Estocade
Lundi vingt-six juin deux mille six. Onze heures cinquante-et-une. Plus qu'une dizaine de jours avant mon expédition à Toulouse. J'ai des billets de train (départ à six heures du matin pour payer moins cher), mais toujours pas de logement sûr, définitif et confirmé. Comme je n'ai pas de quoi me payer l'hôtel, je compte sur la solidarité des amis, de la famille, des amis d'amis. Pas dit que ça paye, mais si je pouvais éviter de passer quatre jours à la rue, je suppose que ça m'arrangerait. Dans l'immédiat, la fébrilité monte d'un cran. Enfin, elle monterait d'un cran, si j'étais fébrile. Là, je ne me rends pas compte. Je n'ai pas vraiment commencé ma préparation. Je m'y mets demain, c'est certain.
Hier, tout s'est déroulé exactement comme prévu. J'ai passé la journée à zoner entre internet, des DVDs, le livre en cours. J'ai nourri mon chat, je me suis nourri, j'ai accompli de grandes œuvres pour l'avenir de l'humanité. Penser à sortir les poubelles.
Toujours hier, odyssée jusqu'en banlieue nord pour goûter anniversaire, gâteaux, parties de cartes, dernier métro. J'ai pu mettre le reste de la nuit à contribution pour répéter le schéma de la journée. Pas beaucoup d'action, rien de bien constructif. Pas dormi des masses.
Programme de la journée: fêter son anniversaire à ma sœur, qui vient tout juste d'avoir seize ans. Manger une bricole, marcher une heure pour arriver à Paris où mes tickets de bus marcheront, débarquer à la fac pour une après-midi de travail intense. Si la cafétéria ne ferme pas trop tôt, j'aurai peut-être même le temps de boire un thé au citron. S'ils n'ont pas une rupture des stocks sur le citron, à cause des vacances. Parce que la fac, je le subodore, aura aujourd'hui un parfum de vacances. Les examens étant terminés, les rares acharnés à squatter encore la bibliothèque sont soit des mordus soucieux de parvenir à devenir vraiment efficaces dans les langues qu'ils étudient, soit des pauvres hères tenus de boucler un mémoire pour la fin de la semaine, sous peine de se voir reporter à septembre, adieu les vacances. Pour ma part, je n'ai rien de prédéfini pour ma séance de travail. Si je croise des amis, je pourrai taper le bout de gras, boire des thés en refaisant le monde, c'est à dire notre manque d'avenir. Si je ne croise personne, il faudra bien que je me mette à bosser un minimum en prévision du grand carnage de dans dix jours.
Si la bibliothèque a adopté ses horaires d'été et ferme plus tôt, me diriger vers la bibliothèque publique d'information du centre Pompidou pour une after endiablée. Sur le coup des vingt heures, pique-nique vietnamien aux Buttes Chaumont, sous la pluie si la météo n'a pas menti. Fin de soirée sans doute identique à celle d'hier. Les jours ont une certaine tendance à se cloner entre eux, comme les fraises.
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