Manche de pelle

Publié le par Paraph


    Récit de ma vie. Des deux derniers jours, pour être précis. Nous sommes le jeudi dix-huit mai deux mille six, il est un peu plus de seize heures. Il me reste quatorze jours pour finir de rédiger mon mémoire. Je ne le ferai pas. Je repousserai aux calandes grecques, je m'occuperai de tout ça cet été, quand il fera trop chaud pour s'occuper de quoi que ce soit. La semaine prochaine, je tâcherai d'aller squatter la bibliothèque, pour préparer en catastrophe quelques-uns de mes examens, et tenter de me remotiver en explorant de nouveau mes sources.

    Hier, j'ai passé quatorze heures à la fac, à pousser des tables, servir du thé, passer un très bon moment. La dernière action de l'année pour une association sympathique, qui ne se renouvellera vraisemblablement pas l'année prochaine, tous les membres importants ayant prévu de voguer vers d'autres horizons. Loin de Paris, loin de la France. Du coup, je regrette un peu, je suis très fort pour ça, les regrets, de ne pas m'être davantage intégré dans la structure, j'y aurais passé des bons moments. J'y ai passé des bons moments, remarquez, mais j'aurais pu en connaître dix fois plus. M'enfin. Les choix du passé ne sont plus à faire. Insérer métaphore sur les cendres de la vie qui finissent pas retomber.

    Toujours hier, après avoir tout rangé en catastrophe pour pouvoir quitter la fac avant la fermeture, prévue à vingt-deux heures, les survivants du festival, acteurs roumains, musiciens tsiganes et membres de l'association avons marché sous la pluie. A cinq, nous avons trouvé un bar où finir la soirée. Raté le dernier métro, raté les premiers bus de nuit, attendu les suivants, pris celui d'après, traversé Paris, marché un moment dans le treizième. Plutôt que de prendre un second but, j'ai préféré dormir sur le plancher d'un pote.

    Ce matin, levé vers dix heures. Vaseux. Mal à la jambe droite, conséquence des travaux de force d'hier. Désœuvré, le ventre vide, je suis allé au cinéma voir un très mauvais film, comme prévu, l'adaptation de l'infâme roman du même nom, "Le code de Vinci" de Dan Brown. Le film est du niveau du livre, en un peu meilleur (n'y figurent pas que des mauvais acteurs), en moins hilarant dans les passages les plus débiles. Le plus terrible travers de ces deux œuvres est leur manque d'humour. Rentré comme un robot jusque chez moi, j'y végète en attendant la nuit.

    Lecture du moment: "Un peu plus loin sur la droite" (1996) de Fred Vargas. Sixième roman d'elle que je lis, moins réussi que d'autres, mais toujours plaisant. Moins chiant à lire que mon histoire de paysans suédois. J'aime de plus en plus les romans courts, en poche, qui ne durent pas plus d'une ou deux journées. J'en ai toute une pile, je suis devenu accro à la Série Noire. Et du Poulpe à gogo.

    Programme de la journée: gésir sur mon lit en attendant la sieste, lire un peu mais pas trop, lire trop. Si je retrouve un peu de peps, ranger des trucs et mettre au point mon programme de travail de la semaine prochaine. Ne voir personne. Ne pas aller au cinéma. Me contenter de la vue des arbres depuis ma fenêtre du troisième étage. Ils sont verts. On ne voit plus derrière. Les pigeons ont recommencé à se poser sur mon toit, je les chasse donc à grands coups de bâton. Le printemps semble bel et bien là, d'ailleurs son pote l'été lui rend visite sous mon ardoise surchauffée par les rayons matinaux. Je pressens une longue canicule. Quitter Paris? Si j'ai du boulot entre juillet et novembre, je tâcherai de me mettre quelque temps au vert, histoire de voir du pays. Mais j'ai comme un doute.

    Avec mes yeux d'un bleu délavé, scruter l'horizon comme un con, en attendant que me poussent les pattes d'oie qui me permettront de jouer dans un film de Sergio Leone.

 
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Publié dans schopenhauer

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