Bonnet d'âne en poils de chat

Publié le par Paraph


    Dimanche six mai deux mille sept. Minuit dix-neuf. Trois jours de plus dans ma besace. Cent seize jours avant implosion. Moral constant, plutôt bon. Températures en chute libre, j'ai même eu froid, en chemise en forme de lettre T, sur un balcon, à deux heures du matin. Il y a encore des saisons, paraît-il. Conformément à l'adage, j'en fais ce qui me plaît.

    Vendredi dernier, quatre mai, j'ai suivi un schéma désormais classique, pour ma dernière journée de cours. Ma vie d'étudiant prendra fin dans une semaine, après mes derniers examens. Partie de scrabble avec ma mère (j'ai gagné), puis acheminement vers la fac, pour trois heures d'estonien. Je ne suis pas tout à fait prêt pour les examens, mais j'ai pu récupérer les polycopiés récapitulant le programme de l'année, et si je prends le temps de les avaler, je devrais pouvoir m'en sortir. Cuissot de dinde chez ma tante, partie de boggle (une manche partout), retour dans le froid conquérant.

    Samedi cinq mai, hier, donc. Journée ensoleillée, puis fraîche. Grande révolution dans la sphère ontologique. J'ai terminé "Darwinia", un peu raté sur la fin, à mon avis (j'aurais préféré un tour plus réaliste, ça tourne au métaphysique au milieu du bouquin, et les batailles finales du Bien contre le Mal, ça me gave un peu). J'ai commencé "Globalia", de Jean-Christophe Rufin, roman d'anticipation sur une société uniformisée à l'extrême, à la "Nineteen Eighty-Four". J'en suis à la moitié, mais ça commence à prendre une bonne tournure, après un début un peu laborieux. Partie de scrabble contre ma mère (j'ai gagné).

    Vers vingt heures, interception d'Impala sur le réseau express régional, puis descente sur Massy pour un anniversaire. Les trente-trois ans du chef des Gremlins, qui a reçu une magnifique cave à vin, des estampes japonaises et un manuel de sorts. Punch trop fort, bières trop amères et mescal trop salé. Je suis donc resté sobre. Vers vingt-trois heures, mon frère et sa copine ont débarqué de Lyon. Compagnie agréable, thématique rolistique (et politique, actualité oblige), conversations à bâtons rompus. Rentré vers deux heures du matin, grâce aux vertus du voisinage.

    Ce matin, réveillé tôt, peu dormi, bougon. Passage civique au bureau de vote (j'ai misé sur le mauvais cheval), où j'ai pu râler contre les employés municipaux (ils ont plié en deux ma carte d'électeur, ce que je ne supporte pas) et prendre ma revanche sur eux (en empruntant la sortie de secours, malgré leurs admonestations indignées). Ils ne m'ont même pas demandé de venir dépouiller, ça m'a évité d'avoir à refuser. Retour maison, premier thé vers dix heures du matin.

    Partie de scrabble à trois, père et mère pour adversaires, ma belle-sœur en embuscade, pivot central chargé de faire circuler le dictionnaire. J'ai gagné haut la main, en alignant deux scrabbles aux deux premiers tours. Remarques condescendantes, j'ai le triomphe facile. Vers midi, repas de famille. Cuissot d'agneau. Crème de whisky breton. Deuxième thé de la journée. Vers quatorze heures, séance nostalgie avec divers albums photo, panorama chronologique de septante-trois à nonante-deux. Ma sœur reparle à sa belle-sœur, mazel tov.

    Courte séance de lecture. Passage chez mes grands-parents pour regarder un jeu télévisé, prendre le pouls de la génération sortante, boire du thé (troisième et quatrième bols de la journée). Retour en groupe. Coup d'œil désabusé sur le site de la radio-télévision belge francophone, pour constater la débâcle des Gentils, deux heures avant les résultats officiels.

    Le soir, repas en famille. Raclette, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Pénible crochet postprendial chez mon frère, pour un cinquième thé (perfidement remplacé par une tisane aux fruits rouges, proprement imbuvable). Conversation molle devant un épisode de "Ken le survivant" et divers discours triomphaux des Méchants. Retour par la voie la plus courte. Dans la rue, avons croisé un lapin qui prenait le clair de lune.

    Programme de la soirée: profiter de l'élan apporté par le thé bu (en espérant que l'effroyable arrière-goût de groseille verte finisse par évacuer mon palais) pour en finir avec "Globalia". Si j'ai en ai le temps, entamer "Small world", de David Lodge, qui fait suite à "Changing places", lu il y a quelques semaines. Demain, repos, lecture, éviter la capitale. Mardi, partie de jeu de rôles avec plusieurs invités.

    Dans la semaine, si j'ai du temps à tuer et des semelles à user, aller sur Paris pour regarder des films américains, manger coréen et prendre le thé chez Ramethep, que je n'ai pas vu depuis deux semaines, et Edriwing, que je n'ai pas croisé depuis son retour au Japon. Si j'en ai la force, regonfler mon vélo pour sillonner les golfes amers, vers l'infini (et au-delà).

 

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Publié dans schopenhauer

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