Les glaces de la Baltique
Samedi vingt-et-un octobre deux mille six. Quinze heures deux. En hiver, la mer Baltique se couvre de glace. Au moins près des côtes, je ne suis pas allé voir au large. Mais dans la rade d'Helsinki, on peut marcher sur l'eau. On peut se rendre à pied dans les petites îles qui jouxtent la capitale finlandaise. Apparemment, l'Estonie est dotée d'un climat similaire, et bénéficie d'un glaçage du même type, à la saison froide. Il y a quelques années, un ours christique a même profité d'une pellicule particulièrement épaisse pour migrer vers une île assez éloignée du littoral, pour s'y endormir et s'y éveiller à la belle saison. Je suis un peu comme cet ours, je m'éveille en des contrées étranges, après avoir longtemps dormi, et je découvre un monde nouveau. Ou pas.
Les derniers jours sont passés tel un tourbillon. J'ai passé mes journées dans un bureau exigu en compagnie d'une quinzaine de bureaucrates engoncés dans leurs privilèges, mes soirées dans des salles de classe, à répéter mon nom, mon plaisir de faire la connaissance de mes camarades et des bribes de phrases glanées la semaine précédente, et mes nuits chez Ramethep, à dormir devant des films d'épouvante des annés soixante-dix. J'ai pu renouer avec les cours en amphi, pour une initiation à la grammaire russe. J'ai eu l'occasion de massacrer le rythme chantant du lituanien et de concocter des énoncés absurdes en estonien. Je dispose même d'un dictionnaire français-estonien-français, très pratique pour apprendre des mots inutiles que je ne saurai pas décliner avant l'hiver.
Côté lecture, j'en ai fini avec James Ellroy, qui ne m'a pas déçu. J'ai enchaîné avec "Proust fantôme", un essai de Jérôme Prieur très agréable à lire sur un coin de table entre deux basses besognes pour le compte de l'administration. Et je viens de commencer une histoire de l'Estonie ainsi que "Notre-Dame de Paris", le roman d'Hugo que je n'avais, bizarrement, jamais lu. Sauf dans une traduction anglaise, et encore, seulement les premiers chapitres, pour m'entraîner à les retraduire en français.
Ce matin, après une grasse matinée chez Ramethep, combustion de pâtes chinoises avec Vertige, long monologue sur les super-héros devant les bustes exposés dans les vitrines des boutiques spécialisées du quartier latin, retour maison et plans sur la comète.
Programme de la journée: dès que mes cheveux seront secs, aller voir ma mère à l'hôpital, où elle récupère apparemment bien de son opération. Puis filer sur Saint-Denis pour une expédition pré-festive. J'y réunis ce soir quelques amis pour une sauterie, en l'honneur de mon vieillissement accéléré programmé pour demain. Après avoir fait des courses, tout organiser avec l'aide des fées locales pour que les choses soient prêtes à temps pour la réception des gens.
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