). C'était joli, j'aime bien les trains. Ayant décidé de rentrer à pied, et peut-être d'improviser une dernière séance du côté d'Alesia, j'ai finalement appelé des gens. J'ai pu croiser Joe Gold dans un café du quatorzième, où nous avons parlé de tout et de rien. Lui doit passer l'année qui vient comme prof de français en Roumanie. Dans la foulée, j'ai appelé ma cousine toulousaine, qui m'accueillera chez elle avec joie, au moins le premier soir. Je suis rentré à pied, en ayant mal aux jambes, vers trois heures du matin.
La saison des retours et des départs s'amorce. Lola doit rentrer d'Ouzbekistan demain, pour transiter par Paris avant de retourner en Corée. Vertige est rentré de Chine, repose son dos dans le Cotentin, et doit emménager début août à cinq cents mètres de chez moi. Aucune nouvelle directe de Zubayidi, sinon qu'il n'a pas réussi son concours et va repasser sur Paris en septembre pour soutenir sa thèse de doctorat. Le Sultan a dû revenir en France pour faire convertir son visa de tourisme en visa de travail, en espérant que son job en Inde l'attendra bien au chaud. Bref, la valse des expat' se perpétue d'année en année. Si jamais j'ai mon concours, je m'exilerai en zep. Putain d'exotisme.
Programme de la journée: passer sur Paris rendre des trucs à un gars qui avait disparu dans la nature il y a six mois (deux DVDs, quelques BDs, les bons comptes font les bons amis). Dans la soirée, repas chez des gens que je viens de rencontrer. Dans l'intervalle, m'occuper comme je pourrai. Tenter la carte Ramethep, s'il n'est pas en pleine randonnée dans le Larzac, au pire, m'enterrer au cinéma ou à la Bibliothèque Publique d'Information du centre Pompidou. Histoire de profiter de ma lancée pour parachever ma préparation bâclée.
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