La complainte de la pinte

Publié le par Paraph


    Samedi quatre novembre deux mille six. Dix heures vingt-cinq du matin. La fin de semaine a été calme. Le week-end s'annonce calme aussi. Pas de jeu de rôles prévu, ça doit être la première fois depuis deux mois. Quelques repas chez des gens, et des demi-journées à tuer. Repos.

    Hier, vendredi trois novembre deux mille six, mon frère a eu vingt-sept ans. Je les lui ai souhaités à minuit moins cinq, sur le répondeur de sa copine. En ayant probablement réveillé sa môme de trois ans dans l'intervalle. Dans la journée, j'ai travaillé comme un forçat dans l'enfer du papier. Après le boulot, rencart au bar avec les collègues. Une ou deux pintes plus tard, nous décidons d'aller au cinéma, puis d'aller manger, pour finalement opter pour les deux. Pendant que les uns font la queue au cinéma, les autres vont acheter des sandwiches hors de prix dans une boutique spécialisée dans l'exploitation. Quatre euros pour un tiers de baguette jambon-beurre sans beurre. Mon idée d'aller prendre un bo-bun était tout de même meilleure.

    "Scoop", le dernier Woody Allen. Un film avec des fantômes, Woody Allen égal à lui-même, une histoire sans intérêt et une actrice mal dirigée. Ou sans talent, je ne sais pas encore. Elle joue toujours le même rôle, Ecarlate Fille de Jean. Et Hugues Homme de Jacques est insipide, il n'a pas le ressort dramatique d'une coiffure surnaturelle, d'un squelette incassable et d'une erreur de casting. Un bon film, donc. J'ai fait la sieste, mais ai pu suivre le synopsis et les performances d'acteur. Un peu dans la continuité du "Scorpion de Jade", en moins bien.

    Après le film, nous nous séparâmes, et je suis passé à la soirée estonienne à laquelle j'avais prévu de me rendre dès son commencement. Dans une salle associative ouverte aux clochards du quartier, qui y ont leurs habitudes, une cinquantaine de chaises où s'entassent une soixantaine d'Estoniens. Une scène sous-élevée où deux escogriffes en pulls à rayures, qui muni d'un accordéon, qui affublé d'une guitare traditionnelle à huit cordes, se démènent comme ils peuvent pour faire danser un public assis au rythme de chansons de marins en estonien dans le texte. Quelque part au fond de la salle, deux ou trois quinquagénaires frétillantes reprennent en chœur les paroles du refrain. Au bout de quelques chansons, l'organisatrice décide de libérer l'espace central, les chaises sont empilées dans un coin, et plus rien ne se passe. Des petits fours circulent, faits avec ce pain noir typique de là-bas. Une sorte de boisson aussi mauvaise que du café, faite à partir de grains brûlés et de lait périmé circule. J'en bois deux verres. Je m'éclipse après avoir pris une tasse de thé, aperçu ma prof d'estonien et discuté avec d'autres camarades ayant fait le déplacement. Quand je pars, les deux musiciens tentent de se faire entendre au-dessus du brouhaha de la foule, sans grand succès. Retour par le dernier métro.

    Programme de la journée: lecture le matin. Je suis sur "Playback" de Raymond Chandler, et "The breast" de Philip Roth. Et j'ai encore plusieurs ziggurats qui m'attendent dans la crypte. Dans l'après-midi, chasse aux livres bon marché avec ou sans le Sultan, et nouveau chapitre dans la complainte des pintes, cette fois-ci avec Tonga, toujours en vacances. Le soir, quelques parties de cartes prévues à Saint-Denis. Demain, rien. Une bouffe avec mon frère le soir, s'il n'a pas oublié. Dans l'intervalle, faire joujou avec mon vélo. Ou dormir. Je fais souvent ça. Quoique, je m'habitue à l'hiver, et je devrais être en mesure de me lever plus posément, tous les matins à venir, que ces derniers jours.

 

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Publié dans schopenhauer

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