L'Ancêtre de tous les Léviathans

Publié le par Paraph


    Jeudi vingt décembre deux mille sept. Seize heures sept. Une fois n'est pas coutume, je suis allé me connecter à l'autre antenne de l'institut universitaire de formation des maîtres, la maison mère à vrai dire, à l'autre bout d'Orléans. Je m'y trouve complètement par hasard, puisque j'étais parti, le cœur joyeux, pour la première fois depuis que j'habite cette ville, me promener. Eh, oui. Car jusqu'ici, je n'avais jamais pris le temps de me promener. J'ai décidé de m'obliger, même les jours où rien ne me force à sortir, à prendre une ou deux heures pour déambuler dans les rues, découvrir le paysage, faire de l'exercice, me changer les idées.

    Ma dernière semaine avant les vacances se passe bien, puisque j'ai décidé d'y être déjà. Je me suis fait porter pâle ce matin, et ce, jusqu'à samedi inclus. Ca n'est pas très régulier, mais au point où j'en suis, je ne suis pas sûr d'avoir envie de continuer à jouer selon les règles. Du moment que je touche ma paie de décembre, amputée ou non des journées que j'ai déjà manquées. Sans avoir véritablement pris une décision définitive à cent pour cent (je me réserve encore le droit de revenir dessus pendant les vacances, et d'essayer de recoller les plâtres cassés à la rentrée), j'ai bel et bien l'impression que le consensus semble à l'abandon (n'en déplaise aux conseils avisés qu'on m'a pu donner).

    La tactique en cours d'application semble donc consister à brûler les ponts derrière soi. Ce qui n'est pas une bonne idée, l'avenir étant plus incertain que jamais, et les divinités machinistes parentales ont sans doute terminé leur repêchage. Ou pas. Je suis en pleine dépression, après tout. Ca devrait compter pour quelque chose.

    Il fait froid, sur Orléans. Je ne sais pas à quel point la température peut descendre bas, puisque le thermomètre à affichage digital incorporé à l'autre bout du pont que je traverse tous les matins ne fonctionne plus, depuis le début de la semaine. D'après mes espions équipés d'une télévision, il fait jusqu'à moins sept en banlieue parisienne. J'imagine qu'il doit faire à peu près aussi froid par ici. Hier au soir, j'ai, pour la première fois, branché mon chauffage. Radiateurs électriques. Histoire de ne pas me laisser mourir de froid.

    Je ne me suis pas non plus laissé mourir de faim, puisque j'ai mangé un kébab, hier soir, après avoir passé une heure sur internet, à saliver devant les différentes variantes disponibles de par le monde. Je voulais aller au cinéma, mais il y avait trop de monde. Je n'aime pas le monde, je préfère être seul dans la salle. Mauvaise période de l'année, les gens ayant tendance à être en vacances, prendre le temps de se détendre entre deux courses pour les fêtes de fin d'année, et avoir froid, donc à aller se réfugier dans les salles obscures. En plus, tous les films sont en version doublée, et le doublage tue le film.

    Niveau lectures, j'ai terminé "Bringing out the dead", assez comparable au film adapté par Scorsese, avec quelques scènes en plus. Je me souvenais d'une fin cataclysmique, mais dans le bouquin, ça se termine plutôt bien. Ou alors, c'est parce que j'ai le moral, que j'interprète positivement ce qui n'est, en soi, guère reluisant.

    J'ai enchaîné avec "The blade itself", de Joe Abercrombie, premier roman d'une trilogie de fantasy. Pour le moment, retenons comme points positifs des personnages attachants et cyniques (mais mal décrits physiquement), un univers prometteur et un humour bien dosé; comme points négatifs, un style d'écriture plat, un vocabulaire pauvre et une structure narrative sans originalité. Mais c'est suffisamment bon pour que je sois accroché, et que j'aille sans doute jusqu'à lire l'ensemble de la trilogie (le troisième tome est prévu pour mars prochain).

    Egalement en chantier, "Mange, et tais-toi!", un San-Antonio pris sur le dessus d'une pile, plus pratique à mettre dans la poche du manteau qu'un pavé grand format. Enthousiasmé par mon premier roman de Frédéric Dard, j'ai profité d'un déstockage massif dans la librairie en bas de chez moi pour en acheter une vingtaine, mais avec le recul, je me demande si j'ai bien fait. Surtout si j'arrête de travailler le mois prochain, j'aurai sans doute besoin de tous mes sous.

    Programme de la soirée: rentrer chez moi, remettre le chauffage en route, manger quelque chose de chaud (toujours la même boîte de saucisses aux lentilles, finalement inentamée, et trônant magistralement dans son placard), voire une pomme. Prendre une douche sans m'enrhumer (déjà que la grippe m'empêche d'aller travailler). Me mettre sous la couette et profiter de ma dernière nuit sur Orléans de cette année deux mille sept.

    Programme des jours à venir: demain, rentrer sur Paris en fin de matinée, ou en début d'après-midi. Squatter clandestinement chez Ramethep, faire des aller-retour entre Paris et la banlieue pour voir les amis de passage, et revenir sur Paris pour fêter ses trente ans. Avec vin, fromage et rollmops, pour peu que le Sultan en ait sur lui. Fêter noël en famille. Dormir. Lire. Recharger les batteries, guérir de mes engelures, cuver mon angine et laisser macérer ma décision professionnelle. Il paraît que l'hiver est froid, surtout sous les ponts.

 
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Publié dans schopenhauer

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