Déferlante

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    Lundi neuf juin deux mille huit. Dix-neuf heures neuf (heure française, treize heures neuf). Les choses se précipitent. J'ai entamé ma toute dernière semaine de cours, le nombre de nuits me restant à passer dans mon vaste logement de fonction gratuit se compte désormais sur les doigts d'une seule paire de mains, et mon billet de retour aérien a été modifié (date prévue pour l'atterrissage à Londres, mercredi vingt-cinq juin vers seize heures). Le départ est proche.

    Cette semaine, les rapports avec les élèves sont excellents, mon plan de cours n'est peut-être pas parfait, mais comme c'est le dernier, je peux me permettre quelques excentricités inédites, apprendre quelques expressions françaises à mes ouailles, leur donner mon adresse électronique et faire, pour la première fois, régner une discipline de fer.

    En contrepartie de tout cela, j'ai droit à des applaudissements, des sourires épanouis, des lettres, une caligraphie et une avalanche de zongzi. Les zongzi sont une sorte de galette de riz pyramidale, gluante, enrobée dans des feuilles de bananier (ou toute autre plante analogue), éventuellement fourrée de pois ou d'œuf. Ils constituent, de fait, un plat de fête spécialement confectionné pour Duanwu Jie, Dragon Boat Festival en anglais, Fête des Bateaux-Dragons en français.

    Traditionnellement, des courses en canot, dont les formes évoquent celles du monstre mythique, sont organisées sur tous les cours d'eau de Chine (et d'ailleurs en Asie) susceptibles d'accueillir l'événement. De fait, je suis passé à côté de cet aspect-là des réjouissances, n'ayant pas su où, dans les environs, aller contempler les joutes nautiques. Au lieu de quoi, je suis resté à bouquiner "The Clan of the Cave Bear", premier roman d'une pentalogie due à Jean M. Auel, Américaine de son état (et honnêtement septuagénaire à l'heure où j'écris ces lignes).

    Le cycles des Enfants de la Terre (pour peu que la traduction française rende compte du titre d'origine) met en scène des hommes de Néanderthal, auxquels vient se mêler une enfant Cro-Magnon, qui deviendra membre d'une tribu, apprenant leur langage et se liant d'affection avec eux. Un vague élément fantastique émerge même par moments. Le premier tome date de mille neuf cent quatre-vingts. Je lirai vraisemblablement les autres un de ces jours. Cinquième et dernier volume en date paru en deux mille deux.

    Ce week-end, notre lycée, centre d'examen, accueillait les candidats régionaux à l'équivalent chinois du baccalauréat. Plus qu'une formalité comme le bac, il s'agit bel et bien de la seule et unique porte d'entrée aux études supérieures, pour les élèves n'ayant pas le luxe de pouvoir se payer les très onéreuses universités privées, qui fleurissent un peu partout. Seule une poignée d'élus accéderont aux facs de tout premier plan, une fraction à peine plus importante pouvant se rabattre sur les universités de seconde zone. Les boîtes privées, moins bien cotées, sont l'apanage des fils et filles à papa.

    Du coup, jeudi après-midi et vendredi comptaient également comme des jours de repos, durant lesquels je me suis, essentiellement, reposé. La chaleur qui règne depuis quelque temps me force à des réveils matinaux, la sueur ayant une fâcheuse tendance à me gêner, quand je suis amené à dormir dedans. A force de macérer dans mon jus, je préfère me lever et quitte à suer, en être redevable à une activité, quelle qu'elle soit, plutôt qu'au repos trompeur d'un demi-sommeil cloaqueux.

    Conséquemment, j'ai rarement fait la grasse matinée au-delà de huit heures du matin. Couplées à la fatigue physique héritée de mes imprudentes intrusions dans le milieu du sport, ces difficultés à garder le sommeil m'ont permis de ne pas trop me décaler, comme j'en ai souvent l'habitude pendant mes vacances. De fait, j'ai un peu trop forcé sur le sport, notamment la course à pied, allant jusqu'à courir plus de cinq kilomètres d'affilée. En conséquence de quoi, j'ai chopé d'une tendinite, voire d'une périostite, au mollet gauche. Je me souviens à présent pourquoi j'avais arrêté le sport, il y a treize ans: j'ai des mollets de merde.

    Programme de la soirée: sortir en ville, faire des achats, des rencontres insolites, manger une soupe, des nouilles, boire de la bière, des milk-shakes. La routine, donc. En soirée, tâcher de ne pas me coucher trop tard. Lutter contre la chaleur pour arracher au sommeil quelques précieuses heures avant de devoir renchaîner sur une nouvelle journée de cours. Il me reste vingt-et-une heures de cours avant la fin, qui risque d'arriver vite.

 
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G
Olé.Attenticionné : lé otré bouquins dou cycle sont nettement moins bons.Gregorio
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