Samedi premier novembre deux mille huit. Neuf heures trente-deux du matin (heure française, deux heures trente-deux du même matin, qui se fait tout petit grâce au changement
d'heure). Depuis dix jours, ma fatigue n'a fait que croître, les températures ont amorcé un net déclin (parfois quinze le matin) malgré des pointes autour de trente (ici, le soleil ne fait pas
semblant, quand il sort de la brume ambiante), et puis. J'ai pris un an.
Pour mes trente-et-un ans, le jour même, rien ne s'est passé. J'ai mangé des nouilles et un œuf, comme le veut la tradition chinoise. Les élèves m'ont massivement souhaité un bon
anniversaire, et je les ai saoûlés d'informations sans importance (c'est ma spécialité, je suis un prof chiant comme la mort). Quelques-uns m'ont offert des grues en papier, une petite musique de
nuit, un chat en porcelaine et des bonbons. Je suis un vieillard comblé (de leur point de vue, je ne suis plus tout jeune, alors que du mien, j'ai dix ans).
Le samedi soir, j'ai marqué le coup par une sortie au karaoké, en compagnie d'une dizaine de jeunes femmes, et du Sultan. Nous avons donc chanté, à nous en époumonner, mangé un
gâteau couvert de crème, et reçu, pour ma part, en cadeau, quatre tasses et deux livres. Retour vers minuit, les invitées d'un soir s'étant précédemment eclipsées (c'étaient, pour la plupart, des
stagiaires venues de la grand'ville voisine pour se faire les dents, quarante jours durant, sur le dur métier d'enseignant).
Cette semaine, mon cours tournait autour de Halloween, la Toussaint, Dracula et des exercices de phonétique. Je soupçonne la phonétique d'être plus effrayante que le reste. J'ai
joué au vampire chinois, bondissant dans mes chaussures plates et recevant sur le front les talismans sur papier jaune brandis par les taoïstes surgis pour la circonstance des rangs d'oignons. Pour
la peine, je me suis bien amusé, et j'espère que les élèves, à une semaine de leurs examens de mi-semestre, auront pu rigoler aussi.
Hier, j'ai séché mes cours, à la demande du lycée, qui voulait m'envoyer sur la grand'ville voisine y subir une visite médicale, celle d'il y a six mois étant périmée. Pour nous
guider dans notre quête, une des stagiaires sus-nommées, malade en bus et dotée d'un sens de l'orientation douteux, nous accompagnait dans le car faisant route, matitunalement, vers ladite ville.
Une fois sur place, ayant appelé le numéro fourni par notre superviseur, nous avons constaté que, l'hôpital ayant déménagé sans prévenir, nous allions devoir reporter notre démarche à lundi et la
décaler de cinq cents bornes, vers la capitale provinciale.
Du coup, j'ai pu visiter la ville, dans un demi-sommeil jugulé par quelques siestes impromptues dans les transports en commun. J'ai arpenté les allées d'un grand supermarché à la
recherche (vaine) d'un hypothétique bout de fromage, acheté un auto-cuiseur option gâteau pour le Sultan, qui s'est aussi fendu de quelques roubles pour acheter un chien. Un chiot tout mignon. Nous
avons mangé des nouilles, déambulé sur un campus local (grand, bien aménagé, de quoi souhaiter avoir fait ses études dans un pays prenant la chose au sérieux) et repris le bus.
Prochaine étape: demain soir, train de nuit, six heures assis sur une banquette en bois massif, s'il reste des places. Lundi matin vers quatre heures quarante-six, débarquer à
Nanchang, poireauter quatre heures que l'hôpital ouvre, sans prendre de petit déj because prise de sang. Mais nous en reparlerons dans un prochain épisode.
Programme de la journée: me recoucher. Car il est tôt, je suis en week-end et je pressens une nuit blanche à dompter les rails. Dans la journée, croiser le Sultan. Voir si son
chien supporte son nouveau domicile, manger quelque chose en sa compagnie ou seul. Faire du sport. Je cours environ trois mille mètres tous les jours (je m'entraîne pour un meeting sportif la
semaine prochaine), et j'ai encore trois matches de badminton à disputer avant d'être proclamé grand perdant du tournoi.
Lire. Toujours sur "A Prayer for Owen Meany", que je ne désespère pas de terminer avant de prendre le train. Dans l'intervalle, j'ai lu deux courts romans en ligne de Walter Jon
Williams, "The Green Leopard Plague" et "The Tang Dynasty Underwater Pyramid", commencé "The Lion, the Witch and the Wardrobe", de C.S. Lewis, premier volume des Chroniques de Narnia, et achevé
"Cat's Cradle", de Kurt Vonnegut, qui traînait depuis un moment.
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