Poumon d'acier
Samedi vingt-sept mai deux mille six. Dix heures treize. Audrey Hepburn est morte d'un cancer du colon. De mon côté, j'ai bien dormi, un peu trop même. D'après ma pendule, j'ai effectué un tour complet du cadran, de vingt-deux heures à dix heures ce matin. A peu près le temps qu'il faut pour se rendre en avion jusqu'à Tôkyô. Ou Pékin. Ou Djakarta. Ou n'importe laquelle de ces viles asiatiques dans lequelles je ne passerai pas mes vacances.
Cinq jours avant la fin du compte à rebours inutile que je conserve pour la forme. Hier, je ne suis finalement pas passé à la fac. L'amie devant récupérer un dictionnaire de chinois étant malade, je suis passé chez elle, du côté de Barbès, lui apporter l'objet. Je n'avais jamais rencontré son copain, musicien de son état, en pleine discussion de travail avec un slammer, sorte de poète urbain laissant son verbe surfer sur l'asphalte. Expérience intéressante, j'ai pu entr'apercevoir des nappes de synthétiseurs funky recouvertes de phrases musicales calées sur l'instant. Je n'y connais rien, mais c'était beau.
Avant ça, j'ai marché dix kilomètres, avant d'aller rue Mouffetard manger des tartes dans un magasin spécialisé. Rien d'exceptionnel, mais j'avais faim. Au retour, il a plu. Je n'ai pas pu rejoindre les amies parties au cinéma, par manque de coordination. Mais j'aurai ma revanche. Dans l'intervalle, j'ai succombé à la fatigue, pour entamer une descente sans scaphandre dans les profondeurs du sommeil. Au réveil, je pose sur les choses un regard neuf. Mes rêves étaient, comme souvent, plus conceptuels qu'événementiels. Les individus, les mots et les choses y étaient parfaitement interchangeables, un peu comme dans la vraie vie, mais en plus naturel.
Programme de la journée: ayant raté l'heure d'un rendez-vous à la fac, je vais rester au domicile familial pour attendre le soir. Finir quelques lectures, traîner mollement sur mon lit défait, remplir ma déclaration de revenus pour l'année passée (revenus proches du néant, comme d'habitude), hésiter entre la marche, le métro et la réparation du vélo pour rejoindre d'ici ce soir la banlieue nord, où un anniversaire m'appelle. Demain, partie de jeu de rôles. A partir de lundi, je m'emmure nuit et jour à la bibliothèque de la fac, je me condamne à l'exil loin du monde des humains, je m'apprête à rater mes examens l'un après l'autre. On s'occupe comme on peut.
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