Lundi 25 février 2008
Lundi vingt-cinq février deux mille huit. Seize heures cinquante-deux. Les choses commencent à bouger plus vite. Mon principal objectif de la semaine passée, faire le ménage par le vide dans mon espace vital, est en voie d'être atteint. L'objectif de cette semaine consiste en un tour d'horizon des personnes disponibles, physiquement et socialement, dans mon entourage parisien ou assimilé, pour les voir une dernière fois avant de mettre les bouts.
Si tout se conforme aux prévisions, d'ici une semaine, je serai à dix mille mètres d'altitude, propulsé au-dessus du monde par de puissants réacteurs asservis à ma volonté. Je n'y serai pas seul, puisque le Sultan est du même tonneau en partance pour Ailleurs. En croisant du bois, on peut espérer que tout se déroulera sans accroc, et que j'atterrirai en un morceau, dans un cadre nouveau, pour faire la même chose, mais moins bien payé, loin de mes proches. Mon cœur se réjouit de la perspective, et pour ne pas trop réfléchir, je m'active à tout-va.
Vendredi dernier, j'ai poursuivi mon défrichement à domicile, pour réduire les piles de feuilles, les déplacer, brasser la poussière, la respirer, la recracher avec un peu de ma substance interne. Les piles se sont réduites, j'ai dû produire une quinzaine de sacs poubelle de déchets à évacuer, essentiellement du papier. J'ai pu vider tous mes cartons rapatriés d'Orléans, pour en transférer le contenu (des livres, pour l'essentiel) sur les étagères libérées pour la circonstance. Tout s'est déroulé selon mes attentes.
La prochaine étape, et j'y suis plongé depuis ce matin, fait appel aux forces vives à l'origine du monde. Muni d'un prodigieux outil, j'aspire la poussière pour l'ôter de mon espace vital. Ainsi dépoussiérée, la pièce redevient respirable, et ses habitants mourront les poumons propres. Prochaines étapes, à expédier d'ici ce soir: opérer un ultime tri de la paperasse, archiver ce qui aura survécu, déplacer les meubles pour aspirer la poussière tapie derrière, avant de m'attaquer à un adversaire de taille: mon armoire. En bonus, le dessus de l'armoire, où se sont accumulés quinze ans de décharge. Accès difficile, articles encombrants, tout se ligue contre moi. Mais à l'issue de mon labeur, l'espace sera transcendé.
Vendredi dernier, en soirée, j'ai rejoint Tormentor en son domaine, pour y écouter de la musique insolite, y regarder un excellent western ("Jeremiah Johnson", avec Robert Redford il y a trente-cinq ans), y déguster un bon vin rouge, y boire une demi-douzaine de bières, y enfourner diverses victuailles et y parler, beaucoup, car l'ivresse me rend locace. Je suis rarement ivre, car mon estomac s'y oppose en général, mais ce soir-là, j'ai pu goûter l'étreinte de la vigne, aux nombreuses ventouses, et errer sur les cimes de l'exaltation ainsi procurée.
Je suis resté sur place, dormir et lire, notamment une série de bandes dessinées vieille de vingt ans, "Les Tours de Bois-Maury", due au dessinateur belge Hermann. Au milieu de la nuit, après avoir consulté compulsivement mon mail, j'ai appris où j'allais passer les douze prochains mois (deux mille kilomètres plus à l'est que prévu, mais dans le même pays). Commencé dans la journée, "La course au mouton sauvage", de Murakami (Haruki, bien plus agréable à lire que Ryû). C'est un roman agréable, un poil onirique, mais moins surréaliste que "La fin des temps", seul autre ouvrage du maître essuyé jusqu'à présent.
Samedi vingt-trois février, j'ai regagné, dans la matinée, le domicile parental, pour y partager le déjeuner familial. Dans l'après-midi, au lieu de m'atteler à la suite de mes rangements, j'ai filé sur Paris, pour une partie de jeu de plateau chez Edriwing. La partie fut courte, et j'allai, dans la foulée, chez le Chat pour manger de la tarte au thon, boire des bières et regarder des vidéos, "R-point", un film de guerre avec fantômes coréen, et un truc japonais délirant sur un lycée peuplé de voyous. J'y suis resté dormir.
Dimanche vingt-quatre février, je n'avais pas de jeu de rôle prévu. Au lieu de quoi, je suis resté ranger. Les choses ont considérablement avancé, et j'ai sorti l'aspirateur. En soirée, je suis passé chez Ramethep, bientôt rejoint par Vertige et Edriwing. Alimentation sur place, en solo, et discussions jusque vers minuit. Retour par le dernier métro, sous la pluie. Il n'y a plus de saisons, paraît-il.
Ce matin, j'ai constaté que les abeilles étaient sorties d'hibernation, puisque, comme tous les ans, elles sont venues reprendre le pollen déposé dans les conduits d'aération de ma fenêtre. J'ai poursuivi mon nettoyage par le vide, jusque vers midi moins le quart, où le Sultan m'a appelé pour me confirmer la validité opératoire du plan en mouvement. Hop. Comprenne qui pourra. Notre imprésario nous a dégoté un job immédiat à l'autre bout du monde. A nous de nous débrouiller pour avoir effectué, d'ici là, toutes les étapes nécessaires.
Programme de la journée: poursuivre mes efforts de rangement. Si tout va bien, ce soir, j'en aurai terminé. En deuxième partie de soirée, partie de boggle chez ma tante, la dernière avant longtemps. Demain matin, faire la queue devant le consulat de Chine pour demander un visa. Entre aujourd'hui et demain, trouver un billet d'avion pas cher. Faire les yeux doux à mes parents pour qu'ils m'avancent l'argent. Dans la semaine, dire adieu aux amis, résilier mes abonnements et préparer le départ. Lire quand j'en aurai le temps. Je ne pourrai, hélas, pas tout emporter dans ma vie à venir.
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