Phénolphtaléine

Publié le par Paraph


    Mardi vingt juin deux mille six. Quinze heures vingt-cinq. Je viens d'acheter mes billets de train pour Toulouse. Au retour, je passerai quelques jours à Lyon, voir mon frère et les amis. Ca fera près d'un an que je n'ai pas mis les pieds dans la capitale des Gaules. Pour être à peu près sûr de ne pas rater les dates de mes oraux, j'arrive la veille, et je repars le lendemain. En cas de problème mineur, j'arriverai avec trente-six heures d'avance.

    Des pompiers sont en ce moment dans ma rue. Une voisine, semble-t-il, a oublié de débrancher son gaz. On l'évacue sur une civière (de lapin). Je n'ai rien vu de tout cela, ma mère les a aperçus au passage. Toujours dans ma rue, les travaux qui durent depuis novembre viennent d'entrer dans une nouvelle phase. Après avoir cassé la chaussée pour installer des nouveaux égouts, reconstruit la chaussée, puis recassé la chaussée afin d'y insérer des câbles souterrains au lieu des fils téléphoniques aériens, ils viennent de décider qu'ils avaient bien besoin de prendre des vacances. Les ouvriers reviendront en septembre. Dans l'intervalle, ils nous laissent des trottoirs défoncés, des piles de pavés adossées aux maisons, des blocs de béton entassés au petit bonheur, et une confiance renouvelée en nos services de voirie.

    Programme de la journée: comater quelques heures. Faire la sieste. Si le sommeil ne vient pas, travailler mon CAPES. Je commence à assimiler l'architecture de l'épreuve. Il ne me reste plus qu'à ingérer tout un tas de trucs abscons, et je serai en mesure de me planter royalement aux oraux. D'ici ce soir, acheter une bouteille pour ne pas débarquer les mains vides. Anticiper sur l'alcool que je vais absorber, la cuite que je vais me payer, les propos incohérents que je tiendrai, les coups que je recevrai, les amis auxquels je ferai honte, le long chemin du retour. Ou alors, rester sobre, discuter posément avec des inconnus, m'inventer une vie que je n'ai pas, rentrer avec le dernier métro. Ou lire dans un coin.

 

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Publié dans schopenhauer

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