Les Citrouilles Meurent Aussi
Vendredi vingt-trois mai deux mille huit. Quatorze heures trente-quatre (heure française, huit heures trente-quatre du matin). La valse des visas se poursuit sur fond de guerres napoléoniennes. Hier, retournement de situation, notre intermédiaire entre le corps des enseignants et les hautes sphères de l'administration nous prévint que le permis de travail tardant, il nous faudrait retourner en France cet été, pour y effectuer toutes les démarches. Dans l'intervalle, un tiers se chargerait de toutes nos opérations relatives au renouvelement du visa de tourisme sous couvert duquel nous séjournons présentement en Chine.
Ce matin, nouveau coup de théâtre, le même collègue-chapoteur Gamma nous informe qu'en définitive, le permis de travail devrait arriver la semaine prochaine, et qu'il nous faudra, tout de même, nous rendre ce week-end à Hong-Kong pour y quémander un nouveau visa de tourisme, pour les trois semaines qui restent à notre contrat, voire un peu plus pour prendre des vacances sur place dans la foulée. En revanche, il nous faudra bel et bien transiter par la France pour postuler pour une embauche en bonne et due forme. Hourra.
Seule certitude, donc, à l'heure actuelle, je repasserai probablement par la France cet été. Si j'obtiens un visa de travail tel qu'on me le fait miroiter, et que je trouve un billet d'avion abordable, je tâcherai de reconduire mon contrat, en remettant le couvert pour un nouveau semestre, par exemple. Histoire de mettre des sous de côté, et de confirmer que je suis capable d'assurer un peu niveau boulot. Personnellement, et envers la famille, ça mettrait en confiance.
Fors la valse des visas, tout va pour le mieux. Mes cours se déroulent dans le calme olympien que j'ai su y cultiver, mes élèves fournissent très précisément les réponses que j'attends, et mes improvisations sont accueillies avec bienveillance et bonhommie par l'hydre polycéphale à laquelle je tente d'inculquer des rudiments d'anglais. Au programme de la semaine, faune et flore d'Afrique et d'Australie, topo sur la Tasmanie et passage en revue des différences alimentaites entre la Chine, la France et l'Angleterre. Avec des fortunes diverses.
Programme de la journée: dans trois quarts d'heure, affronter la chaleur caniculaire de ce début d'été pour aller faire cours, le dernier de la semaine, à ma classe numéro vingt-trois. Si je demeure sous l'effet, tout léger soit-il, de la bière ingérée ce midi en accompagnement du repas, je chanterai probablement. J'aime chanter, et les élèves aiment à m'entendre. Je chante mal, mais je suis rigolo. C'est le but essentiel du métier s'enseignant.
En fin de journée, jouer au badminton, malgré ma blessure, malgré ma maladie grave. Depuis une semaine que j'ai une sorte d'entorse à la cheville gauche, il faut que cela cesse. En dépit du danger pour ma santé future, je bondirai dans les airs, tel le phénix argenté. J'ai commencé d'appliquer, avant-hier, sur les zones concernées, un cataplasme made in China, qui a permis de faire désenfler ma cheville. J'ai toute confiance en la magie de la poudre de corne de rhinocéros. En soirée, dormir, ne pas dormir. Manger, regarder la suite de "Blacula", et poursuivre ma lecture de Walter Jon Williams.
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