Moustache
Mardi vingt-trois mai deux mille six. Dix-sept heures vingt-neuf. Depuis ce matin, je suis sur "Le merle" d'Arthur Keelt, un roman assez bizarre, écrit semble-t-il en mille neuf cent cinquante-quatre, et traduit il y a quelques années par Jean-Bernard Pouy. On retrouve sous sa plume de traducteur "la viande verte du cerveau", expression apparue dans les deux derniers ouvrages de lui lus par mes soins. J'y vois comme un trope. C'est bien, les tropes.
Hier soir, à défaut de tropes, j'ai mangé des tripes, avec des boulettes de viande, du gras et du soja, dans un grand bol à soupe. Ce midi, j'ai mangé de la saucisse. Ma vie est une perpétuelle quête de la sensation. Je me sens touché par ce que disent Keelt/Pouy, le ton est très juste, remarques pertinentes, histoire absurde. Je m'y sens bien. Au chaud sous la couette. Le tout arrosé d'un peu de vodka, toujours la même bouteille, bien piètre buveur que je suis, je préfère m'imbiber graduellement, au fil des semaines, qu'éponger le tout comme un aspirateur, au détriment du plaisir.
Envie d'écrire, ou de traduire quelque chose. Si j'ai le temps, trouver un roman libre de droits, pour le traduire à ma sauce. Hier soir, j'ai croqué trois bouts de piment rouge, que j'avais préalablement laissé traîner vingt minutes dans ma soupe. Ils s'étaient quelque peu adoucis, mais j'ai jonglé malgré tout. Pour jongler avec des balles, j'ai toujours été très mauvais. Même avec deux, j'ai du mal. Une, ça va. Trois, inutile de rêver. Une chose que j'aimerais bien faire, dessiner. J'ai justement émis au Sultan l'idée d'une collaboration, à dix mille kilomètres de distance. S'il obtempère, je m'appliquerai à pondre des croquis d'une grande laideur. J'ai déjà fait ça il y a quelques années. Cétait désastreux.
Programme de la journée: achever la lecture du "Merle", reprendre celle des "Trois royaumes", à moins qu'une nouvelle friandise ne me tombe sous la molaire. Robert Jordan est gravement malade, se fait soigner, espérons qu'il sera en mesure de survivre le temps nécessaire pour achever son interminable cycle de "La roue du temps". J'aimerais bien connaître la fin de l'histoire avant qu'il ne claque sa pipe. Si je m'ennuie en intérieur, sortir sous la pluie, marcher une ou deux heures en direction du sud. Ca me changera, le sud. Ces temps-ci, je marche trop volontiers vers le nord. C'est bien aussi, le nord, mais ça manque de verdure. Et puis, c'est plein de Parisiens tendus en embuscade. Non que j'aie quoi que ce soit contre les Parisiens, mais c'est bien aussi de les ignorer quand on peut.
Programme de demain: devant une trop grande stagnation, se remettre au boulot. Se lever matin, plancher dur tout le jour. Le soir, savourer un pâté de lièvre au coin du feu, le sourire aux lèvres et le lévrier sur les genoux.
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