Omelette norvégienne
Mardi vingt juin deux mille six. Onze heures vingt-sept. Je n'ai pas encore vraiment commencé ma semaine de travail. J'ai toujours un peu de réticence à m'y mettre. Dix-sept jours me séparent du coup d'envoi de mes oraux du CAPES, et je dois bien avouer que je suis tout sauf prêt. Je n'ai pas encore pris de billet de train, je ne suis pas sûr de l'hébergement (je dois rester trois nuits sur place), et je suis bien loin d'avoir préparé les épreuves avec tout le sérieux qui s'imposerait. Je ne sais pas si je vais m'y mettre ce matin. Demain conviendra sans doute davantage à mon rythme de travail. Ou jeudi.
Hier, je suis passé à la banque pour tenter d'insuffler un peu de vie supplémentaire à mon compte. L'opération semble avoir réussi, les finances sont à flot, mais pour combien de temps? Je ne dois la grâce temporaire qu'au financement parental de mon voyage à Toulouse, mais je n'ai encore engagé aucune somme. Après mon passage à la banque, je suis allé zoner trois heures à la fac, histoire de rendre un livre en retard, prendre le thé avec des amis embusqués, discuter de nos avenirs fracturés et des ambitions en péril.
Dans la foulée, j'ai rejoint d'autres amis au cinéma, pour une séance improvisée de "Règlement de comptes à OK Corral", un western de mille neuf cent cinquante-six, qui met en scène, entre autres héros, Wyatt Earp et Doc Holliday. Sur le chemin de mon retour à pied, je suis tombé sur un autre cinéma, où j'ai finalement décidé de m'engouffrer. J'ai pu voir "Marie-Antoinette", troisième long métrage de Sofia Coppola. Très joli, des grands espaces, et l'envie de manger des fraises. J'ai parcouru à pied le reste du chemin.
Ce matin, réveil pâteux, je me suis remis à l'italien, pour d'obscures raisons, peut-être parce que la méthode était sur le dessus d'une pile. En ce moment, j'ai un rapport assez confus aux livres, j'en termine rarement avant de commencer les suivants, du coup ils s'accumulent sur ma table de chevet. Il faut dire que j'ai un peu la tête à autre chose. Le Grand Stratéguerre m'a donné le commandement de la Division Ruine, et je dois achever de traquer les survivants de la planète Euphore. Foi d'Hidargos, cette tâche ne sera pas facile.
Programme de la journée: traîner mollement. Lire des morceaux de romans, Pierre Boulle, Raymond Chandler. M'atteler au chariot du concours imminent. Dans la soirée, m'incruster à la fête de l'été organisée par un type vaguement croisé à la fac. M'y bourrer la gueule, rentrer à pied, vomir dans le caniveau. Demain matin, entamer une sinusite. Et prendre le temps de relire les mémoires que des amis m'ont envoyés. La saison n'est pas terminée.
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