Ciboire égaré

Publié le par Paraph


    Mardi vingt-sept juin deux mille six. Dix-sept heures quarante-cinq. Je viens de prendre mon petit déjeuner. Ou mon goûter, c'est selon. Non que je vienne de me lever, mais le début de journée, chaotique en diable, a été le digne prolongement d'une soirée anarchique. Revenons sur le déroulement des événements.

    Hier, après une séance de travail intense à la fac -- deux heures à me faire irradier dans la cour par le frais soleil de juin, à boire du thé au citron en faisant rencontre sur rencontre, tout en vérifiant périodiquement la publication des résultats d'examens pour les collègues -- qui m'a tout de même permis de me remettre au japonais (lecture rapide d'un article de journal sur le projet gouvernemental de réforme de je sais plus quoi), je me suis rendu aux Buttes-Chaumont pour un pique-nique chez des gens ayant décidé de déplacer le pique-nique initialement prévu aux Buttes-Chaumont, pour cause de flemme matinée de pluie tombante. Avalanche de coïncidences amusantes: j'ai rencontré mes voisins immédiats, qui habitent dans le pavillon mitoyen du mien, entendent ma sœur jouer du piano, ont photographié mon chat, m'ont déjà vu marcher dans la rue, un livre ouvert à la main.

    Coïncidence suivante: le gars chez qui nous piquions-niquions, accessoirement le copain de l'organisatrice du projet initial, se trouve être membre d'un journal étudiant/presse alternative que j'ai côtoyé il y a trois ou quatre ans lorsque, avec mon propre journal étudiant, nous nous étions rendus à Rennes participer à un forum de la presse jeune. Les coïncidences se sont arrêtées là. Nous avons mangé des rouleaux de printemps confectionnés par la maîtresse du maître de maison, descendu trois bouteilles de rouge, une bouteille de rhum et une bouteille de cocktail rhum-coco. Je n'ai pas l'habitude de tant boire, et sans être hors-de-contrôle, j'étais tout de même bien éméché. Nous avons fait quelques parties de "Camelot", un jeu de cartes que je découvrais pour la circonstance et pour lequel je n'ai montré aucune prédisposition particulière, avant de nous coucher, vers quatre heures du matin.

    Au réveil, gorge sèche, la tête tourne, les conséquences de mon abus d'alcool se font sentir. J'ai dû descendre un bon litre d'eau au cours de la matinée, me réveillant par intermittences pour porter le goulot à mes lèvres, me retourner, ouvrir un livre, ne pas réussir à me concentrer sur la page, éteindre la lumière, replonger dans le même demi-sommeil, me faire réveiller par la scie des voisins, l'absence d'un second oreiller, bref, j'ai dormi de façon sporadique et peu récupératrice. Au réveil, les maîtres des lieux avaient disparu. Petit déjeuner tardif (chips et thé) avec le seul autre rescapé, pour repartir vers la banlieue juste avant l'heure de pointe des retours de travail de nos ami salariés garantissant l'entretien de la population inactive à laquelle je me rattache.

    Entre mes périodes de demi-sommeil, j'ai tout de même eu le temps de commencer la lecture de "Catcher in the rye", un roman de JD Salinger, et de lire intégralement "Terraqué", recueil écrit en mille neuf cent quarante-deux par le poète breton Guillevic.

    Programme de la journée: prolonger l'entente cordiale avec mes parents tout juste rentrés de vacances. M'alimenter abondamment dans un avenir proche; car j'ai grand'faim. Dormir, car la fatigue vient en dormant peu. Et puis, car il est grand temps, me mettre à bosser sérieusement mes oraux du CAPES d'anglais. Plus que neuf jours avant mon anabase, ou ma catabase, je ne sais plus. Je dois me rendre à Toulouse, charmante bourgade de l'hémisphère méridional, pour mon exécution programmée. Penser à m'y mettre dès demain dans la journée.

 

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Publié dans schopenhauer

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P
Rassure-toi, ta fête était très réussie. Et puis la pluie, c'est cool aussi.
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S
Oh ! Mais comment ! "Pour cause de flemme matinée de pluie tombante"... L'inverse m'aurait semblé plus juste, car Dieu sait que j'aurais aimé me rendre aux Buttes-Chaumont malgré la menace météorologique ; seulement, j'ai le scrupule facile. J'avais reçu plusieurs messages dans la journée qui m'avaient amené à m'imaginer que si, ayant osé envoyer mes invités sur une herbe mouillée, le risque de douche devenait effectif, certains le vivraient mal... Et je ne veux pas de ça, moi.
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P
A priori, non. C'est un gars qui parle aux objets, qui s'extasie sur les pierres, la mer et la minéralité du corps humain. 
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L
Terraqué. 1942. C est dans la vague nationalisme breton ?
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P
Les coïncidences sont le sel de la vie, comme disait je ne sais plus qui (en portugais dans le texte). 
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