Particules alimentaires
Dimanche vingt-cinq juin deux mille six. Midi dix-neuf. Encore une nuit passée dans une interzone brumeuse et grisâtre, ni du lard ni du cochon, en demi-teinte, loin du chiaroscuro tranché des enjeux humains. Plus que douze jours avant échéance. La tension redouble d'efforts pour s'immiscer dans mes veines. Je tiens bon, à grands renforts d'indifférence. Seul mon avenir est en jeu; le reste se défend. Du passé faisons table pleine, car il fait grand faim.
Hier, la partie de Guerre des Etoiles s'est déroulée comme prévu, avec un retard de trois heures pour cause de cambriolage dans la voiture du meneur de jeu. Du coup, nous n'avons pas pu terminer la séquence de jeu, reportée au trois septembre. Signe des temps, nous en sommes venus à fixer les parties à date précise, jusqu'à trois mois à l'avance. Le loisir planifié serait-il la mort du loisir? Ben non. Il suffit de savoir s'organiser. C'est d'ailleurs la même chose, une fois atteint le vaste plateau morne de l'âge adulte, de la vie salariée, de ce no man's land qui s'étire, dans son intensité maladive, vers la retraite et la mort, c'est la même chose, dis-je en une habile incise tout en rappelant le sujet de ma phrase, que j'avais pour ainsi dire oublié dans mon enthousiasme à plaquer des propositions les unes à côté des autres, pour se voir entre amis, que ce soit pour faire la fête ou prendre le thé. Autre indice que mes amis vieillissent, les jours de semaine n'existent plus, il n'est possible de se voir que les week-ends. Tout ça sous prétexte qu'ils travaillent, qu'ils habitent, qu'ils doivent aller chez le beau-frère ou les beaux-parents. En tant que célibataire non-militant, je m'interroge sur les avantages que peut présenter la vie de couple. Pas longtemps, parce qu'ils m'apparaissent assez vite, mais je m'interroge tout de même.
Mon chat a faim. Je l'ai enfermé dans les souterrains du château, pour ne pas qu'il se mouille cette nuit. Du coup, comme je paresse et prends mon temps à venir lui ouvrir, il doit avoir le ventre creux. Un peu comme moi, avec des poils en plus. Plus tard dans la journée, ma sœur doit rentrer de vacances, et pourra se charger dorénavant d'assurer la pitance du félin maître des profondeurs domaniales. Ca lui permettra au moins de manger à heures plus régulières, et ça me permettra de m'abîmer dans des routines sucrées-salées.
Programme de la journée: manger. Nourrir la Bête. Poursuivre ma lecture, à peine entamée, de "Merde actually", suite apportée par Stephen Clarke à son roman "A year in the merde", racontant les déboires d'un Anglais venu travailler à Paris, qui découvre petit à petit la réalité cocasse du décalage culturel. Le premier roman m'avait fait sourire, et celui-ci semble démarrer précisément sur les mêmes prémices que son prédécesseur. Pas de surprise majeure à attendre, quelques gags bien vus, beaucoup de mauvaise foi et de phrases au style médiocre mais efficace. Bref, une lecture idéale pour un dimanche après-midi.
Dans la soirée, me rendre une fois de plus chez les dionysiennes réunies en Trinité, pour fêter collectivement un double anniversaire. Je viendrai, je le crains, les mains dans les poches, ne disposant pas des fonds nécessaires pour acheter à boire ou à manger, surtout un dimanche soir. Sauf si on me le demande. Je ne suis pas difficile. Je suis même prêt à marcher des heures durant sous la pluie pour trouver une supérette. Tiens, il pleut.
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