Dimanche dix-neuf octobre deux mille huit. Vingt heures trente-six (heure française, quatorze heures trente-six). Il n'y a plus de poules au lycée: la direction a décidé que les
volailles, laborieusement entretenues par une de mes voisines, n'avaient pas leur place dans un établissement scolaire. Le canard sans ailes, qui grossissait à vue d'œil et batifolait dans les
rares flaques d'eau de cette fin d'été torride, a lui aussi disparu. Je vis dans un lycée sans plumes.
La semaine dernière, le tas d'ordures accumulé en plein air, depuis deux ou trois semaines, devant les toilettes des filles, a été brûlé. La combustion du monceau d'immondices a
duré toute la nuit. La fumée s'est infiltrée partout, rendant mon sommeil difficile. Cette semaine, ils ont remis en place la benne à ordures qu'ils avaient fait disparaître. Peut-être les poules
reviendront-elles à leur tour.
La semaine dernière, le gardien de l'école m'a proposé d'acheter une jeep. N'ayant pas mon permis de conduire, j'ai dû décliner son offre. J'ai un vélo, qui me suffirait pour me
déplacer, s'il était en état de marche. Mais le pneu avant est crevé, et les pédales se dérèglent tous les deux kilomètres. Les Chinois ne savent pas fabriquer de véhicules qui tiennent la
route.
J'ai mal au bras droit. D'après les spécialistes que j'ai consultés par la pensée, il s'agirait d'un excès de badminton. Ce soir, j'ai couru près de trois kilomètres d'une
traite, assez prestement. Je suis en pleine forme. La nuit dernière, je me suis levé pour aller vomir les deux litres de jus d'orange que j'avais ingurgités la nuit précédente. Ce soir, je me
coucherai tôt.
J'écoute une intégrale des Rolling Stones mystérieusement apparue sur mon ordinateur. C'est fou ce qu'à l'époque, les mêmes chansons apparaissaient sur maint album. Sans doute à
cause du format de publication, quarante-cinq tours plutôt qu'albums complets, qui n'étaient, finalement, que des compilations de simples édités séparément. Chaque pays sortait ses propres
compilations, d'où une certaine redondance dans le track-listing des premiers albums.
Je n'ai guère quitté le lycée depuis quatre ou cinq jours, sinon pour aller à la supérette en vis-à-vis, acheter du lait, des kakis, une serviette de toilette et des capsules
anti-moustiques. Demain, je tâcherai d'aller dîner en ville. Le week-end prochain, ou le mois d'après, j'essaierai d'aller passer une journée dans la grand'ville voisine. Il faut que je me bouge un
peu, que diable. Je me fais vieux, paraît-il.
Je lis, je dors, j'ingurgite et je régurgite à l'occasion. Vingt-six heures de cours par semaine m'épuisent. Les élèves sont gentils, mais me sollicitent beaucoup. Les moustiques
se tiennent tranquilles, ce sont désormais les cafards qui m'agacent. Et les moucherons suicidaires qui viennent percuter mes fenêtres et mourir sur mon parquet.
La chaleur persiste. Vingt degrés la nuit, trente en journée. Le matin, basketteurs et radiomanes conjuguent leurs passions pour m'ôter le repos. La routine s'est installée. Je
ne suis pas contre, le temps passe vite, et j'ai bon espoir de mener une existence régulée durant les quatre mois qu'il me reste à passer ici. Je prends du bon temps, mais je n'y reviendrai pas
pour tout l'or du monde.
Après avoir lu "The Valley of Horses", second roman préhistorique de Jean M. Auel, je me suis attaqué à Dashiel Hammett et son "The Thin Man", de toute beauté. J'achève
actuellement "The Hight Lord", ultime tome de la "Black Magician Trilogy" de Trudi Canavan. De la fantasy convenue, mais bien exécutée. Le suspense m'a forcé à finir la trilogie au plus vite. Je
suis curieux de connaître la fin.
Programme de la soirée: traîner sur l'ordinateur, mais pas trop tard. Me coucher tôt pour compenser la mauvaise nuit d'hier. Demain matin, trouver quelque chose à dire en classe.
Faire cours. Ne pas tomber malade. Dormir le midi. Le soir, un peu de badminton, mais pas trop. Il ne manquerait plus que je sois blessé pour les Jeux Olympiques.
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