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Vendredi 3 octobre 2008 5 03 /10 /Oct /2008 03:04

    Vendredi trois octobre deux mille huit. Dix heures trente-trois du matin (heure française, quatre heures trente-trois, du même matin). Mon second séjour en Chine suit son cours. Au dernier décompte, il me restait quelque chose comme cent quarante jours avant de prendre l'avion pour Paris; non que je vive cette expatriation comme un exil, mais il est bon de savoir où j'en suis, où je vais et ce que je vais bien pouvoir manger ce midi.

    Depuis lundi dernier, et ce, jusqu'à lundi prochain exclus, je suis en vacances. Le gouvernement chinois, dans sa grande sagesse, a décidé de décréter une semaine de congés nationale. Le lycée, contournant la loi, octroie généreusement deux à trois jours de battement à ses élèves (ainsi qu'aux professeurs chargés de les encadrer), et offre jusqu'à sept jours d'affilée aux professeurs étrangers.

    En contrepartie, mesure prise au dernier moment, comme toute chose en Chine, nous avons dû, le Sultan et moi-même, travailler sept jours non-stop, la semaine dernière, y compris samedi et dimanche, ce qui n'est pas prévu dans mon contrat, mais qu'importe. La paie de septembre attendra, la comptable ayant décidé de partir en vacances. Heureusement que le Sultan a pu me prêter quelques roubles.

    Le premier jour des vacances est passé comme un songe. Je n'ai aucun souvenir factuel de ce que j'y ai pu faire. Sans doute ai-je abondamment dormi. Le lendemain, mardi trente septembre, j'ai accompagné deux élèves, qui rentraient chez eux pour les trois jours de congé, jusqu'au village de basse montagne dont ils sont originaires. J'ai donc passé deux jours en leur compagnie, à manger à leur table, dormir dans leur lit, reluquer leurs femmes et observer  leurs étranges coutumes.

    Le mercredi matin, réveillé dès six heures, j'ai escaladé sous leur direction la montagne la plus haute du coin, huit cents mètres, disons la colline, au sommet de laquelle un temple bouddhiste était jûché. Chemin faisant, nous avons mangé des baies locales, intermédiaires entre les myrtilles et les noisettes, mais rouges, qui d'habitude mûrissent à la mi-septembre, mais qui ont, cette année, gentiment attendu que je les cueille. J'ai aussi mangé un pamplemousse tout en marchant, au risque de me casser la figure, tant le sentier était étroit. Les Chinois ont de tout petits pieds.

    Vers neuf heures du matin, nous redescendîmes de la montagne pour nous restaurer d'un œuf dur cuit dans du lait sucré, avant de prendre le chemin du lac. Mes deux élèves, entourés d'un essaim de gamins plus jeunes, avaient décidé de m'initier aux mystères de la pêche. Au bout d'une heure et demie, nous quittâmes, prématurément, les lieux, le professeur étranger ayant tourné rouge brique sous les assaut du frais soleil d'automne. J'avais oublié mon chapeau.

    Sieste, repas, partie de badminton. Retour vers la civilisation, plus tôt que prévu. Tant mieux, me direz-vous, je commençais à m'ennuyer ferme, à la campagne, si pittoresque soit-elle. Et la présence continuelle d'une demi-douzaine de morveux déterminés à me traiter comme une sorte de Godzilla difforme, aurait comme qui dirait tendance à m'agacer.

    Mobylette, une heure de bus, mobylette. Retour au bercail. Le premier octobre marque, chaque année, l'anniversaire de la fondation du pays, en quarante-neuf, par le Grand Timonnier (je me demande bien si les Chinois l'appellent comme ça, il faudra vérifier). Fête nationale, donc. Il y avait des feux d'artifice, mais je ne les ai pas vus.

    Chaque matin, je suis réveillé vers six heures par la musique tonitruante diffusée par les haut-parleurs du lycée, puis, vers sept heures, par mon discret voisinage, qui s'époumonne, s'apostrophe, martelle et tronçonne pour mieux montrer son industrie. Je me lève, maussade, je traîne, puis me recouche. Hier, les suites de mon insolation de la veille m'ont tenu au lit une partie de l'après-midi. Mes coups de soleil se résorbent lentement, mais la nuque, que j'avais perdu l'habitude de protéger tant que je portais les cheveux longs, est la zone la plus touchée. Mon front, mon large front, n'est pas en reste.

    Onze heures du matin. Je suis assis devant mon ordinateur, et je mange des cacahuètes. Le Sultan est parti, à son tour, sillonner la campagne à moto, en compagnie d'un enseignant croisé au cours de ses virées en ville. Hier soir, il recevait à dîner, et j'ai pu manger des patates. Les Chinois ne savent pas les faire cuire, les patates. Ils ont beaucoup de qualités, ils ont inventé le papier, la poudre et l'écriture, mais ils ne savent pas faire cuire les patates. Personne n'est parfait.

 

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