Ne pas grossir, c'est savoir chier
Samedi trois juin. Dix heures douze. Dans trente-quatre jours, je passerai à Toulouse une série d'entretiens. Je le sais depuis deux jours à peine, j'en ai informé hier une partie de mon entourage, et déjà les conseils pleuvent, les recommandations se multiplient, l'étau social resserre autour de moi, d'un cran supplémentaire, ses anneaux constricteurs. C'est pénible, parfois. "Coupe-toi les cheveux, rase ta barbe, porte un costume, mets une cravate. Et si tu allais voir madame Machin, qui a passé son agrégation il y a quarante ans?". Bref, la routine. Demander aux parents une aide financière pour payer le train, l'hôtel et la nourriture me placera une fois de plus dans la position du quêteux indigent. Enfin, bon. Dans un peu plus d'un mois et demi, je serai fixé sur ce plan.
Dans l'intervalle, je me distrais par l'évasion intellectuelle, la consommation quotidienne de produits culturels de valeur inégale, je croise des amis évoluant dans la vie comme ils le peuvent, comme ils le veulent, comme ils le doivent. Chacun obéit à ses déterminismes propres. Hier, après un squat-thé-bibliothèque à la fac (début de lecture édifiante sur le post-modernisme sud-asiatique d'expression anglaise, voire nord-américaine), passage chez Ramethep pour un thé-visionnage de film. "Les guerriers du Bronx", un film italien, dont les détails m'ont échappé, je dormais. Ce matin, après une courte nuit sur le plancher, lever à sept heures, retour au bercail, second barrage parental.
Programme de la journée: tenter de réparer mon vélo. Je pense avoir cerné le problème: je suis un gros nœud. J'ai tout bonnement crevé la chambre à air en la posant, en février dernier. Mon égo surdimensionné, gonflé par mes récents succès au champ d'honneur, m'amène à oser franchir le pas, saisir ma clef à molette, mettre les mains dans le cambouis, perdre deux heures à tenter ce qui prendrait dix minutes à n'importe quel bricoleur du dimanche averti. Si mon expédition s'avère couronnée de succès, je pourrai me répandre en larmes de gratitude sur le sol en terre battue de mon Île-de-France natale, reprendre les routes du département, sillonner de mes pneus usés l'asphalte de ce début d'été hésitant.
Après cette séance de mécanique improvisée, si tout va bien, déjeuner en famille, troisième barrage parental. Dans l'après-midi, peut-être, séance de cinéma. Le soir, si tout va bien, détour au restaurant pour fêter la fin du concours de Zubayidi, qui sera normalement fixé sur son sort lundi ou mardi. Au milieu de tout ça, sans doute, une sieste bien méritée. Actuellement en chantier, "L'Indochine dans la littérature française des années vingt à 1954", de Henri Copin. Trouvé ça par hasard à la bibliothèque de la fac. Intéressant, bien écrit, le pire étant que le tout semble étrangement lié aux thématiques déployées dans mon propre mémoire, si je l'achève un jour. Et toujours les "Trois royaumes". Demain, si tout va bien, partie de jeu de rôles, antépénultième volet de la campagne commencée il y a cinq ans. Toutes les bonnes choses ont une fin, paraît-il. Les mauvaises choses aussi, semble-t-il.
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