Dans l'abîme du temps
Dimanche premier octobre deux mille six. Onze heures trente-sept du matin. Enchaînement de circonstances extérieures auxquelles je me plie. Mon entorse/foulure ne s'arrange pas vraiment. Il aurait fallu que je me reposasse vraiment, en restant allongé un jour ou deux, mais je n'en ai pas le temps. Tant pis, je n'aurai qu'à m'acheter un perroquet.
Hier, après avoir siesté par surprise au creux du jour, je suis passé en banlieue est de Paris, pour prendre part à une fête dans une salle associative, avec des gens rencontrés dans un espace intersticiel où rampent des entités sans nom. C'était rigolo, je me suis bien amusé, j'ai chanté. J'ai aussi un peu bu, deux ou trois verres de vin, plus un ou deux verres de muscat, plus un ou deux kirs bretons (du cidre avec un machin sucré au fond), cinq ou six bières. Le tout arrosé de quelques quiches lorraines, de salades, de trucs salés qui croquent sous la dent et de gâteaux sucrés qui célèbrent le passage du temps. Début de la soirée vers dix-neuf heures, départ collectif vers minuit.
Deuxième partie de soirée, aller ranimer les corps inertes de mes compagnons, à l'autre bout du monde, au nord-ouest de Paris, presqu'en dehors, mais pas tout à fait. Le Chat avait proposé à des gens de venir boire des bières sur son canapé en peau de zèbre. Le temps que j'arrive, ils en étaient au crémeux/champagne/alcool de la Loire avec des bulles. Ou du kir, je ne sais plus. J'en ai bu trois ou quatre. Il restait des chips. Je me souviens d'avoir serti les bons mots dans un écrin pour les brandir à la face du monde comme une planche de surf au cœur de la vague. Les survivants sont partis, et je me suis retrouvé à discuter super-héros dans une cuisine pleine de bières, à une heure peu propice au repos.
Couché vers six heures du matin en relisant des bandes dessinées laissées à traîner là, levé vers neuf heures en ayant presque dormi, j'ai eu le plaisir de constater que ma tactique secrète contre la gueule de bois marche toujours. Au réveil, je suis presque frais comme un gardon grillé au milieu du Béarn. Le temps d'embarquer mon bardas, je croise une spéléologue dans le petit salon, avant de reprendre le chemin de ma banlieue. Il y fait bon vivre.
Programme de la journée: repas de famille dans un moment. Tout le monde est sorti côtoyer des femmes à chapeaux. Au menu, des Allemands élèves du cirque venus loger chez nous. Dans l'après-midi, suite de nos aventures imaginaires dans un équivalent phantasmé du Japon médiéval. La partie a déjà été reportée trois fois, celle-ci sera la bonne. Je pense m'enfiler plusieurs containers de thé en intraveineuse, d'ici la soirée. Essayer de dormir au moins quatre heures pour être à peu près frais pour la reprise du boulot demain matin. Et j'ai enfin une carte orange, gage de mobilité. Ca tombe plutôt bien, je ne suis plus en mesure de marcher des heures, avec ma cheville tordue, qui aurait tendance à enfler que ça ne m'étonnerait pas. En tout cas, elle me lance. A lot.
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