Les diables et la poussière
Jeudi onze mai deux mille six. Onze heures vingt-quatre. Ma tentative de fuite en avant marche plutôt bien, mais pour combien de temps? J'éprouve quelque difficulté à dormir au-delà de onze heures le matin. L'idéal serait de matiner grassement jusqu'en milieu d'après-midi, mais mon sens des convenances s'y refuse. Je n'ai plus l'insouciant anarchisme de la jeunesse, pour me coucher à l'aube, me lever à seize heures et vivre à contre-courant. Avec le temps, désabusé, on en vient à ne plus prendre la peine de s'abimer pour mieux brûler.
Ce matin, je suis plutôt en forme. Envie de rien faire. Traîner en pantoufles. Regarder du sport en lisant. Lire sans prendre garde au temps qui passe. Dans quatre heures, on me proposera d'aller au cinéma. Je ne sais pas encore si j'accepterai. Une des idées qui m'obsèdent depuis cette nuit, serait de passer à l'une des annexes de ma fac, pour y parler, boire du thé, me sentir dans une communauté qui m'accepte. La pompe à temps. Le trou noir où s'engouffre toute lumière.
Programme de la journée: rien. Attendre que le temps passe. Devenir un surhomme en mangeant des nouilles. Contempler les pigeons qui meurent dans le ciel d'argile. Nier le temps qui passe. Plus que vingt-et-un jours et je serai fixé. Mes paupières sont lourdes. Rendez-moi mes palourdes. Vous êtes cerné; oui, c'est le manque d'enthousiasme et les nuits lumineuses qui m'incitent au cernement.
Publicité