Sous un Rempart de Chalcidoine
Mercredi quatre juin deux mille huit. Vingt-trois heures quarante-six (heure français, dix-sept heures quarante-six). Rien de bien neuf depuis deux jours, sinon que la tendance semble se confirmer: la fin des temps est proche. Il me reste actuellement, en tout et pour tout, vingt-huit heures de cours à dispenser pour avoir finmon service, plus un week-end en tant que juge du concours de discours en langue anglaise organisé par le lycée.
La fatigue est un des éléments dominants de mon paysage actuel. Une fatigue saine, physique, déterminée par le sport pratiqué en soirée, et par la charge de fatigue accumulée les jours précédents. Je cours en moyenne deux à trois kilomètres par jour, autour d'une piste de quatre cents mètres, en terre battue, et je me livre au badminton quand je peux, au tennis de table quand mon voisin accepte. Conséquence principale de cette activité sportive tardive, je m'endors deux à trois heures plus tôt qu'avant, et le réveil en est d'autant facilité.
Aujourd'hui a été, sans conteste, la journée la plus chaude depuis mon arrivée en Chine. Atmosphère étouffante, de celles qui font prendre trois à quatre douches par jour, suées continues dès le petit matin. Un temps résolument estival, donc. Il paraît que les grandes villes, à la même période, sont pire, invivables, livrées au feu de l'enfer qui consume les chairs et capture les esprits dans un étau d'acier. Je n'y suis pas encore, mais je me prépare psychologiquement à la découverte de la capitale, prévue dans dix jours.
Après les deux heures que je dispenserai demain matin, trop tôt pour moi mais je trouverai bien quelque chose à leur faire faire, je pourrai profiter d'un week-end anticipé. Ce week-end, les élèves de terminale passeront l'équivalent local du bac, porte d'accès aux études universitaires beaucoup plus étroites que la nôtre, puisque seuls dix pour cent environ des candidats sont admis à l'université. La pression est terrible pour ces chères têtes brunes.
Programme de la soirée: d'ici quelques minutes, me brosser les dents, m'imiscer entre le drap humide et le matelas moite, lire quelques pages de "The Clan of the Cave Bear" (roman préhistorique à la Rosny l'Aîné, écrit par madame Jean Auel), puis sombrer dans le sommeil du juste. Demain matin, me décharger, en automate, des deux heures de cours maladroitement coincées entre ma nuit trop courte et un week-end fort bienvenu. Une vague idée de plan de cours, je vais leur parler de super-héros, j'y connais un rayon (gamma).
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