Champignonnière

Publié le par Paraph


    Mercredi six février deux mille huit. Dix-sept heures cinquante-quatre. L'air est comme réhaussé d'un discret avant-goût de printemps. Les branches d'arbre que j'espionne, depuis ma fenêtre haut perchée, s'ornent d'esquisses de bourgeons. D'ici quelques semaines, c'est par milliards de tonnes que la feuillaison accroîtra la biomasse de nos forêts, jardins et promenades plantées. Le long de la Loire, que je côtoie pour quelques jours avant de mettre les bouts, les oiseaux migrateurs sont de retour. Les beaux jours sont revenus, il est temps que j'aille rejoindre la grisaille parisienne.

    Avant-dernière semaine sur Orléans. De fait, la semaine est boiteuse, tronquée, unijambiste et mal dans sa peau. La température extérieure est anormalement élevée, le ciel dégagé, la nuit, qui doit venir bientôt, prévisionnellement pleine d'étoiles. Hier, il pleuvait. Comme quoi.

    Dimanche trois février, j'ai déjeuné de quelques graines récupérées dans un placard, avant de filer sur Massy pour une partie d'Earthdawn. Les choses sérieuses commencent, depuis un an et demi que notre campagne a débuté. Earthdawn, pour les gens qui ne connaissent pas, c'est de la fantasy proto-historicisante, dans un passé mythique de la Terre. Ca ressemble vaguement à du Donjons et Dragons, mais en bien. Les capacités surhumaines, donc magiques, sont rationnalisées, et l'univers obéit à des lois cohérentes. C'est un point de vue, mais je le partage assez.

    Zoltran le Balafré, Nemrod le Sombre et Gregorio Alfonso Campio de la Campetina Sombra Suarez survivront-ils à leur rencontre programmée avec la Légion du Crépuscule? Réponse le trente mars. Au programme des semaines prochaines, Shadowrun, Fading Suns et différents bouche-trous, en fonction de l'inspiration.

    Le dimanche en soirée, plutôt que d'aller chez ma tante, trop fatiguée pour jouer au boggle, je suis rentré chez mes parents. Aucun souvenir de mon activité. J'ai dû lire Joseph Kessel et dormir tôt. Mon retour programmé chez les parents se passe plutôt bien. Je ne désespère pas qu'il soit de courte durée. Ca m'embêterait assez de devoir y revenir durablement.

    Lundi quatre février, j'ai passé l'après-midi à achever "La fontaine Médicis", de Joseph Kessel. J'ai mis du temps à entrer dans le roman, mais finalement j'y trouve mon compte. Deux frères, issus d'une famille plutôt modeste, découvrent la vie, en dix-neuf cent quinze, à Paris. L'aîné finit par s'engager, il connaîtra l'enfer des tranchées tandis que le cadet, débauché par la mère d'un ami, découvre l'attrait du lucre. Le roman s'achève à l'Armistice. "Le Tour du Malheur" compte trois autres tomes, que je lirai sans doute dans les semaines à venir. Le tout a été publié en mille neuf cent cinquante.

    En début de soirée, j'ai rejoint le Loup, une amie et Alma Mata, dans un rade inconnu du quartier latin, pour boire quelques bières bon marché. La conversation a tourné autour du monde académique, universitaire donc, et de ses travers, toutes les personnes en présence (sauf moi, à la limite) ayant eu à subir des revers liés au système et aux gens qui l'habitent. La soirée a duré plus longtemps que prévu, dans un deuxième troquet. J'ai finalement opté pour un retour chez mes parents, histoire de manger quelque chose de chaud et de dormir dans un lit avec sommier. Que voulez-vous, on vieillit, on en vient à apprécier le luxe, ou tout du moins le confort.

    Mardi cinq février, mon père a eu soixante ans. Ce qui ne nous rajeunit pas. Je ne l'ai pas vu de la journée, mais le cœur y était. En soirée, n'ayant trouvé personne à aller voir sur Paris, je suis rentré sur Orléans. J'ai mangé un kébab et ai profité de la proximité d'un cinéma pour aller voir "Astérix aux jeux olympiques". Le film est divertissant, le casting plutôt réussi (Cornillac infiniment meilleur que Clavier), sauf Poolvoerde, qui en fait trop. Beaucoup de scènes inutiles, Alain Delon devant la glace, Zidane déguisé en athlète égyptien découvrant le football, etc. Mais, bon. Je savais à quoi m'attendre, donc je n'ai pas été déçu.

    Ce jourd'hui, contrairement à ce que j'avais prévu, je n'ai pas commencé mes cartons. J'ai dormi jusqu'à midi. Une douzaine d'heures de sommeil, un peu de lecture, un peu d'alimentation. Je suis actuellement sur "Pollen", de Jeff Noon, qui fait suite, vingt ans après, à "Vurt", lu il y a quelques semaines. Dans l'ensemble, le roman est mieux construit, les personnages plus solides, l'intrigue moins dissoute, le style plus compact. Je préfère donc cette suite. Hop. C'est dit. Reste à voir comment le plot va se résoudre, au confluent du rêve, de la réalité, des dimensions virtuelles et des croisements humains/non-humains.

    Programme de la soirée: voir ci-dessus. Rentrer dans mon futur ex-logement, faire quelques cartons si l'envie m'en prend (j'aurais l'impression d'avoir fait quelque chose de constructif aujourd'hui, et je n'en dormirais que mieux), essayer de boire quelques bières pour vider mon frigo avant la date de mon départ. Lire jusqu'au petit matin, ce ne sont pas les options de lecture qui manquent. Demain, nettoyer, récurer, emballer. Faire la grasse matinée si je m'en sens capable, c'est une activité pour laquelle je me sais des prédispositions.

 

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Publié dans schopenhauer

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