Boulevard du prépuce cool
Jeudi trente mars deux mille six, une heure treize du matin. Après avoir terminé ma lecture des "Adieux à la reine" de Chantal Thomas et révisé un peu d'indonésien, je suis passé chez Ramethep. Joué au trivial pursuit, bu du thé. Le lit-divan de Ramethep s'est brisé hier, à force d'usage collectif.
La nuit est déjà bien avancée, mais le sommeil ne semble pas vouloir venir. J'ai commencé la lecture du roman "Allah n'est pas obligé" d'Ahmadou Kourouma, le second ouvrage que je lis de cet écrivain formidable. Le premier était "Sous les soleils des indépendances" (1976). Celui-ci date de deux mille deux, et n'est que son quatrième roman. La rareté de ses publications est compensée par leur extrême qualité. Ironie mordante, merveilleuses trouvailles stylistiques et lexicales. Le propos est sérieux, Kourouma tombe toujours juste. Son héros, un guérillero de douze ans, est intelligent et attachant. Je risque de le finir dans la nuit.
Programme de demain: passer à la fac boire du thé, bosser en bibliothèque (rendre des bouquins en retard) et prêter "Tintin et le lotus bleu" à une copine qui veut s'en inspirer pour un exposé en chinois. Dans la soirée, assister gratuitement à un spectacle de danse indienne à l'auditorium du Musée Guimet (gratuit grâce à la longueur de mon bras, descendre du singe est tout de même bien pratique). Peut-être caler une séance de ciné au milieu, mais j'ai comme un doute.
Envie de me mettre au basque, au bulgare, à l'albanais, au singhalais. Des méthodes existent, mais je manque de sous. Envie de me remettre au persan, au coréen, au swahili. Envie d'explorer plein pot le paysage linguistique africain. Besoin de postuler pour un job l'été qui vient. Dans deux mois, la saison des retours va commencer, les amis partis Là-Bas goûter si l'herbe est plus verte repointeront leurs godillots sous nos climats. Ca sera l'occasion de déplorer mon propre immobilisme, de constater que la distance ne les a pas trop changés, que l'âge s'installe et que c'était mieux Ailleurs. On y viendra, quand on aura passé des concours et qu'on sera bloqué ici. Il sera toujours temps, alors, de laisser tomber l'inutile pour s'aller découvrir Là-Bas. Envie de relire Nicolas Bouvier, et de me remettre à la lecture de romans en japonais, histoire de ne pas perdre la main tout en profitant de l'énorme potentiel de cette littérature.
Des projets, toujours des projets. Ca tombe bien, j'en manquais. Je ne sais pas s'ils aboutiront, mais en attendant, ça m'occupe les journées, pour peu que les nuits ne soient pas trop courtes. Encore trois mois, et le solstice sera passé. D'ici deux jours, je prévois la feuillaison des arbres en face de ma fenêtre. Penser à m'aller promener en forêt, constater le vaste murmure de la Nature en émoi. Le symphonie des sphères et les chiures de mouches plein la luette. Les vraies valeurs de la vie, en somme.
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