Fémurs en tenaille

Publié le par Paraph

    Lundi cinq juin deux mille six. Dix heures cinquante-quatre. L'insomnie prévue a été au rendez-vous. J'ai fini par m'endormir vers quatre heures, après avoir longuement puisé en ligne des ressources nécessaires à la préparation de mes prochaines épreuves. J'ai déjà une meilleure idée de la façon dont doit fonctionner une des trois épreuves de ma série d'entretiens de dans trente-deux jours. Le compte à rebours est lancé. J'ai également acquis les bases techniques indispensables à la préparation de mon concours de cette semaine, en prenant connaissance des modalités entrant dans la composition d'une note de synthèse. Certains détails sont encore flous, il me reste trois jours pour parfaire ma préparation.

    En ce moment-même, je suis en train de ne pas passer mes examens d'indonésien et de birman. Je dois également avoir des examens de coréen quelque part qui ne sont pas en train d'être passés par moi. La préparation de mon séjour à Vesoul, le calendrier des concours et la rédaction du mémoire ont considérablement bouleversé la façon dont j'avais programmé mon année universitaire. Les nombreuses langues inédites auxquelles j'avais décidé de m'initier ont finalement dû être abandonnées l'une après l'autre. L'an prochain, si tout va bien, je pourrai appliquer la même recette de base, en plus grand. Accroître le nombre de langues nouvelles, varier les aires géographiques, ne plus me limiter à l'Asie orientale mais déborder sur l'Europe, l'Afrique, le Pacifique. Si j'y parviens, je serai un homme comblé, pour ma dernière année d'études à temps plein.

    Programme de la journée: regarder un match de tennis si la météo ne s'en mêle pas. Préparer mes concours. Poursuivre la lecture des "Trois royaumes". J'ai peut-être atteint le point où je m'étais arrêté il y a cinq ans, dans ma première approche, centrée sur l'édition francophone du livre, mais dans un format malpratique, les noms de tous les personnages étant transcrits selon le système de l'Ecole Française d'Extrême-Orient, plus proche des conventions graphiques françaises, mais déroutant pour quelqu'un étant habitué au système pinyin, plus ou moins devenu la norme internationale depuis quarante ans. Etrenner mon vélo heureusement régénéré, me rendre à la fac pour sonder le cœur de mes semblables. Décider de mon planning définitif en termes de passage d'examens pour la session deux mille six.

    Poursuivre ma traversée du Pacifique en apnée. Ne surtout pas remonter en surface, ne surtout pas respirer. Miser sur l'exploitation par mon corps des avantages organiques mis à la disposition des animaux amphibies. Je suis un triton. Je suis un ondin. Je suis un poisson. L'océan est mon domaine, j'y suis le maître de cérémonie. Quand je m'endormirai, je ne sombrerai pas vers les abysses, ma chair ne sera pas dévorée par le grand requin blanc, ma dépouille n'ira pas rejoindre la soupe en perpétuel gargouillis dans les tréfonds des fosses.

 


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Publié dans schopenhauer

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