Mon Bel Oranger

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    Jeudi quinze mai deux mille huit. Dix heures vingt du matin (heure française, quatre heures vingt du matin). Et la caravane de redémarrer. Nouveau départ, sans beaucoup d'enthousiasme. Mes troubles du sommeil, qui n'en sont pas (je dors bien, trop bien le matin, n'ai de fait aucune volonté, nulle motivation, pas un pet, pour franchir le pas, faire l'effort sur moi-même de bondir hors des draps), n'ont pas cessé. Le rythme actuel, si je parviens à m'y tenir, prévoit de s'endormir vers deux heures du matin, de se réveiller vers six ou sept, d'assurer tous mes enseignements en me traînant comme une chaussette dépareillée. Le programme me semble excellent.

    Hier, après une énième sécheresse de l'âme m'empêchant de me rendre en classe, mon patron est venu me voir. Il voulait connaître les raisons de mon glissement de terrain. J'ai tout mis sur le compte d'un mal du pays, plus facile à comprendre que la nébuleuse traumato-fainéante où je m'enlise depuis quelque temps. J'ai pris l'engagement solennel de ne plus louper de cours. Plus que quatre semaines, grosso modo, et je serai tiré d'affaire. Pas la mer à boire, donc, d'autant plus que j'aime assez faire cours à mes petits Chinois.Simplement, je préfère dormir le matin, et culpabiliser le reste du temps. Il faut savoir faire des choix, dans la vie, et s'y tenir.

    Mes cours de ce matin se sont bien passés. Il faut dire que l'actualité joue pour moi: la flamme olympique est de passage dans ma province, et le séisme survenu à l'autre bout du pays est sur toutes les lèvres. J'ai à peine eu besoin de dégainer mon pictionary que le cours était déjà fini. Et j'ai des idées qui se profilent pour les cours de la semaine prochaine. Un jour après l'autre, ne pas ménager sa peine, oublier l'écoulement du temps, me sera sans doute davantage profitable que d'amorcer des comptes-à-rebours abscons. Si, si. Je sais ce que je dis. Plus que sept cent douze heures avant les vacances.

    Programme de la journée: dans trois quarts d'heure, repointer à la mine. Faire profil bas, je suis désormais fiché parmi les étrangers sous surveillance rapprochée. Amuser les foules en leur jetant des cacahuètes. A midi, dormir une heure si je peux, manger sinon. Cet après-midi, trois heures de cours, suivies d'une séance surnuméraire de l'English corner pour volontaires motivés. En soirée, m'effondrer comme le cours du dollar. Dormir tôt, si je peux. Ne penser à rien. Le bonheur est à portée d'oubli.

 
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