Au bout de la course, un ruban d'acier
Mercredi trente-et-un mai deux mille six. Vingt-et-une heures cinquante-et-une minutes. Mon compte à rebours prendra fin demain. Pour mon mémoire, je suis d'ores et déjà passé en session de septembre, sans doute la dernière de ma vie d'étudiant. L'an prochain, les rattrapages auront lieu en juin, voire en juillet, mais pas plus tard. La fin d'une époque. Pourvu que le jouet ne soit pas tout à fait cassé, je m'estimerai satisfait.
Hier, après deux heures de marche à travers la banlieue, déjeuner avec le Loup, au restaurant universitaire de Port-Royal, où je n'avais pas mis les pieds depuis des années. La nourriture y est toujours aussi bonne, c'est à ma connaissance le meilleur "RU" de la capitale. Parlé de choses et d'autres. Le loup, revenu de Canton il y a deux jours, le dos bloqué, un vélo rouge à la main, semblait à la fois en forme et déçu de revenir. Lassé des études, un de plus qui n'en fera pas sa vocation. Il a bien raison, si j'avais le choix, je travaillerais. Dans l'intervalle, je me contente de vivre ma passion.
Après nos retrouvailles, ponctuées d'un squattage de banc au Luco, le froid presque hivernal nous plaquant au sol, séance de cinéma. "Chromophobia", agréable surprise, film que je n'avais à vrai dire pas prémédité de voir. Dans la soirée, longue séance de jeu de rôles, création de personnages pour "Nephilim". Le jeu remonte dans mon estime, la deuxième édition, parue il y a une dizaine d'années, semble plus complète que la première, avec laquelle j'avais, à l'époque, subi un scénario désastreux. Une troisième édition est sortie depuis, mais elle suppose la connaissance préalable de tous les secrets des éditions précédentes. Nous n'y sommes pas encore. Dans la foulée, je suis resté chez Ramethep.
Ce matin, après avoir dormi quelques heures sur le parquet, lecture puis visionnage de "Taxi driver", que je n'avais pas vu depuis des années. Parti sous la pluie, je me suis échoué, un peu par hasard, dans l'un des cinémas où je préméditais de traîner mes guêtres d'ici la fin de la semaine. Ne choisissant mes films qu'en fonction de l'horaire, j'ai donc pu assister au minimaliste "On ne devrait pas exister" (ou un titre approchant), mettant en scène, dans un espace domestique réduit à quelques angles escamotés révélant des morceaux de pièces, des fragments de corps humains et des éléments épars d'un décor dépouillé, un couple de maroquiniers chinois en difficulté financière, ainsi que leur fille, complexée par sa trop petite taille. Difficile d'y rentrer, mais œuvre assez intéressante.
Dans la foulée, j'ai pu, enfin, voir "L'iceberg", un film comique essentiellement belge. Autant l'avouer, j'ai beaucoup ri, du début à la fin, des situations insolites, des personnages magistralement interprétés par des acteurs inconnus. Hilarant. Les Belges sont décidément bien plus forts que les Français, sur bien des plans. Notamment le tennis. Je n'ai pas trop suivi, ces deux derniers jours, le tournoi en cours. J'espère que mes favorites sont encore en lice, et j'espère avoir l'occasion de les regarder jouer.
En sortant du cinéma, petite marche à travers la moitié de Paris et la banlieue jusque chez moi. En marchant, j'ai bien avancé ma lecture de "Sous les vents de Neptune", avant-dernier roman de Fred Vargas, que je devrai vraisemblablement achever ce soir. J'ai mangé des radis, du gratin dauphinois et un kiwi. Un régal.
Programme de la soirée: rester sur l'ordinateur le temps d'oublier que la nuit tombe déjà. Achever le roman en cours, en commencer un autre, ou essayer de réduire la pile des entamés en souffrance. Reposer mes jambes, beaucoup mises à contribution ces trois derniers jours. Remplir ma déclaration de revenus, ou attendre la semaine prochaine. Programme de demain: rester chez moi. Regarder en bavant les exploits des joueuses de tennis en tenue négligée. Par exemple. Ou les regarder distraitement, tout en révisant mes examens de la semaine prochaine. Décider de ne pas passer ceux de telle ou telle langue inconnue. Ne pas me faire de souci. Mettre un terme à mon compte à rebours, avec un peu de chance.
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