Mirliton, tontaine
Face au vertige inopiné d'une montée d'acide,
Incapable de dire où se trouve le nord,
Je me laisse emporter par l'inflexible flux,
Qui, supplantant ma volonté, me propulse au dehors
De cette torpeur.
Pesanteur des corps.
Indicible faconde, où tiens-tu à présent
Tes tentacules prêts à broyer mon larynx?
Ô bouteilles de chiffres, flacons de lamies,
Que sont vos chiffons devenus?
Les boulons que j'entasse au seuil de mes troquets
Sont autant de crapauds dont j'orne mes rideaux.
Les fronts ridés du marécage où je m'apprête
A réitérer mes efforts, inutiles et vains
Ressemble à un bourdon qui souffre de l'hiver.
Les fouets des gyrophares sondent ma piscine
Et je me sens soudain anxieux à en crever.
Je me noie dans un bain de benzodiazépine,
Ignorant quel destin m'attend au coin du rêve.
Connaissons-nous seulement
Les raisons qui nous animent?
Aimons-nous tant les gréments
Que nous voilons jusqu'aux cimes?
Terre! Terre à l'horizon!
S'exclame mon perroquet,
Imbécile au gai plumage.
Mardi seize mai. Vingt-trois heures quarante-et-une minutes. La fatigue a fini par s'estomper. Encore une journée inutile. J'ai tout de même pris une à deux heures pour ranger une partie de mes livres, c'est-à-dire isoler ceux qui ne m'appartiennent pas, pour les lire au plus vite et les restituer. J'ai découvert par hasard dans mes piles, un dictionnaire "annamite-français", datant de 1929. J'ai un peu étudié le vietnamien il y a quelques mois, suffisamment pour me souvenir grosso modo comment prononcer les mots quand je les lis, mais pas assez pour me souvenir de mots, de phrases ni d'expressions.
Programme de la nuit: dormir. Ou si le sommeil ne vient pas, lire. Je viens de commencer à relire "Smoke and mirrors", un recueil de nouvelles dues à Neil Gaiman. J'ai déjà lu ce recueil il y a trois ans, mais il m'est apparu qu'il était justement le bon client pour meubler ma nuit. Demain matin, me réveiller à sept heures au plus tard. Me rendre dans une des annexes de ma fac, donner un coup de main aux collègues d'une association pour une fête organisée par eux, durant toute la journée et devant aider à rendre un peu de vie au lieu, pour le moins austère. Cela fait plusieurs semaines, voire plusieurs mois, que je n'ai pas mis les pieds dans cette annexe, faute de temps. Et je le regrette bien, car j'y avais trouvé, en début d'année, une atmosphère chaleureuse faisant souvent défaut au principal centre d'enseignement où j'ai l'habitude de traîner mes guêtres d'étudiant multi-récidiviste.
Programme des jours à venir: indéterminé. Lire le plus clair du temps. Aller au cinéma si on me le propose. Dépenser le moins possible. Le week-end, enchaîner les déjeuners sur l'herbe et les soirées à huis clos. Dans l'intervalle, assister à des spectacles gratuits, rédiger mon mémoire, penser au vaste monde qui tourne en silence. Ne pas acheter de livres. Un rapide examen me permet de conclure que je n'ai vraisemblablement pas lu plus du tiers des deux mille bouquins qui s'entassent dans ma chambrette. J'en ai pour des années à ne faire que ça.
Me féliciter de ne pas écrire en vers. La poésie, c'est bien joli, mais c'est un loisir qui a fait son temps. C'est bien pour accompagner de longues marches en forêt, pour donner à l'esprit distrait quelque chose à mâcher en s'injectant de la chlorophylle dans la cornée, mais ça ne va guère plus loin. Bon, d'accord. Je suis de mauvaise foi. Je suis d'accord avec le petit Arthur, soyons résolument modernes. Où ai-je mis ma vodka?
Publicité