Lancinant
Vendredi vingt-cinq août deux mille six. Dix heures vingt. L'impasse dans laquelle je me trouve depuis plusieurs mois se prolongera aujourd'hui encore. Je ne rédigerai pas une seule ligne de mon mémoire de maîtrise. Je ne nettoierai pas mon antre, qui attend depuis au moins cinq ou six ans que je déblaie à la grue les piles de feuilles inutiles et les enchevêtrements de livres effondrés les uns sur les autres. Je ne mangerai pas de pamplemousse, et mes dents continueront de se déchausser. Mais je me suis réveillé, spontanément, presque tôt dans la matinée, et je ne connais pas meilleure façon d'apprécier les vacances, que de se lever matin, et ne rien faire jusqu'à minuit, pour replonger ensuite dans les limbes de l'oubli et du rêve.
Hier, après un déjeuner tardif chez ma tante, j'ai pu revenir dans mes appartements, déballer la dernière fournaison de livres passés en contrebande depuis les coffres de Ramethep, tenter de trouver une solution à leur stockage en convertissant des morceaux d'armoire au rôle de bibliothèque temporaire. Dans un à deux ans, de toute façon, je quitterai les lieux, emportant peu à peu mes trésors avec moi. Dans la soirée, je suis passé chez une ami domiciliée à deux pas de la Sorbonne, où nous avons, en compagnie d'un couple importé pour la circonstance, dévoré un succulent poulet jambalaya, précédé de toasts enduits de tappenade, le tout accompagné d'une demi-bouteille de riesling, d'une bouteille de sauterne et d'une autre bouteille. Je ne sais plus si le Sauterne est un vin blanc (voire jaune) sucré ou un vin rouge, mais nous avons bu les deux.
Programme de la journée: glander une heure ou deux. Vers midi, Vertige et le Sultan devraient passer pour prendre avec moi le repas du guerrier. Au menu, pâtes, pain et fromages. J'ai un camembert qui, après avoir envahi le frigo, tente à présent de prendre le contrôle de l'ensemble de la réalité. Pour la sauvegarde de l'univers, je me dois de lui faire son sort. Dans le prolongement de notre orgie, il est probable que nous regarderons un ou deux DVDs de science-fiction coréenne qu'on m'a, fort imprudemment, mis entre les mains hier soir. Dans la soirée, d'une façon ou d'une autre, il faudra que je trouve à m'occuper. Si mes séides sont entre temps rentrés sous terre, je resterai donc seul, livré à moi-même, n'ayant que mes yeux pour lire et des livres par milliers pour me tenir compagnie. Ou alors, crochet par chez Ramethep, théières à profusion, parties de cartes à discrétion. Advienne que pourra.
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