Face aux feux du soleil

Publié le par Paraph


    Jeudi huit juin deux mille six. Dix-huit heures. Je brûle. Face aux feux du soleil, je rougis comme une écrevisse qu'on ébouillante. Je n'ai pas vérifié la couleur d'une écrevisse qu'on ébouillante, mais je me suis chopé un méchant coup de soleil sur les deux bras, surtout le gauche, celui qui cache mon Rayon Delta. Deux heures à traîner sur le parvis de la Défense, et badabam, rouge comme les joues d'une normande maoïste. Je sens que cette nuit, je serai amené à jongler. Beaucoup d'appelés, beaucoup de faux numéros.

    Ce matin, après trois petites heures de sommeil, réveillé vers cinq heures et demie. Mon réveil était réglé pour six heures, je n'ai pas pris le risque de ne pas me réveiller. Parti la tête sur les épaules, entre les fesses, le regard vague, à mi-chemin entre la ligne bleue des Vosges et l'océan crépusculaire sur les Tuamutu. Prévoyant une grève des transports en commun, je suis parti à six heures et demie. Résultat des courses, je suis arrivé avec deux heures dix d'avance par rapport à la demi-heure d'avance prévue sur la convocation.

    Trois heures de traduction, option anglais. Un texte intéressant, pas trop dur. Je suis parti au bout d'une heure. Quatre heures de note de synthèse, option sciences humaines. L'épreuve s'achève dans une heure. Je suis sorti au bout d'une heure quarante. Impression mitigée. J'ai bien intégré le principe de l'épreuve, mais je manque visiblement de pratique. Entre les deux épreuves, j'ai payé super cher un sandwich à peine nourrissant, et j'ai pu découvrir un peu les alentours. Bon, je l'avoue, je suis resté bêtement au soleil. J'ai morflé, comme prévu, j'ai pris une troisième épaisseur de coup de soleil sur les bras que le soleil avait déjà peints deux fois cette semaine. Ce coup-ci, c'est sûr, je suis bon pour les cloques et la pelure. A chacun sa peau, si on reste suffisamment longtemps au soleil, on finira tous par brûler.

    La Défense constitue un espace étrange au sein de la zone qui l'entoure. Des bâtiments futuristes, frappés aux logos des différentes compagnies régnant sur les lieux. A partir de sept heures du matin, voire avant, c'est un défilé ininterrompu d'hommes cravatés portant attaché-cases, de femmes en talons, tout un tas de stéréotypes que je ne vois habituellement que dans les films. Stupeur. Ces gens existent. Et si on ne les voit pas, c'est parce qu'ils travaillent. C'est tout un pan de la vie souterraine de la nation qui m'est soudain apparu. Il y a donc des gens qui travaillent. Ils existent vraiment. Et moi qui les avais pris pour une invention des média, encore une.

    A la Défense, tout est super cher. Et encore, je n'ai fait qu'acheter un sandwich. J'ignore le coût des autres produits. Et je ne veux pas le savoir. Pas d'argent, de toute façon. J'ai passé mon concours dans les sous-sols du Cnit, un des bâtiments/centres commerciaux multi-fonctions du quartier. La Grande Arche est vachement impressionnante. C'était six euros pour monter en haut, donc je me suis abstenu. Ca devait être la troisième fois de ma vie que je passais à la Défense, ou la quatrième, bref, je n'y vais pas tous les jours, et je suis toujours sidéré par l'ambiance qui se dégage de ce lieu.

    Sujet de la note de synthèse: "L'accès à la culture peut-il être gratuit?". Eh ben, c'est beaucoup plus dur qu'une dissertation, où on peut en gros raconter ce qu'on veut du moment que ça se tient. Après une heure en plein soleil, je me suis bêtement rendu compte que de l'autre côté de l'Arche, il y avait de l'ombre, de la fraîcheur, un espace vert avec des bancs, des jardiniers, des canards qui batifolent dans la mare de la vie. Je n'ai pas vu les canards, mais je suis allé m'allonger sur un banc. Du coup, avec toutes ces heures d'attente entre les épreuves, j'ai pas mal avancé la lecture de "Snow crash" de Neal Stephenson, un roman cyberpunk commencé ce matin. C'est du très bon.

    Programme de la soirée: dormir, mais pas trop tôt, sinon je me réveillerai vers minuit sans plus pouvoir dormir. Dans l'intervalle, poursuivre la lecture de "Snow crash". Ca faisait longtemps que je n'avais pas lu de science-fiction, ça me fait un bien fou. Je ne sais pas si je dormirai bien, avec les brûlures sur mes bras. Peut-être aurais-je intérêt à m'oindre d'un beaume. Programme de demain: rebelotte avec la dissert. Si je ne sors pas trop tard de l'épreuve, passer un examen de chinois. La bonne blague. Je comptais réviser ce soir, mais je suis trop fatigué. En ce moment même, en plus du concours, je suis en train de passer deux examens de tamoul, deux examens d'indonésien, et un examen d'économie d'Asie du sud-est. Du coup, je peux m'aller coucher la conscience tranquille. L'important pour partir, c'est de rester assis, comme disait je ne sais plus qui dans sa grande sagesse.

 


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Publié dans schopenhauer

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