Dimanche 23 décembre 2007
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14:04
Dimanche vingt-trois décembre deux mille sept. Quatorze heures quatre. Nouvelle itération hebdomadaire. De passage au domicile parental pour les fêtes. Les choses évoluent lentement. Je m'y sens encore comme chez moi, sauf peut-être les vingt premières minutes. Les habitudes mettent du temps à mourir. Depuis ma dernière entrée, les choses n'ont pas beaucoup évolué. Mes sentiments restent ambivalents quant à mon avenir professionnel, et ma décision tout sauf arrêtée. Ce matin, j'étais plutôt parti pour essayer de recoller les morceaux en janvier, et de continuer jusqu'en juin, par lâcheté, solution de facilité et confort financier. On trouve les motivations qu'on peut.
La soirée de jeudi a ressemblé à la soirée de mercredi, à quelques exceptions près. J'ai déballé la douzaine de cartons entassés chez moi, j'en ai vidé le contenu sur la table du salon, où j'ai empilé tous les livres transbahutés d'un domicile à l'autre, entre la fin du mois d'août et le début de celui-ci. Bilan des opérations, ma table à manger est désormais presque entièrement couverte de livres, il doit y en avoir cinq cents, empilés par ordre de taille, sur une épaisseur de vingt ou quarante centimètres. Psychologiquement, c'est pour m'inciter à en acheter moins. D'un point de vue pratique, ça m'a permis de faire le tri dans ce que je voulais lire tout de suite, et de mettre de côté ce qui pouvait attendre.
Parmi les priorités, j'ai accordé ma soirée à un roman déjanté d'Alfred Jarry, "Le surmâle", sorte de réponse à Nietzsche, qui mélange étonnamment la culture physique et la prose fin-de-siècle dandyfiante au goût de Jarry pour l'absurde. J'ai passé un très bon moment, tout à fait imprévu. Dans la foulée, j'ai exorcisé les mânes de Denton Welch en lisant, en traduction faute de mieux sous la main, "Soleils brillants de le jeunesse" ("In youth is pleasure"), publié il y a plus de soixante ans, une des références majeures de William S. Burroughs (pour lequel ma fascination remonte à une dizaine d'années): roman nostalgique et onirique, sur la fin de l'enfance, la découverte de la sensualité adolescente encore mêlée aux fantasmes ludiques des premières années. En été, au bord d'une rivière, dans un hôtel, loin de l'école et de ses songes creux.
Ces deux romans m'ont été prêtés il y a quelques mois, et je me ferai un plaisir de les restituer à leur propriétaire à la première occasion. Dans la foulée, j'ai sélectionné une demi-douzaine d'ouvrages indispensables pour la quinzaine à venir. J'en ai d'autres à domicile, et j'en compte acquérir quelques-uns lors d'un passage prochain à Lyon, dans la boutique de mon frère, libraire de son état. Pour le moment, je viens de commencer "The android's dream", roman de science-fiction comico-diplomatique dû à John Scalzi, auteur d'une tri(pour le moment)logie découverte et appréciée un peu plus tôt cette année ("Old man's war", élégamment traduit "Le vieil homme et la guerre", et ses suites); ce roman n'a, a priori, aucun rapport avec la trilogie.
Vendredi vingt-et-un décembre, toujours sous le coup d'un arrêt de travail virtuel, je suis rentré sur Paris, après une semaine inutile sur Orléans, puisque j'ai manqué à tous mes devoirs, ne tenant aucun de mes engagements, posant des lapins quand j'avais des rendez-vous, me mettant en situation plus que problématique vis-à-vis de ma hiérarchie, puisque je n'aurai pas de certificat médical à lui soumettre. Je me prépare de sérieux problèmes pour la rentrée. M'enfin, c'est pas moi, c'est la faute au système. Méchant système.
Train puis vélo libre jusque chez Ramethep, pour une orgie maladroite de poulet, frites belges et nouilles chinoises. Resté dormir sur le tapis, après un passage-éclair de Vertige et un visionnage de "The ice pirates", film de science-fiction du milieu des années quatre-vingts, fortement inspiré de "La guerre des étoiles", qu'il singe et parodie avec plus ou moins de succès. Ron Perlman en corsaire de l'espace moustachu et manchot.
Samedi vingt-deux décembre, coup d'envoi des vacances. Déjeuner chez Ramethep, puis dans le quartier latin, autour d'un bobun, avec Tonga. Escale à Massy, pour cinq petites heures, bières, jeux de cartes et discussions avec Doctor Doom, descendu de Finlande pour l'occasion, et Tormentor, récemment rentrée de Madagascar. Fin de soirée sur Paris, pour une soirée fromage coïncidant avec les trente ans de Ramethep. Discussion sans intérêt sur la politique. Comatage sur tapis devant un film, dont le titre m'échappe, avec Dennis Rodman (le basketteur aux piercings) dans le rôle d'un agent d'Interpol embarqué dans une improbable affaire d'espionnage industriel.
Ce matin, départ discret, plusieurs kilos de pain aux noix sous le bras, jusqu'au domicile parental, pour le démembrement rituel d'un oiseau mort servi dans son jus. Programme de l'après-midi: au choix, sortie ciné avec la bande des anciens, mais je ne sais pas si je serai en état de repartir sur Paris et affronter les foules; partie de scrabble avec ma mère, j'ai une revanche à prendre; sieste indéterminée, j'ai du sommeil en retard et une dépression à cuver; promenade hivernale avec Vertige, s'il me contacte et désire arpenter les rues désertes de nos banlieues mortes.
Par Paraph
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Jeudi 20 décembre 2007
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16:06
Jeudi vingt décembre deux mille sept. Seize heures sept. Une fois n'est pas coutume, je suis allé me connecter à l'autre antenne de l'institut universitaire de formation des maîtres, la maison mère à vrai dire, à l'autre bout d'Orléans. Je m'y trouve complètement par hasard, puisque j'étais parti, le cœur joyeux, pour la première fois depuis que j'habite cette ville, me promener. Eh, oui. Car jusqu'ici, je n'avais jamais pris le temps de me promener. J'ai décidé de m'obliger, même les jours où rien ne me force à sortir, à prendre une ou deux heures pour déambuler dans les rues, découvrir le paysage, faire de l'exercice, me changer les idées.
Ma dernière semaine avant les vacances se passe bien, puisque j'ai décidé d'y être déjà. Je me suis fait porter pâle ce matin, et ce, jusqu'à samedi inclus. Ca n'est pas très régulier, mais au point où j'en suis, je ne suis pas sûr d'avoir envie de continuer à jouer selon les règles. Du moment que je touche ma paie de décembre, amputée ou non des journées que j'ai déjà manquées. Sans avoir véritablement pris une décision définitive à cent pour cent (je me réserve encore le droit de revenir dessus pendant les vacances, et d'essayer de recoller les plâtres cassés à la rentrée), j'ai bel et bien l'impression que le consensus semble à l'abandon (n'en déplaise aux conseils avisés qu'on m'a pu donner).
La tactique en cours d'application semble donc consister à brûler les ponts derrière soi. Ce qui n'est pas une bonne idée, l'avenir étant plus incertain que jamais, et les divinités machinistes parentales ont sans doute terminé leur repêchage. Ou pas. Je suis en pleine dépression, après tout. Ca devrait compter pour quelque chose.
Il fait froid, sur Orléans. Je ne sais pas à quel point la température peut descendre bas, puisque le thermomètre à affichage digital incorporé à l'autre bout du pont que je traverse tous les matins ne fonctionne plus, depuis le début de la semaine. D'après mes espions équipés d'une télévision, il fait jusqu'à moins sept en banlieue parisienne. J'imagine qu'il doit faire à peu près aussi froid par ici. Hier au soir, j'ai, pour la première fois, branché mon chauffage. Radiateurs électriques. Histoire de ne pas me laisser mourir de froid.
Je ne me suis pas non plus laissé mourir de faim, puisque j'ai mangé un kébab, hier soir, après avoir passé une heure sur internet, à saliver devant les différentes variantes disponibles de par le monde. Je voulais aller au cinéma, mais il y avait trop de monde. Je n'aime pas le monde, je préfère être seul dans la salle. Mauvaise période de l'année, les gens ayant tendance à être en vacances, prendre le temps de se détendre entre deux courses pour les fêtes de fin d'année, et avoir froid, donc à aller se réfugier dans les salles obscures. En plus, tous les films sont en version doublée, et le doublage tue le film.
Niveau lectures, j'ai terminé "Bringing out the dead", assez comparable au film adapté par Scorsese, avec quelques scènes en plus. Je me souvenais d'une fin cataclysmique, mais dans le bouquin, ça se termine plutôt bien. Ou alors, c'est parce que j'ai le moral, que j'interprète positivement ce qui n'est, en soi, guère reluisant.
J'ai enchaîné avec "The blade itself", de Joe Abercrombie, premier roman d'une trilogie de fantasy. Pour le moment, retenons comme points positifs des personnages attachants et cyniques (mais mal décrits physiquement), un univers prometteur et un humour bien dosé; comme points négatifs, un style d'écriture plat, un vocabulaire pauvre et une structure narrative sans originalité. Mais c'est suffisamment bon pour que je sois accroché, et que j'aille sans doute jusqu'à lire l'ensemble de la trilogie (le troisième tome est prévu pour mars prochain).
Egalement en chantier, "Mange, et tais-toi!", un San-Antonio pris sur le dessus d'une pile, plus pratique à mettre dans la poche du manteau qu'un pavé grand format. Enthousiasmé par mon premier roman de Frédéric Dard, j'ai profité d'un déstockage massif dans la librairie en bas de chez moi pour en acheter une vingtaine, mais avec le recul, je me demande si j'ai bien fait. Surtout si j'arrête de travailler le mois prochain, j'aurai sans doute besoin de tous mes sous.
Programme de la soirée: rentrer chez moi, remettre le chauffage en route, manger quelque chose de chaud (toujours la même boîte de saucisses aux lentilles, finalement inentamée, et trônant magistralement dans son placard), voire une pomme. Prendre une douche sans m'enrhumer (déjà que la grippe m'empêche d'aller travailler). Me mettre sous la couette et profiter de ma dernière nuit sur Orléans de cette année deux mille sept.
Programme des jours à venir: demain, rentrer sur Paris en fin de matinée, ou en début d'après-midi. Squatter clandestinement chez Ramethep, faire des aller-retour entre Paris et la banlieue pour voir les amis de passage, et revenir sur Paris pour fêter ses trente ans. Avec vin, fromage et rollmops, pour peu que le Sultan en ait sur lui. Fêter noël en famille. Dormir. Lire. Recharger les batteries, guérir de mes engelures, cuver mon angine et laisser macérer ma décision professionnelle. Il paraît que l'hiver est froid, surtout sous les ponts.
Par Paraph
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Mardi 18 décembre 2007
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Mardi dix-huit décembre deux mille sept. Dix-huit heures cinq. Je profite de l'ouverture tardive de la salle informatique de l'institut universitaire de formation des maîtres, pour donner quelques nouvelles intermédiaires. Enfin, tardive, entendons-nous sur les termes: je pense que la salle reste ouverte jusque vers dix-neuf heures, tout comme la salle informatique du lycée et le seul et unique cybercafé qu'il m'ait été donné de croiser dans les rues d'Orléans. Se connecter au réseau mondial, à moins d'y être relié à domicile, relève du rêve. Nous sommes ici loin de la civilisation, ne l'oublions pas.
J'ai pas mal gambergé ces derniers jours (ces dernières semaines, ces derniers mois), et j'en suis venu à la conclusion suivante: je ne vais pas continuer ce boulot éternellement. De fait, j'envisage, assez sérieusement, de ne pas remettre le couvert en deux mille huit. Je vais, péniblement et à contre-cœur, terminer la semaine, partir en vacances, toucher ma paie de décembre, et décider, d'ici le sept janvier (date de la rentrée des classes), si je poursuis, ou non, ma débâcle dans l'Education Nationale. Parce que c'en est une, de débâcle.
La question d'arrêter, ou non, au bout de quatre mois de stage, pose automatiquement la question de savoir comment je vais vivre, dans les mois à venir, parce que, bon, démissionner sur un coup de tête, c'est bien joli, mais dans le monde qui est le nôtre, avec dix pour cent de chômeurs (ou quels que soient les chiffres, réels ou fantasmés, du chômage), il faut bien vivre, et trouver un nouvel emploi ne se fait pas du jour au lendemain. Si je patiente jusqu'en juin, et que mon employeur accepte de me licencier, je toucherai le chômage. Mais je ne sais pas si je pourrai attendre jusque-là.
Indépendamment de quelques considérations que ce soient à propos du travail, en tant que valeur ou nécessité dans la société actuelle, on m'a dit, il paraît, et je ne remets pas en doute les témoignages recueillis auprès d'amis et d'inconnus, tous les métiers sont durs, surtout au début, et il faut bien apprendre sur le tas. Mais ce métier précis, que j'exerce depuis quatre mois, me mine. J'y ai perdu le sommeil, le goût de vivre et de marcher au soleil. Je ne m'y épanouis pas, je supporte mal la pression, et poursuivre l'expérience signifierait risquer ma santé, sinon physique, du moins mentale. Mon équlibre psychologique. Mon droit au bonheur.
Par ailleurs, par rapport à ma position d'il y a quelques mois, je ne cherche pas un retour en arrière, aux crochets de ma famille par exemple, mais une autonomie financière me permettant de voler de mes propres ailes. Travailler, quoi. Parce que, dans l'absolu, je ne suis pas contre. Il faut bien s'occuper, et je suis d'accord pour en être. Topez là.
Tout le monde a-t-il le droit à l'erreur, d'un point de vue professionnel? Je me retrouve actuellement dans une situation où, paradoxalement, bien que je sois, fondamentalement, embarqué sur une période d'essai, mon employeur ne peut pas me virer, à moins d'une très grosse connerie de ma part, avant le terme de l'année scolaire. Dans n'importe quelle autre branche que la fonction publique, un travailleur en période d'essai faisant mal son travail (ce qui est mon cas) se verrait remercier par son employeur, conformément aux termes définis par le contrat d'embauche. Or, ici, sous prétexte que j'ai réussi un concours et que je suis employé par l'Etat, je suis, grosso modo, indéboulonnable jusqu'en juin.
Ai-je le droit de faire la fine bouche, de renoncer à ce travail durement acquis (en réussissant le concours, on se souvient, ou pas, dans quelles conditions), sous prétexte que je ne suis pas fait pour ce boulot, que je le fais mal, que je ne remplis pas ma mission et que j'y perds le sommeil? Puis-je m'autoriser ce luxe, de cracher dans la soupe, tout ça parce que je ne suis pas prêt à fournir les efforts nécessaires à ma titularisation? Car jouer le jeu jusqu'au bout, rentrer dans le moule et donner pleine satisfaction à mes formateurs et évaluateurs, c'est obtenir le droit de poursuivre ce même métier (pour lequel je ne suis pas fait, qui ne m'apporte aucune satisfaction et que j'aimerais arrêter dès que possible) pendant les quarante prochaines années, peu ou prou, qui me séparent d'une hypothétique retraite.
Je veux bien faire la part des choses, relativiser et ne pas penser qu'à moi, mais, bon. Si je baisse les bras maintenant, à part me retrouver dans la merde, socialement et financièrement, qu'obtiendrai-je? Un peu de tranquillité nerveuse, un renouveau de précarité, aucune garantie d'être embauché, où que ce soit, à quelque échéance que ce soit. La satisfaction de ne pas avoir gâché plus avant l'année scolaire des gamins confiés à ma charge. Et je pourrais continuer comme ça pendant des heures. Heures que je passe, régulièrement, notamment la nuit, à me poser ces questions, sans trouver de réponses définitives à y apporter.
Opter pour un renoncement à ma situation professionnelle actuelle, c'est choisir le retour en arrière, faire table rase de l'avenir offert, si clairement dessiné sous les projecteurs de ma vie programmée. C'est, aussi, et pas qu'un peu, décevoir ma famille, qui me voyait enfin tiré d'affaire, l'oiseau quitter le nid, pour voler de ses propres ailes vers un futur moins incertain qu'on ne le redoutait jusqu'alors. Bon. Puis-je me permettre les conséquences négatives de ma décision, si je la prends, et renonce aux avantages que me confère ma situation présente, pour instatisfaisante qu'elle soit? Autant de questions qui n'ont pas encore obtenu de réponse définitive.
J'ai passé les deux derniers jours, dans un état d'esprit ouvert sur l'avenir incertain, allongé sous la couette ou debout dans mon appartement, frigorifique en cette saison d'eau qui gèle. Je ne sais pas quelle est la température extérieure, mais j'ai vu des plaques d'eau gelée, sur les trottoirs, et des signes suggérant qu'il a pu neiger, hier ou aujourd'hui. Je ne suis sorti que pour aller m'acheter des céréales de petit-déjeuner (la base de mon alimentation) et passer deux à trois heures dans cette salle informatique. Je ne chauffe toujours pas chez moi, ce qui est sans doute une mauvaise idée, puisque je peux voir mon souffle former des volutes vaporeuses, comme quand il fait froid et humide, en plein air. Et les extrémités de mes phalanges s'engourdissent.
Comme j'avais du temps à tuer, et ça n'est pas fini, j'ai lu de bout en bout "Revolt in 2100", de Robert A. Heinlein, et ai gobé tout rond le dernier roman de Philip Roth, "Exit ghost", plus intéressant qu'"Everyman", mais loin d'égaler "The plot against America". Je suis revenu à "Bringing out the dead", de Joe Connelly, qui ne déchaîne pas ma passion (je ne l'aurais pas, sinon, laisser se faire brûler la priorité par deux autres romans), et qui risque, à cause de sa thématique un peu triste, de ne pas m'encourager à y consacrer ma soirée. Ce qui ne serait pas une mauvaise idée en soi, puisqu'il me reste à travailler sérieusement à la préparation de mes cours de la semaine. Il me reste huit heures à meubler, sous le regard scrutateur de ma tutrice, laquelle m'attend demain pour une séance de travail à laquelle je brûle d'envie de ne pas me rendre.
Encore huit heures à tirer, deux semaines de vacances et une décision, à l'issue de cette année deux mille sept, quant à la forme que prendra, en deux mille huit, mon enfer personnel: la conscience tranquille et la bourse vide, ou tension nerveuse, pression de la hiérarchie, insatisfaction professionnelle et gâchis sur toute la ligne? La question reste ouverte, je m'accorde le droit d'y réfléchir à tête reposée, dans une maison chauffée, pendant la trêve hivernale. Dans l'intervalle, quatre-vingt-dix heures à meubler, préparation de cours, lectures, sommeil, cours et rapports humains conflictuels. Faire la part des choses, assurer un minimum, me ménager un peu de tranquillité en pactisant avec l'ennemi? Tout laisser tomber, comme je sais si bien le faire? Le poisson est ferré, reste à voir quel goût aura la bouillabaisse.
Par Paraph
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Dimanche 16 décembre 2007
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22:01
Dimanche seize décembre deux mille sept. Vingt-deux heures deux. Passage éclair au domicile parental, le temps de récupérer mon courrier et dire bonjour à la famille. Semaine en demi-teinte; ni la première, ni la dernière. Comme points positifs, notons que j'ai à la fois le moral et la pêche. Parmi les points négatifs, passons sur les jours intercalaires, pour bondir tout de suite au nœud du problème, ma visite de samedi matin.
Samedi matin, hier, donc. Quinze décembre. J'ai fait l'objet d'une première visite de mes formateurs, dite "visite conseil". Le cours s'est plutôt bien déroulé, par rapport à la moyenne de mes cours. J'avais travaillé la veille pour ébaucher un plan de cours, je suis revenu sur l'ensemble des cours récents pour constituer le plan de ma séquence. Le tout se tenait à peu près.
Bilan de ma visite, debriefing subséquent. Le principal conseil que m'a donné ma formatrice, serait de changer de métier. Dans l'intervalle, j'écope d'une visite supplémentaire, la semaine de la rentrée (deux semaines ouvrables après la précédente, donc), pour voir si j'ai su intégrer les remarques constructives récoltées à l'issue de cet entretien. Autant dire que si je n'avais pas le moral, je serais démoralisé.
Précisons que cette formatrice, si pleine de reproches (pas nécessairement infondés), est la même qui, depuis le début de l'année, s'est rendue coupable d'une formation brouillonne, molle et creuse, qui a fortement contribué à la qualité de mes préparations de cours, et de ma gestion de classe. Je ne le lui ai pas tout à fait dit en face, mais quand j'y ai fait discrétement allusion, elle m'a séchement renvoyé vers ma tutrice. Je la verrai donc (ma tutrice) mardi après-midi, pour lui présenter mes plans de cours de la semaine, et mercredi après-midi, pour travailler trois heures d'affilée à corriger ce qui n'aura pas collé la veille. Joie.
Je me rends de mieux en mieux compte, grâce au révélateur psychologique que constitue l'expérience professionnelle, que je ne supporte ni la hiérarchie, ni la coercition, ni d'avoir à rendre de comptes à des supérieurs obtus et incompétents. Ma propre incompétence n'entre pas en ligne de compte, elle est le fait de mes supérieurs (c'est plus facile comme ça, hop, je ne suis pas à blâmer). Dommage. Mauvais métier.
Bilan des opérations, je vais:
- changer de métier, mais pas tout de suite.
- terminer l'année scolaire, à moins qu'on ne me vire d'ici là (à supposer qu'on en ait le droit).
- éventuellement remettre le couvert l'an prochain, si on m'y autorise.
Je ne baisse donc pas les bras. Et dans l'intervalle, je vais faire mon maximum pour essayer de faire correctement mon métier.
D'un point de vue statistique, puisque ces choses-là, à défaut d'avoir de l'importance en soi, me permettent de me rassurer, je suis à une semaine des cinquante pour cent. Il me reste, actuellement, cent vingt-huit heures de cours à prodiguer, soit trente-deux heures pour chacune de mes classes. C'est très peu. Je m'en réjouis, et me rends compte, avec stupeur, que j'ai gâché l'année de ces chers enfants. Dommage. Prenez-vous-en à l'éducation nationale, c'est elle qui a tout fait. Si je suis incompétent, c'est que leur système de recrutement est particulièrement débile (et ça ne va pas s'arranger).
Retour événementiel sommaire sur mes dernières journées. Mardi soir, après avoir passé la fin d'après-midi à l'institut de formation des maîtres, j'ai regagné mon domicile, où j'ai dormi de vingt-et-une à vingt-trois heures, puis de cinq à neuf heures du matin. Dans la nuit, j'ai terminé le recueil de nouvelles de Walter Jon Williams entamé le week-end précédent, "Facets", d'une grande variété mais d'une qualité constante, et j'ai avalé "Chagrin d'école", le dernier bouquin de Daniel Pennac. Ca parle de mon métier, et ça m'a permis de me poser beaucoup de questions quant à ma situation.
Le lendemain, malgré un réveil laborieux, j'ai assisté à une journée de formation sur les problèmes psychologiques et sociologiques des enfants. Encore une formation fumeuse et dispensable. Au milieu, réunion d'information des syndicats, qui essaient de récupérer, un peu tard, le vent de révolte, léger, qui souffle parmi les stagiaires. Screugneugneu. Couché tôt, avec le dernier Robert Charles Wilson, "Axis", entre les mains.
Jeudi treize, je me suis acquitté de ma mission avec brio. L'après-midi, j'ai dépensé une somme démesurée à acheter des disques. Je n'aurais pas dû, puisque, comme je l'ai constaté ce matin, je n'ai plus un rond; il va être difficile de finir le mois. Vendredi quatorze, j'ai laborieusement torché mes heures d'enseignement. Après avoir eu confirmation, la veille au soir, que je serais visité le lendemain matin, j'ai consacré le reste de l'après-midi à préparer ma visite. Avec le résultat que l'on sait.
Samedi quinze, après ma visite, retour sur Paris, où j'ai rejoint le domicile du Kolonel pour une partie de Conspirations, jeu de rôle, sous les auspices du Chat. J'ai dû partir avant la fin, et après m'être assoupi (très mal dormi la veille, un peu de stress, et levé vers cinq heures pour aller bosser), pour aller rejoindre une demi-douzaine d'anciens camarades de classe, dont Pik et Vanilkova, dans un restaurant vietnamien. Vers vingt-trois heures, débarquement chez Ramethep, pour m'endormir devant "Le hibou et la baleine", un film documentaire de et avec Nicolas Bouvier.
Ce matin, promenade en vélo dans le froid pour aller rejoindre Raspoutine et Vanilkova dans un restaurant tamoul proche de la Gare du Nord (pour dernier terrain vague). Bon, copieux, pas cher. Après-midi à Massy, partie d'Earthdawn (campagne commencée il y a tout juste un an). Crochet parental. Programme de la soirée: prendre le dernier train pour Orléans, lire un peu et dormir trois à quatre heures.
Programme de la semaine: survivre au naufrage de cette fin d'année. Maquiller mes préparations de cours pour leur donner l'apparence de la respectabilité. Dormir un maximum. Demain matin, observation de classes de collège, en banlieue d'Orléans. Mardi, squat au lycée pour préparer mes cours. Mercredi, si je ne parviens pas à y couper court, séance de travail avec ma tutrice; si j'arrive à m'y dérober, repas de noël avec mes co-stagiaires. De jeudi à samedi, lente crucifixion. Samedi, début de vacances, deux semaines pour dormir et préparer mes cours du mois de janvier.
Du coup, je peux confirmer que je ne prendrai pas les anti-dépresseurs prescrits par mon gentil médecin de quartier. Si on ne me vire pas d'ici là, j'assurerai toutes mes heures de boulot, et je me rendrai à toutes les formations qu'on voudra. J'ai le sentiment que ma déprime saisonnière a pris fin, un peu plus tôt que certaines années. Du même coup, je ne suis pas allé au cinéma cette semaine. Côté lecture, j'ai réglé leur compte à "Axis" (très bon), puis à "Maigret et la vieille dame", de Simenon, et je suis à cheval sur "Revolt in 2100", de Robert Heinlein, et "Bringing out the dead" (adapté en film par Scorsese, "A tombeau ouvert" dans la version française), de Joe Connolly. Et le dernier Philip Roth, "Exit ghost", me nargue depuis ma table de chevet.
Par Paraph
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Mardi 11 décembre 2007
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Mardi onze décembre deux mille sept. Dix-sept heures trente-sept. En direct de la salle informatique de l'institut universitaire de formation des maîtres, où je viens de passer deux heures connecté au monde extérieur. Comme je n'ai toujours pas d'ordinateur (penser à en acheter) ni de liaison internet à domicile, je profite de l'accès proposé par l'institut. Je me connecte quotidiennement depuis la salle des profs, au lycée, quand j'y suis. C'est-à-dire, sauf imprévu, exclusivement du jeudi matin au samedi midi. Chanceux moi.
Depuis ma dernière entrée, les choses n'ont pas beaucoup évolué, mais mon moral a nettement progressé. Je suis bien décidé à ne pas suivre le traitement prescrit par mon médecin. Je considère que je n'étais pas dans mon état normal quand je suis allé le consulter, que j'ai sans doute un peu forcé le trait pour l'amener à émettre un jugement du type constaté. Je n'en suis pas fier, mais ça a marché.
Au-delà de considérations sur les pressions professionnelles et les changements survenus dans ma vie personnelle depuis l'été dernier, je peux constater que, d'un point de vue statistique, et ce, depuis des années, je suis plus facilement morose, et je dors beaucoup plus, en novembre-décembre, que le reste de l'année. C'est d'ailleurs une des raisons pour l'échec de mes études: quand je n'ai plus la force de volonté de me lever avant midi, voire avant seize heures, les cours du matin ont tendance à passer par-dessus bord avec l'eau du bain. La métaphore est maladroite, mais je me comprends.
Conclusion: non, je ne suis pas en pleine dépression. La vie est belle, et j'en profite à pleines dents. J'ai des bières belges plein mon frigo, et des cartons remplis de livres qui n'attendent que d'être lus. Il me manque bien des étagères, un canapé et une femme dans mon plumard, mais ça n'est pas une raison pour désespérer. Il y a des raisons de désespérer, d'un point de vue purement existentiel et métaphysique, mais ma vie quotidienne n'a rien d'invivable. Je vais bien. Je suis heureux. Rendez-vous en fin de semaine, quand je serai en morceaux et que mon moral sera réduit à l'état de loque, pour en reparler.
J'ai oublié de préciser que la semaine dernière, de passage dans le quartier latin, j'ai vu, pour la première fois en entier (sans m'endormir devant), "Blade runner", le film, qui n'a pas grand-chose à voir avec le roman qui en fut l'origine. Je trouve que cette œuvre a très bien vieilli, sans doute parce qu'il n'y a pas de débauche d'effets spéciaux. L'ambiance cyberpunk est frappante.
Quelques notes en vrac sur ma vie ces derniers jours, la salle info va bientôt fermer. Dimanche, partie de Shadowrun très agréable. Scénario complexe, interaction dynamique, moral reboosté et suite au prochain épisode (en janvier deux mille huit). Avec les vacances, et les fêtes afférentes, le calendrier rolistique risque d'être quelque peu perturbé.
Dans la nuit de dimanche à lundi, après avoir bu le thé et joué au boggle avec ma tante, j'ai été malade, vomissement et nez encombré. Au matin, pas très en forme, à peine dormi. En rentrant sur Orléans, j'ai passé l'après-midi chez Ramethep, avec Vertige en soirée, le temps de lire des bandes dessinées et de manger une pizza. Retour par le dernier train.
Cette nuit, j'ai dormi dix heures, et j'aurais dormi davantage si j'avais pu. Mais je suis content d'avoir pu me lever, ça suggère que le passage à vide de la semaine dernière n'était rien de plus. J'aime ce genre de suggestion. Il est bientôt dix-huit heures, le soleil s'est couché il y a deux heures, et je vais rentrer dans le froid nocturne. Demain, formation commune, coup d'envoi vers neuf heures du matin. La nuit sera courte, ce qui est peut-être une bonne chose.
Programme de la soirée: au choix, préparer mes cours, et bouquiner. Je pense opter pour la seconde option, je suis encore sous le coup de ma gastro d'hier. En chantier depuis samedi, "Facets", un recueil de nouvelles de Walter Jon Williams, publié en mille neuf cent quatre-vingt-dix, avec une introduction par Roger Zelazny. Plus je lis ses œuvres, plus j'apprécie cet auteur. Je désespère de parvenir à mettre la main sur tous ses romans et l'essentiel de ses nouvelles. Pas facile.
En instance d'être entamés, "Axis", le tout dernier roman de Robert Charles Wilson, qui fait suite à "Spin" (dans l'ordre de publication ET d'un point de vue narratif), et le tout dernier Pennac, que j'ai acheté tout à l'heure, en passant par hasard devant une librairie. Penser à me mettre quelque chose de chaud dans l'estomac. Au hasard, des saucisses aux lentilles, il m'en reste justement une boîte.
Par Paraph
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Dimanche 9 décembre 2007
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Samedi huit décembre deux mille sept. Minuit vingt-cinq. Aujourd'hui avait lieu, à Lyon, la fête des lumières. Je n'y étais pas. J'ai passé la journée à Orléans. J'ai un peu l'impression de me trouver, tant métaphoriquement que physiquement, à la croisée des chemins. L'image est belle, conservons-la.
La semaine a été, un peu comme les précédentes, difficile à vivre par certains aspects, plus facile à surmonter, par d'autres. Dimanche dernier, comme indiqué précédemment, j'ai déjeuné en compagnie paternelle et sororale, avant de me rendre à Massy pour mon épisode ludique hebdomadaire. Partie d'Earthdawn, la campagne commence vraiment à prendre de l'ampleur. Je m'aperçois qu'elle a dû débuter il y a tout juste un an. Le temps passe donc bel et bien vite.
Après avoir regagné mon domicile orléanais, vers une heure et demie du matin, je me suis couché de bonne humeur. Au matin, je n'avais plus la tête à me sentir bien. J'ai laissé passer l'heure du réveil, pour dormir jusqu'à une heure indéterminée de l'après-midi. Tant pis pour mon stage en collège. J'ai invoqué un malaise passager, pour reporter ma séance d'observation à la semaine prochaine.
L'après-midi s'est passée dans le plus grand calme, à avancer ma lecture d' "Accelerando", de Charles Stross. Ce roman fourmille d'idées plus audacieuses les unes que les autres, les personnages sont attachants, quoique parfois inhumains. Le roman couvre trois générations d'une famille hors-norme, entre les années deux mille vingt et un avenir indéterminé. On commence dans un contexte cybperpunk très gibsonien, pour migrer vers un phantasme post-humain destructuré et aboutir, en fin de course, à un retour sur terre (mais dans l'espace), avec des versions recomposées des personnages précédemment introduits. Le tout sans la confusion qu'on pourrait croire. Si Maurice Dantec avait à la fois des idées et du talent, il pourrait avoir envie d'écrire ce genre de roman. Mais je n'ai pas lu ses deux derniers pavés, donc il me manque peut-être un maillon pour juger.
En fin d'après-midi, en ce lundi trois décembre, j'ai mis les pieds dans mon lycée, pour la première et dernière fois de la semaine. Conseil de classe de ma seconde, qui se trouve être, ni plus ni moins, la meilleure seconde du lycée, programmée pour réussir, et hop, tiens donc, elle réussit. J'ai fait la plante verte dans coin, opinant du chef à toutes les inititatives et à tous les commentaires des collègues. Affaire rondement menée. Une heure vingt plus tard, j'étais dans le train pour Paris.
J'avais en tête, initialement, de passer chez Ramethep. J'ai fini par prendre le chemin du domicile banlieusard de Vertige, prêt à m'accueillir pour la nuit. Entre-temps, coup de fil de Ramethep, que je finis par rejoindre chez lui. Ca me faisait moins loin. Discussion molle, tasses de thé et effondrement sur le tapis, devant un western spaghetti de la dernière période, "Keoma", la suite thématique de "Jango". C'était beau, mais je n'ai pas tenu.
Mardi quatre décembre. Parti aux aurores pour sa matinée de travail, Ramethep est revenu sur le coup de treize heures. J'ai mangé froid le bobun commandé la veille au soir, en sus d'une salade de nouilles qui m'a rassasié. Vers quinze heures, j'ai laissé mon hôte travailler dans son studio. Edriwing m'a donc accueilli dans son appartement, entre deux appels téléphoniques. J'ai regardé un concert de la chanteuse de jazz Amy Winehouse. Et j'ai lu la suite d'une bande dessinée américaine vieille de six ans. Pour aider Edriwing à reprendre son régime, j'ai mangé une pleine poëllée de patates au fromage.
Le soir, rencard dans un rade coréen près de Nation, avec Raspoutine, sa petite famille (y compris une belle-mère fraîchement importée du Japon pour la circonstance), le Sultan et une figurante avenante. Bonne chère, grillades, bière coréenne, hourra. Retour chez Ramethep, absent mais généreux en clés, vers vingt-trois heures et des brouettes. Discussions diverses, notamment autour du Beau Brummel, une nouvelle marotte du Sultan. Retour de Ramethep, crash général sur le tapis.
Mercredi cinq décembre, réveil tardif mais pas assez. Pizza, comatage, lecture de "Calvin & Hobbes" dans un demi-jour pluvieux. Avons déserté Ramethep en fin d'après-midi. Zonage dans les rues de Paris, découverte fortuite d'une librairie spécialisée dans le roman policier, musé, chiné, fait des emplettes. Notre dérive a pris fin dans une gargotte du cinquième arrondissement, toujours la même, autour d'un bobun, d'une bière chinoise et d'une théière. Dispersion des troupes, chacun vers son train régional, lui vers le Nord, moi vers le Sud.
Problème en gare d'Austerlitz, un passager s'étant jeté sous la locomotive d'un train précédant le mien. Bilan des courses, deux heures et demie de retard, retour sur Orléans vers minuit et demie. Manque évident de motivation. Je me suis mis au lit avec "Maigret et la grande perche", second roman de Simenon à mon arc.
Jeudi six décembre, impossible de me lever. Le cœur n'y est pas, la raison n'en veut pas être, la tête bourdonne et les pieds sont froids. Le réveil sonne et me trouve inerte, l'atmosphère est pesante, j'appelle, en désespoir de cause, le lycée pour annoncer mon absence. Je suis absent, eh oui, une fois de plus. Autant l'avouer tout de suite, et j'en suis bien conscient, mais abîmé dans mon marasme matinal je suis incapable d'intégrer la chose en une réalité opératoire convertible en action, c'est une très mauvaise idée. Mais pas tout à fait une idée, plutôt l'ombre d'une idée fixe qui rôde, qui répand des filaments sournois sous moi et me plaque à ma couche.
La prostration a duré tout le jour. Et la nuit qui a suivi. Et la matinée suivante. Et jusqu'en début d'après-midi. Vers quinze heures, j'ai fini par prendre mon mal en patience, mon courage à deux mains et ma banane dans l'autre. Précisons que nous sommes à présent vendredi sept décembre, hier donc, que dans la matinée j'ai contacté le lycée pour prolonger mon absence, voire l'étendre au samedi matin, et que dans l'intervalle, depuis le bobun de mercredi donc, je n'ai rien mangé.
Jeudi soir, j'ai tenté d'appeler mon médecin, qui m'a dit qu'il ne traitait pas, mais qui m'a parlé, quand je lui ai demandé de me recommander quelqu'un, d'une Arménienne exerçant près de chez moi, dans une rue nommée d'après un président mort. Pour clarifier mon propos, je préciserai que le médecin contacté était celui qui m'avait, il y a deux mois, examiné et trouvé apte pour le service. Un médecin professionnel, donc, spécialisé dans les verdicts légaux.
Vendredi, quinze heures, je sors sous la pluie, hagard et peu locace. J'erre au petit bonheur, à la recherche d'une plaque de médecin pouvant m'ausculter. Dans la rue présidentielle précédemment évoquée, je finis par tomber sur une plaque, avec numéro, d'un médecin qui reçoit. Je note le numéro, je l'appelle et il me fixe rendez-vous pour le soir. Je repars, jusque chez moi, toujours sous la pluie, le moral en berne, autant l'avouer. Devant le vide stomacal, j'avise la vacuité frigidérienne afférente, et j'opte pour une escale au supermarché local, histoire d'acheter quelques yaourts. Suspense.
Sur le chemin du supermarché, j'aide un quidam à faire démarrer sa tuture, que je pousse vaillamment, courant à petites foulées au milieu de la chaussée. A peine essoufflé, je reprends le chemin de ma supérette, le bolide libéré de sa gangue de béton, un peu déçu de ne pas m'être évanoui. Merde, quoi, ça fait tout de même quarante-huit heures que je n'ai rien mangé! On ne peut plus compter sur les pommes pour amortir la chute programmée des bonnes poires.
Passons sur la suite de mes aventures supermercatiques. J'ai passé le reste de l'après-midi à lire. Dans le marasme consécutif à ma méforme de la veille, j'avais réglé son compte au petit père Maigret (dans le train mercredi, pour être précis, trois heures d'attente, ça se meuble), entamé et ingurgité "Tragic city blues", de Didier Daeninckx (roman publié en quatre-vingt-huit), et amorcé la descente en règle de "The rotters' club", de Jonathan Coe. Hop. Chez le médecin.
Après consultation, j'ai obtenu un arrêt de travail pour les trois jours chômés de cette semaine, ainsi que les deux suivants. Le médecin m'a conseillé une prise de sang, réconforté dans ma douleur, et prescrit des anti-dépresseurs. Bon. Ah. C'est que. Je n'ai jamais fait ça. En toute franchise, je m'attendais à une cure de vitamines, là ça fait peut-être beaucoup. Encore que. Ces coups de blues à répétition, dont je suis frappé depuis quelques mois, ne relèvent-ils pas de la dépresion? L'automne, froid et ténébreux; le travail, cet inconnu mangeur d'homme; l'autonomie, cette grande liberté conjuguée à l'exil d'un poste en province; l'effroyable pression pesant sur les épaules du stagiaire jusqu'alors insouciant étudiant fumiste; tout cela n'a-t-il pas conspiré pour me jeter dans les affres béants de la dépression? Hmm? Je vous demande un peu.
La question n'est pas simple. Quelle est la part de désespoir réel, de goût de l'échec et de malaise saisonnier? Etre adulte, autonome et responsable, c'est aussi savoir faire face au quotidien, celui que connaissent des millions d'humains. Les pauvres. Je m'interroge donc sur la tournure que va prendre ma vie, enfin, ce petit segment de vie. Prendre, ou ne pas prendre les anti-dépresseurs? Je me dis que je dois pouvoir y arriver sans, que je ne vis pas dans un mal-être permanent, qu'au fond, à trop m'écouter, m'auto-flageller, me complaire dans mon immobilisme, je ne fais que repousser une échéance pourtant facile à admettre, une fois qu'on a résolu de foncer dedans tête baissée, de fournir le coup de collier nécessaire et d'assumer les conséquences de ses actes. Je me dis beaucoup de choses, en fait. Je monologue même assez sec.
Bilan des opérations, je suis rentré chez moi, ai appelé la visiteuse du samedi matin, qui ne viendra pas observer mes classes, ni rendre un premier verdict sur ma pertinence professionnelle future, j'ai mangé quelque chose et me suis enfoui sous la couette, avec les derniers chapitres du "Rotters' club" (qui était très bien, comme tous les romans de Jonathan Coe dévorés jusqu'ici) et les trois-quarts d'un San-Antonio, mon tout premier, eh oui, comme quoi ces choses-là arrivent à tout âge. "La vérité en salade". Une découverte mémorable, des jeux de mots débiles à toutes les pages. Ma plongée dans l'histoire du polar se poursuit.
Ce matin, samedi huit, fête des lumières à Lyon, j'ai dormi jusqu'à midi, par intermittences. Moral plutôt bas, au réveil, que j'ai pu raisonner en me disant que la fatigue et la faim y étaient peut-être pour quelque chose. J'ai achevé "La vérité en salade", ai déjeuné petit, pris mon balai par le manche et mon courage à deux mains (et le balai dans l'autre, mais je me répète), et en deux heures de temps, j'ai pu ranger, nettoyer et conditionner mon appartement à ma visite du samedi soir.
Mes parents sont donc venus me voir, en compagnie de ma sœur, avec en sus un meuble en kit. Visite sous la pluie du centre-ville, en voiture, puis ensevelissement dans la pénombre d'une cathédrale fort opportunément située en centre-ville. Je l'avais déjà remarquée. Moins haute qu'à Beauvais, mais mieux entretenue. Odyssée dans un centre commercial en périphérie de la ville, pour remplacer mon four à micro-ondes défectueux. On m'appellera dans un mois, et je devrai le reprendre. J'en ai profité pour piller le rayon bières, mystérieusement importé, en masse, de Belgique. Pendant ce temps, ma sœur montait ma penderie.
Dîner dans mon palace. Ambiance chaleureuse qui m'a remis du beaume au cœur. Retour en voiture, avec les parents, jusqu'à leur domicile. Bilan de la semaine assez ambigu, donc. J'attends de voir où ça va, mais je pense que je vais arrêter de contempler l'abysse, parce que mon nombril me regarde en retour. Pour paraphraser Nietzsche, à défaut de Schopenhauer, que je n'ai toujours pas lu.
Par Paraph
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Dimanche 2 décembre 2007
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11:42
Dimanche deux décembre deux mille sept. Onze heures quarante-deux du matin. L'année deux mille sept n'en finit pas de mourir; le mois de décembre aura sa peau. Pour ma part, confronté, comme tous mes collègues et nos ouailles, à l'année bancale, à cheval sur deux exercices civils, je désespère d'en voir le bout. Je ne désespère, d'ailleurs, pas que de ça. En ce moment, autant l'avouer, le moral n'est pas follichon; ou alors, un jour sur deux, un jour sur trois. Je me suis interrogé, dans mon for intérieur, et en dedans de ma propre singularité, qu'il faut bien peupler, quant à savoir s'il s'agissait d'une dépression. Je m'interroge toujours. A vrai dire, je n'y connais rien.
Retour sur le week-end dernier, événementiellement parlant. Je ne sais plus au juste ce que j'avais mentionné. Le samedi après-midi, traversée de Paris, fraîchement débarqué de mon train en gare d'Austerlitz, comme tous les samedis vers treize heures quarante. Partie de jeu de rôle chez le Chat, convertie en visionnage de disques vidéo versatiles (hop, anglicisme, en fait, ça veut dire "polyvalent", mais j'ai voulu conserver l'acronyme), avec consommation de bières et squattage de canapé en compagnie du Kolonel. "Les mille merveilles de l'univers", un long-métrage confus qui suggère Tarkovski, et "Believers", secte millénariste contre secouristes dans la campagne américaine. Bonne ambiance, ça fait du bien de revoir des amis.
En soirée, crochet par le coin sud-ouest de Paris, pour l'anniversaire de Tonga. Comatage sur un canapé pendant que des profs de maths faisaient des équations dans un coin, blagues récurrentes sur le président de tous les Français, échanges de bons mots. Je me suis endormi sur le canapé, entre deux tartes sucrées. Sur le coup d'une heure du matin, j'ai fui, à regret, pour gagner le coin sud-est, avenue d'Italie, pendre la crémaillère du Loup. Soirée enfumée, appartement peuplé d'inconnus. Quelques conversations intéressantes. Rien à manger, et pas enthousiasmé par mon verre de Suze, qui a duré jusqu'au matin.
Dimanche vingt-cinq, j'ai pris, vers six heures, le premier métro, ou son successeur, pour aller dormir quatre heures en banlieue, avant de déjeuner avec mon père. Et ma sœur, qui vient de quitter le lycée, par phobie scolaire, et de s'inscrire au centre national d'enseignement à distance (ou de le projeter), avec le bac à la fin de l'année, bon courage. Remarquez, je la comprends. Si je pouvais quitter le lycée sans préjudice, moi aussi, je le ferais à l'instant. Au lieu de quoi, il me reste soixante pour cent de mon service à tirer, un peu moins des deux tiers de l'année, donc. Je trouve le temps long.
Dimanche dernier, partie de Shadowrun, mais je l'ai sans doute déjà dit. Je me répète, ça doit être le métier qui rentre. Ma sœur à mal aux pieds. Dimanche soir, la partie a duré trop tard, j'ai raté mon train et suis resté dormir chez Vertige. Du coup, ma séance d'observation en collège, prévue le lundi matin, n'a pas eu lieu.
Lundi vingt-six novembre deux mille sept. J'ai donc dormi onze heures sur le plancher du studio de Vertige, avant d'aller, en sa compagnie, manger un pho dans le treizième arrondissement. Location de vélo libre jusqu'en gare d'Austerlitz, où j'ai pris le train de quinze heures et quelque. De retour sur Orléans, je suis passé au lycée, histoire d'entrer mes dernières moyennes dans l'ordinateur cosmique, avant d'assister à un conseil de classe. Le vice-proviseur, qui présidait, ne m'a fait aucune remarque quant à mon absence de la semaine précédente. Je n'ai reçu aucune convocation pour m'expliquer sur l'anarchie qui règne dans mes classes. Bon. Attendons, ça ne saurait tarder.
Après mon conseil de classe, sur un coup de tête doublé d'un coup de blues, j'ai repris le train pour Paris, où j'ai rejoint Ramethep, avec des bières, une pizza et un cafard léger. J'ai mangé la pizza, bu les bières, dormi sur son tapis et regardé, en sa compagnie, quelques épisodes de "Futurama". Et joué au Trivial-Pursuit, parce que ça me fait du bien de me confronter au néant de l'existence en accumulant des bouts de plastique de couleur.
Quatre heures de sommeil plus tard, mardi vingt-sept, re-train pour Orléans, journée de formation disciplinaire. Rien de bien foisonnant. Tentative de mobilisation de mon groupe de stagiaires, accueillie mollement par les autres groupes. En fin d'après-midi, je me suis couché. J'ai dormi quinze heures d'affilée, toujours la lumière allumée, en remuant des pensées diverses. Précisons que je n'ai toujours pas branché le chauffage; pas la peine quand je suis sous la couette. Je vis donc dans un frigo, au milieu des cartons.
Mercredi vingt-sept, j'avais une formation inter-disciplinaire, ou commune, à laquelle je ne suis pas allé, puisque je dormais. Le matin, j'ai dormi. Le midi, je suis allé manger à la cantine de l'institut de formation. Avec mes condisciples. L'après-midi, j'ai participé à la formation. D'ici dix jours, je devrai avoir formulé mes vœux pour le premier tour des mutations. En gros, avoir choisi dans quelle région j'aimerais bien souffrir l'an prochain, si je persiste dans le métier. Je pense opter pour l'Ile-de-France, c'est la seule région où j'ai des chances de pouvoir être admis. Et puis, ça me ferait un retour au pays.
Mercredi soir, plutôt que de broyer du noir, brûler de l'électricité et ressasser des pensées rances, j'ai repris le train pour Paris. Survolté, j'ai débarqué chez Tonga, avec des bières pour accompagner ma logorrhée, des chips pour accompagner les bières, et mon réveil pour ne pas rater l'heure du départ. J'ai quitté Tonga peu après le retour de la Souris, qui dort dans le même lit, un peu comme une rivière, et j'ai rejoint Ramethep en son logis, avec les dernières bières, une pizza et moins d'une heure de disponibilité. Pizza, bières, discussion. J'ai pris le dernier train pour Orléans, rentré chez moi vers une heure vingt du matin, rasséréné. Quand même.
Le jeudi matin, levé vers six heures avec la patate. Le jeudi matin ne se passe jamais mal, ou à peine. J'ai trois heures de cours en demi-groupes, une quinzaine d'élèves à la fois, je gère presque. En outre, un pré-avis de grève avait été déposé par les syndicats tant lycéen qu'enseignants, en raison d'une manifestation contre l'expulsion menaçant une élève du lycée. J'ai tout de même fait cours (je n'aime pas les mouvements de masse, donc j'ai évité la manif), à deux élèves, puis à zéro. J'en ai profité pour rattraper une partie de mon retard dans le compte-rendu de mes cours, que j'avais délaissé depuis trois semaines. Et hop. Journée de travail bouclée.
Retour en mon rechet, pour trois heures de correction de copies, avant de retourner au lycée en fin d'après-midi, pour me connecter à internet (toujours pas d'accès à domicile) et participer à un conseil de classe. De retour en début de soirée, j'ai étrenné ma passoire, en me faisant cuire des pâtes, pour la première fois depuis que j'ai emménagé, il y a trois mois. Correction de copies jusqu'à une heure du matin.
Le vendredi trente, les choses se sont moins bien passées. Une discussion avec ma tutrice m'a remis les idées en place, donc tout en bas de mon échelle du moral, mes cours ne se sont pas bien passés, et j'ai connu une nouvelle vague de désespoir. La routine, donc. Précisons que le matin, mon enthousiasme, au sortir de mon logis, avait atteint son plus haut niveau de la semaine. Confiance en moi, etc. Le soir, j'ai fait un crochet par le ciné de mon quartier, où j'ai vu "Viens dormir chez moi", une comédie triste avec des gens tristes. Kébab près du ciné, puis retour chez moi. Dormi de vingt-et-une heures à une heure du matin, puis de quatre à six. Dans l'intervalle, j'ai broyé du noir, avant de mettre de la musique, qui m'a aidé à passer la nuit. Et j'ai lu.
En cours de lecture, "Accelerando", de Charles Stross. Roman post-humain un peu poussif, très dense, dans la continuité de Gibson, dans l'espace, avec de la nano-technologie et des trous de ver. Je persiste dans ma lecture, malgré l'envie d'entamer autre chose. Ca n'est pas le stock qui me manque, non plus que l'envie de me détendre, distraire, étirer vers une altérité amnésiante de soi. Un peu. Tout de même. Parce que ça n'est pas facile tous les jours.
Hier, samedi premier décembre, les cours se sont mieux passés que la veille. J'ai eu des bonnes idées, mal exécutées, mais presque bien accueillies par les élèves, au moins un tiers d'entre eux. Après avoir lâchement fui le lycée, comme chaque samedi midi depuis trois mois, en considérant avec délectation les dizaines d'heures me séparant de mes cours suivants, j'ai pris le train, où j'ai somnolé, avant de traverser Paris en vélo libre, en trois temps.
Bobun et achat de livres avec Tonga dans le quartier latin, puis éclusage de bières chez Ramethep, avec le public de passage, avant de rejoindre Edriwing et ses quarante invités dans une cantina mexicaine surpeuplée, à deux mètres d'un orchestre de mariachis survoltés. Répertoire latino consensuel, brouhaha peu propice aux conversations, bonne ambiance mais cadre trop étroit. Anniversaire. Longue attente entre les plats. Vers minuit, avons pris la tangeante, le Sultan et moi, pour rejoindre Ramethep en sa demeure. J'ai dormi par terre pendant qu'ils regardaient Chuck Norris tuer des gens.
Ce matin, réveillé l'angoisse au ventre. J'ai lu, dans la pénombre, des bandes dessinées de Larcenet, avant de partir comme un voleur, dans le petit matin. Au programme de la journée, déjeuner en famille, partie d'Earthdawn et dernier train pour Orléans. Demain matin, stage en collège, conseil de classe le soir, et réitération de l'ensemble du cirque professionnel. Samedi prochain, visite d'une formatrice le matin, et de mes parents le soir. J'aurai fait le ménage. Ca tombe bien, mon appartement a bien besoin d'un coup de balai. Parce qu'avec tout ça, je ne suis pas exactement une fée du logis. On ne peut pas tout faire à la fois, déprimer me prend déjà pas mal de temps.
Par Paraph
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Dimanche 25 novembre 2007
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12:10
Dimanche vingt-cinq novembre deux mille sept. Midi onze. Intervention rapide, voire précipitée, pour dresser le bilan d'une semaine un peu bancale. Grosse baisse de morale, coup de mou, panne de jus, en milieu-fin de semaine, heureusement jugulée. Je pense.
Avec la grève des transports, je suis resté sur Paris, ou sa région, jusqu'au mercredi vingt-et-un. Un train opportunément attrapé en fin de journée m'a permis d'être présent sur Orléans dès mercredi soir. Saisi d'une sourde angoisse, j'ai très mal dormi la nuit suivante. J'ai pu me forcer à aller au lycée jeudi matin, assurer mes enseignements, mais dès la fin d'après-midi, j'ai sombré dans un demi-jour maussade, incapable d'entreprendre quoi que ce soit. Je suis resté trente-six heures d'affilée allongé sur un matelas, la lumière allumé, à dormir par intermittence. Je n'ai pas fait cours. Pas de certificat médical, puisque pas de symptôme physique. Troisième itération cet automne.
Vu de l'extérieur, puisque j'en suis sorti, et je compte bien m'en tenir éloigné, ça ressemble à un épisode dépressif léger. De nombreux facteurs expliquent la situation (et distribuent le courrier), de l'isolement, à l'inadéquation entre ma vocation et le métier que je suis amené à exercer, trop d'autonomie, travail difficile nerveusement, les enfants, le regard des autres. Je n'ai jamais été un individu très organisé, plutôt bordélique, en fait. Du genre à laisser traîner les choses jusqu'au dernier moment, voire après. Et là, irruption brutale de la vie réelle dans mon cocon, la mauvaise volonté vivace et la représentation erronée me tombent en plein sur la gueule. Manque de bol.
Aujourd'hui, ça va mieux. Et j'ai résolu de ne pas retomber dans ce genre de mare. Ca ne serait pas productif, et j'aurai la conscience plus tranquille si je fais mon maximum, ou si du moins j'essaie de m'en approcher. Donc, bon. Nouveau départ, nouvelles bases, au moins dans ma tête. C'est important, ma tête. C'est là que se joue l'essentiel.
En vrac, ai vu Edriwing, dans la nuit de mardi à mercredi, ainsi que Vertige, pour une partie de jeu de plateau, un film sur écran géant de salon et une traversée de Paris en vélo, sous la pluie. Pizzas, excursions en banlieue, retour le lendemain. Passons sur les détails.
J'ai profité de mon séjour orléanais, certes tronqué, pour découvrir un magasin de disques musicaux, devant lequel je passais pourtant chaque matin, mais jamais aux horaires d'ouverture. J'y suis passé, j'y ai acheté mes premiers disques depuis belle lurette. Un des avantages de la vie active, la paie. J'ai également découvert une librairie spécialisée dans le polar et la science-fiction, à cinq minutes à pied de chez moi, qui dépose le bilan dans trois semaines. Coïncidences de la vie.
Pendant mon passage à vide de milieu de semaine, j'ai raté un conseil de classe, pendant lequel le délégué s'est empressé de signaler au proviseur-adjoint l'ambiance anarchique régnant dans mes cours. Il n'a pas tort, mais bon. Profiter de mon absence pour aller me dénoncer aux plus hautes instances de la boîte, ça fleure bon Vichy. Le proviseur-adjoint a résolu de me convoquer pour enquête. Ca tombe bien, j'ai de nombreuses absences injustifiées desquelles rendre compte. Je sens que cette semaine sera longue et frustrante.
La première visite d'un de mes cours par une formatrice de l'institut de formation aura lieu, non pas hier matin comme initialement prévu, mais bel et bien dans quinze jours. Ca tombe bien, je n'étais pas prêt pour hier. Je l'ai su la veille, ce qui n'a pas peu contribué à m'embaumer le cœur. J'ai donc deux semaines pour redresser la barre, urgemment, avant que le navire ne heurte davantage d'écueils et ne menace de sombrer. Quatre semaines avant noël. Tenir bon? Durer.
Côté cinéma, rien. L'écran noir de mes draps gris, de mes nuits blanches, comme dit la chanson. Niveau lecture, je me suis péniblement extirpé de "Messiah", de Gore Vidal, somme toute assez déprimant. J'ai enchaîné avec le très agréable "Swordspoint", roman de cape et d'épée, publié il y a vingt ans par Ellen Kushner. De la fantaisie sans magie, avec des escrimeurs et des sentiments. Il y a deux suites, que je lirai à l'occasion. J'ai enchaîné avec mon tout premier Simenon, "Les vacances de Maigret", qui m'a donné envie d'en lire davantage. En cours de tronçonnage, "The last colony", de John Scalzi, troisième roman du cycle en cours, faisant suite à "Old man's war" et "The ghost brigades". De la bonne science-fiction, pas encore traduite, mais ça ne saurait tarder. L'auteur était à Nantes en début de mois, mais je l'ai raté.
Programme de la journée, voire de la semaine, tant qu'on y est: aujourd'hui, partie d'Earthdawn à Massy, puis retour à Orléans. Le soir. Dans l'obscurité, le froid et les hurlements de loups. Demain matin, réveil vers six heures, stage en collège, observation-dissection. En fin de journée, passage au lycée, pour un conseil de classe inquisitorial (présidé par notre ami le vice-pro). J'en profiterai pour entrer mes dernières notes dans l'ordinateur calculateur de moyennes, faire des commentaires constructifs sur les résultats trimestriels de ces chers bambins, et si j'en ai le temps, me connecter. Toujours pas d'accès internet hors de mon lieu de travail. Ca n'est pas sain. Deux journées de formation, quatre-vingt-dix copies à corriger et rendre d'ici jeudi. Je n'aurai pas le temps de m'ennuyer. Tant mieux, apparemment, ça ne me réussit pas.
Par Paraph
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Lundi 19 novembre 2007
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11:28
Lundi dix-neuf novembre deux mille sept. Onze heures vingt-neuf du matin. Le temps m'a manqué pour mettre à jour ce journal la semaine dernière. Du coup, en deux semaines, ma mémoire événementielle s'est émoussée, et certains détails sont perdus à jamais. Envisageons donc l'intervalle sous un angle sommaire, par le gros, ou le petit, bout de la lorgnette.
Mes vacances ont pris fin il y a une dizaine de jours. La transition, le retour aux réalités professionnelles, ont été difficiles. Après avoir tergiversé sur la date exacte de mon retour sur Orléans, j'ai opté pour le tout dernier moment. Le lundi cinq novembre, au hasard d'une conversation de bar avec Tonga et Ramethep, j'ai décidé de passer la journée du lendemain sur les terres du Sultan, dans la banlieue de Beauvais. Maintenant que je dispose du pouvoir d'achat suffisant à l'acquisition inopinée de titres de transport.
Arrivé en milieu d'après-midi sur Beauvais, en ce mardi six novembre deux mille sept, j'ai parcouru, en compagnie du Sultan, les rues froides, les froides rues, les avenues ternes et les artères marchandes du centre-ville tristounet, de cette petite ville de Picardie. La cathédrale, aussi grande mais moins bien entretenue, que celle d'Orléans, a reçu notre visite. Je n'y avais pas mis les pieds depuis cinq ou six ans. Des travaux sur le parvis suggéraient le débloquement partiel de fonds de restauration. La cathédrale de Beauvais comporte une horloge atomique, astronomique, avec des clepsydres et/ou d'astucieux mécanismes. Ca date du Moyen-Âge, c'est très beau, et une visite guidée permet d'en faire le tour. Avec audio-conférence portative, dans les casques fournis à cet effet.
La cathédrale de Beauvais est tellement monumentale et mal fichue, qu'elle comporte, à l'intérieur, des étais, des grandes poutres de bois dont le but est de soutenir les différents murs, pour éviter qu'ils ne s'effondrent. Ca rassure. Depuis sa construction, elle s'est, apparemment, déjà effondrée deux fois, avec des gens dedans, sur eux, enfouis sous les décombres, hop. C'était il y a longtemps. Aujourd'hui, outre les étais, elle comporte des filets, à l'intérieur et à l'extérieur, pour éviter que des bouts de façade ne pleuvent sur les passants. Délicate attention.
Avec le Sultan, qui est un peu croyant, dans la catégorie œcuménique non-confessionnelle athée, nous avons fait le tour du monument. Ils ont une plaque commémorative en hommage aux morts de la première guerre mondiale; petit recensement, les Paul sont légèrement plus nombreux que les Louis. Pas eu le temps de compter les Jules, Jacques, Jean. Joli prénom, ça, Jules. Puisque j'ai passé trente ans, il serait temps que je songe à ma descendance. Mon fils s'appellera Jules, comme Dassin.
Pause gastronomique dans une sandwicherie du centre-ville, achat de quelques livres de poche bradés dans une boutique (un roman de David Gemmel, que je n'ai jamais lu, et une œuvre mineure de Mark Twain, publiée sous pseudonyme), puis marche anarchique, à la nuit tombée, une à deux heures à esquiver les voitures, au cœur d'une zone industrielle mal conçue pour la circulation piétonne. Merci, Pompidou. Après avoir plusieurs fois raté mon train, qui ne passe que deux fois par jour dans la petite gare quasi-désaffectée de ce bout de campagne picarde, j'ai regagné la capitale en fin d'après-midi, dîné avec mes parents et regagné Orléans par le dernier train, ou l'avant-dernier, peu après minuit.
Dans l'intervalle, j'ai subi des griffures de chiot sur mon avant-bras, constaté l'étrange effet du magnétisme humain sur les oies domestiques, et regardé l'intégralité de la série "Spaced", par l'équipe ayant, plus récemment, réalisé "Shaun of the dead" et "Hot fuzz". La série, britannique, deux saisons, quatorze épisodes, diffusée entre nonante-neuf et deux mille un, est un chef-d'œuvre du genre. J'ai beaucoup ri. Peu dormi. Regretté que les vacances aient été si courtes.
Le lendemain, jeudi huit novembre, jour de la rentrée, j'ai raté mon réveil, qui n'a pas sonné, ou que j'ai éteint, conscieusieusement quoiqu'à-demi consciemment, pour m'apercevoir, au dernier moment et en catastrophe, que j'avais loupé l'heure. J'ai téléphoné au lycée, pour dire que je ne pouvais pas assurer mon service ce matin-là. Panne d'oreiller. Je vous jure.
Du coup, j'ai pu passer la journée à corriger les copies que j'avais laissées en plan pendant les vacances. Je les ai rendues, le lendemain, à mes ouailles. Marmaille grouillante et crispée. Les vacances leur avaient fait du bien, puisqu'elles étaient plus en forme, moins tendues, plus réceptives à mes cours bâclés. La première journée s'est bien passée. Le samedi matin qui a suivi, hop, déjà le dix novembre, était plus flou. Problèmes de sommeil, dormi deux heures par nuit, retour à la réalité, bienvenue.
J'ai survécu, tant bien que mal, à la semaine de la rentrée. Le samedi dix, j'ai transhumé vers la capitale, pour une après-midi anarchique, avec Tonga, que j'ai arosé de bière belge dans un bar discret du quartier latin, diffusant des matches de rugby à une clientèle blasée par la récente coupe du monde, puis Ramethep, nous accueillant dans sa mansarde, et Toto, ayant finalement décidé de débarquer depuis Massy, ses habituels clients du samedi soir lui ayant fait faux-bond. Grande fatigue, discussions intéressantes mais floues, de la bière, des pizzas, un épisode de "Futurama" et un squat sur la moquette.
Le dimanche onze novembre, retour chez mes parents, déjeuner en famille, puis partie de Fading Suns à Massy, troisième session de la campagne, sous la direction de Nemrod. Le soir, plutôt que d'aller jouer au boggle chez ma tante, j'ai pris le dernier train pour Orléans, arrivée chez moi vers une heure vingt du matin.
Lundi douze novembre, je devais me rendre, pour huit heures du matin, dans un collège expérimental de la banlieue d'Orléans, où je dois effectuer un stage complémentaire, dit de pratique accompagné, en plus de mon stage en responsabilité, que j'effectue déjà, tant bien que mal, depuis maintenant dix semaines. Après avoir dormi trois heures, raté mon bus et intercepté de justesse la classe que je devais observer, quelques minutes avant son entrée en salle (de classe), j'ai donc pu commencer mes observations.
Premier constat: ils sont tout petits. Une quatrième (que j'ai prise pour une sixième), une sixième et une cinquième. Deux troisièmes m'attendent dans les coulisses. Au menu, quinze heures d'observation, puis quinze heures de prise en charge. Comme je serai, vraisemblablement, affecté en collège l'an prochain, cette prise de contact est primordiale. Ca dépayse. Très bon contact avec ma tutrice, et partie de belotte en salle des profs pendant la pause déjeuner. Ca n'arriverait pas dans mon lycée coincé du centre-ville.
Vers seize heures, je quitte les lieux, raccompagné en voiture par une collègue, puis porté par mes pieds, jusqu'au lycée, où m'attend une réunion, encore une, avec, cette fois-ci, l'équipe d'anglais au grand complet, pour parler boutique, chiffons, achats de livres et bacs blancs. Rentré tard. Alimentation anarchique. Au cours de la semaine, j'aurai dîné une fois au kébab local, deux fois au chinois voisin, une fois chez moi, et deux fois omis de m'alimenter. Niveau sommeil, le début de semaine a été difficile, mais à partir de mardi ou mercredi, je me suis systématiquement effondré vers dix heures, ai dormi six à huit heures, ce qui m'a permis d'être globalement en forme, d'assurer au boulot, et de garder le moral. Très important, le moral.
Mardi et mercredi, treize et quatorze novembre respectivement, journées de formation, plus ou moins inutiles, à l'institut universitaire des maîtres. Pour nous, les maîtres. Bel esprit de corps, les stagiaires sont massivement déçus par le système. Méchant, méchant système. Mercredi soir, des responsables syndicaux viennent nous présenter le système des mutations, qui commence dans quatre jours à dater d'aujourd'hui. La première vague de mutations, inter-académiques, s'apparente à un mélange de Diplomatie, de chaises musicales et de jeu de hasard, orchestré par Kafka. La seconde vague, intra-académique, prévue en mars, sera beaucoup, beaucoup plus compliquée. J'aime mon métier.
Jeudi, vendredi, samedi. Trois journées de boulot. Classes plus ou moins flottantes, plutôt moins que d'habitude, puisque j'avais dormi. Avant le vendredi midi, je devais entrer les notes trimestrielles d'une de mes classes, calculer les moyennes et composer des commentaires condescendants mais positifs. Vendredi et samedi, j'avais prévu des évaluations dans chacune de mes trois classes. Rush pour créer les sujets, les photocopier, les relire, corriger les coquilles, entrer les notes de ma seconde classe avant samedi midi, observer des cours de ma conseillère pédagogique, participer à des réunions informelles, manger des quiches, boire du thé, me connecter en salle des profs, mon seul accès au net, en ce moment. Entre jeudi matin et samedi midi, je suis resté vingt-cinq heures au lycée, ne le quittant qu'à la fermeture, mon travail effectué.
La dizaine de jours résumés ci-dessus s'est accompagnée de lectures, et de séances de cinéma, très bon moyen de décompresser, après une dure journée de labeur. Si, si. Vu sur grand écran, "La promesse des ombres", ou quel que soit le titre du dernier Cronenberg. Un très bon film, dans la lignée du précédent, plus réaliste, moins organique, empreint d'une belle violence qui réchauffe les tripes. Miam. Plus léger, "Le cœur des hommes: deux", moins utile encore que le premier volet, avec quelques dialogues qui valent le détour, quelques acteurs qui s'en sortent mieux que les autres, beaucoup de scènes inutiles, de femmes hystériques et de longueurs. Mais j'ai bien aimé, parce que je suis bon plublic.
Autre film, "An der andere Seite" (si je me souviens bien), "De l'autre côté", mystérieusement diffusé en version originale dans mon Pathé franco-français de quartier. Autant dire que je me suis engouffré dans la brèche, j'ai fondu sur ma proie, me suis léché les babines et repu de la chair de mes victimes. Histoire bien ficelée, quoiqu'un peu trop symétrique (et donc téléphonée), alternant l'allemand, le turc et l'anglais, avec des interprètes délicieusement nature et des sexagénaires moustachus bien intentionnés. Avec des gilets en laine et des casquettes molles.
Niveau lecture, pas eu beaucoup de temps, entre le travail et le sommeil, mais j'ai pu dévorer "The Maltese falcon", mon tout premier Dashiell Hammett, le début d'une grande histoire d'amour entre son style et moi; "What carve up!", mon second roman de Jonathan Coe, plus cocasse et grinçant que "The house of sleep", trop policé à mon goût (et donc trop prévisible); "The Brooklyn follies", de Paul Auster, son pénultième roman en date, bien meilleur que le gerbissime "Travels in the scriptorium"; et "Messiah", un roman court de Gore Vidal, politique-fiction post-moderne, avec un culte religieux tout-puissant, des appareils de propagande à la "Brave new world", ou "Nineteen-eighty-four". Ca date de cinquante-trois, et ça me change des longs romans historiques que j'avais lus, du même auteur, ces derniers mois.
Le week-end, en quelques mots. Avant-hier, samedi dix-sept novembre, j'ai pris de plein fouet la grève des trains. Mais j'ai eu de la chance, puisqu'après quatre heures d'attente inutile en gare des Aubrays, je suis remonté sur Massy dans la Dojimobile, généreusement, spontanément mise à disposition par son propriétaire, frais à ma charge mais merci. Du fond du cœur. Soirée crêpes, russes blancs, cocktail vodka-fraise, retour vers deux heures du matin.
Hier, dimanche dix-huit novembre, promenade matinale en forêt, avec mon père. Déjeuner en famille, co-voiturage et retour à Massy. Partie d'Earthdawn, nouveau tournant dans la campagne, puisque nous arrivons en ville. Nouveau setting, hop. Nouveau cadre de jeu. Curry, crampes noctunes, rêves embrumés, sommeil perturbé.
Programme de la journée: grève des trains oblige, je suis resté sur la région parisienne. Pas de formation cette semaine, je ne suis attendu sur Orléans que jeudi. Repos. Lecture. Préparation de ma visite de samedi matin, je serai observé par une de mes formatrices. Je dois, d'ici là, modéliser ma séquence, détailler ma séance et envoyer le tout, par la poste électronique, avant jeudi. Beaucoup de boulot, donc. Je m'aperçois, avec une certaine angoisse, que je ne suis pas sûr de savoir comment m'y prendre, quel format donner à la chose, quand m'y mettre. Demain, donc.
Ce soir, repas en famille au restaurant où bosse mon frère. Dans l'après-midi, si j'ai la bougeotte, rando vélo dans le froid, passage chez Ramethep et retour à la nuit tombée. Peu probable. Demain, esquiver ma nièce, qui viendra squatter chez ses grands-parents, la grève des fonctionnaires entraînant la fermeture de son école maternelle. Si je peux, aller squatter sur Paris, chez Ramethep ou Edriwing, ou ailleurs. Cinéma? Mettre au point ma séquence. M'y mettre aujourd'hui. Minimiser ma tendance à la procrastination. Plus que cinq semaines de boulot avant noël. Le moral est plutôt bon.
Par Paraph
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Publié dans : schopenhauer
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Lundi 5 novembre 2007
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05
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/Nov
/2007
11:48
Lundi cinq novembre deux mille sept. Onze heures quarante-neuf du matin. De retour sur la région parisienne après une semaine de vacances à Lyon, chez mon frère. J'ai passé le plus clair de mon temps à dormir, dix à douze heures par jour, et le reste de mon séjour à me reposer. Peu de lecture, pas mal d'après-midis passées à zoner dans la boutique, à jouer avec des habitués, cartes, plateaux. La routine.
Demain, je retourne sur Orléans, tenter, en un jour et demi, de préparer mes cours pour le mois de novembre. Pas eu l'énergie pour le faire jusqu'ici. A présent qu'il est trop tard, je vais m'efforcer de bâcler la chose au dernier moment. La routine, quoi. Rentrée des classes jeudi. Murf.
Ai lu le dernier Pratchett, "Making money" (avec le héros de "Going postal", dans de nouvelles aventures), à la hauteur des précédents, sans surprise, mais agréable à lire. En chantier, "Hunter's run", science-fiction, traque désespérée sur une planète sauvage, co-écrit par George Martin et deux autres auteurs, Gardner Dozois et Daniel Abraham, que je ne connais pas plus que ça. Bon rythme.
Programme des deux mois à venir: tenir le coup. Novembre et décembre ont toujours été la période de l'année où j'ai le plus de mal à interagir avec le monde extérieur. Froid, fatigue, obscurité. Pessimisme/réalisme. En général, je me mets en boule dans un coin, et je laisse tomber tous mes engagements en attendant le retour de la lumière. Cette fois-ci, comme je n'ai pas trop le choix, je vais essayer de persévérer. Et puis, les vacances m'ont quand même reposé, j'ai battu ma tante au boggle hier soir, et mon record au flipper de son salon. Ca doit compter pour quelque chose.
Par Paraph
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Publié dans : schopenhauer
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